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La légende de Takeshi Kitano

On se retrouve toujours en bord de mer, sur la plage en train de jouer au soleil ou assis à s’ennuyer pendant des heures interminables sous le climat tropical de l’extrême orient.  Kitano fume sa clope, plus par habitude que par plaisir comme tous les vieux fumeurs.  Il est assis, les épaules voutées du boxeur qui a raccroché les gants dans une vie passée, un tic qui contracte les muscles de sa pommette droite tire le coin de la bouche et cligne son œil, avec cette manière singulière d’être à la rue et en même temps à l’affût .

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Kitano dans sa vie comme dans ses films c’est d’abord et avant tout l’incarnation du loser. Dans sa vie comme dans ses films il fait rigoler tout le monde, sans doute à cause de cette étiquette de comique collée dans son dos depuis que le Japon le connait.  Avec un compère, il a commencé sa carrière à s’exécuter dans des spectacles burlesques à la télé. Ça a bien marché puisqu’encore aujourd’hui, les spectateurs dans son pays se fendent le citron dès qu’il apparait à l’écran même dans des sujets aussi sérieux que Battle Royale, film qui a largement inspiré la version sucette à la fraise des Hunger Games. Nul n’est prophète dans son pays : ses films ne marchent pas au Japon. La plupart du temps on le retrouve en flic ou en Yakuza. Quand il est flic, il est souvent un flic minable ; quand il est Yakuza, c’est  aussi souvent un sous-fifre qui se fait gueuler dessus par son boss de la mafia.

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Ivre (virgule) au milieu des années 90, un soir il décide de se jeter en mobylette contre un mur, sans doute pour faire taire les voix des différents personnages qui parlaient dans sa tête. Il en ressortira avec la partie droite de son visage paralysée. Il ne s’en plaint pas plus que ça, et quand il s’agit de faire l’acteur, il dit que d’avoir juste le côté gauche pour faire part des expressions du visage ajoute de la sobriété à son personnage ; un peu comme Jean Gabin qui n’en faisait jamais des tonnes et jouait à l’économie. Dans la réalisation des ses films aussi il joue à l’économie : il fait rarement plus d’une prise et si la prise n’est pas bonne au montage, il mettra les rushs de l’essai de la prise ou l’audio avec une autre scène, ou il enlèvera la scène.  Un peu comme si il n’avait pas que ça à foutre. Et il semblerait en effet qu’il n’ait pas que ça à foutre : derrière l’attitude de loser, qui rigole bêtement en haussant les épaules il y a l’homme hyper productif, hyper actif, prolifique en somme : en plus d’être comique à la télé, Takeshi est aussi  animateur de talk show, peintre– on aperçoit souvent ses tableaux dans ses films –, sculpteur, poète, écrivain , créateur de jeux vidéos, et même chanteur ; et bien sûr, réalisateur et acteur dans ses propres films ou ceux des autres.

On est pas sur le même barreau de l’échelle selon qu’on est un voyou, un dur, un caïd ou un O.G. Des voyous, y en a jusqu’en bas de ton immeuble, y en a même dans ta famille ; les durs ils sont plein les salles de muscu à écouter Or Noir de Kaaris en se posant des questions existentielles autour de leur gros doigt de pied ; des caïds y en a partout, des petits, des gros, armés à l’automatique ou un couteau. Mais des gangsters, ça court pas les rues ni les quartiers, les gangsters on en voit rarement et quand on en a vu un, c’est par erreur, ça aurait pas du arriver ; la dernière fois que t’as vu un gangster t’as bredouillé que t’avais rien vu et depuis on t’a plus revu. dolls cerezoCe qu’a réussi à faire Kevin Spacey avec l’interprétation de Keyser Sauze dans Usual Suspect,  Takeshi Kitano l’a fait dans une grande partie de sa filmographie comme dans sa vie et on peux le résumer par cette formule : passer d’abord pour un con pour ensuite passer à tout le monde un savon.

La légende rapporte que son père était Yakuza. La légende raconte qu’une femme par le passé a consumé le cœur de Kitano et cette histoire serait racontée dans le film Dolls, un film qui parle d’amour, de mort et de cerisiers en fleur. La légende dit que Kitano dort dix à douze heures par nuit et que même le tremblement de terre de Kobe ne l’a pas tiré de son sommeil. Quand il dort, Kitano se repose entre les morts. Quand il s’ennuie, Kitano se retrouve au bord de la mer, sur la plage, pendant des heures interminables, sous le climat tropical de l’extrême orient.

2 thoughts on “La légende de Takeshi Kitano

  1. excellent! je savais même pas qu'il avait la moitié du visage paralysée! jme disais bien qu'il avait un truc chelou avec sa tête.. ça m'etonnerait même pas qu'il soit issu d'une famille de yakuza, c'est un OG dans l'âme ce mec ça se voit

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