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Roman : Sélection naturelle, d’Alexandre Grondeau

Tout est parti d’un tweet, la rencontre improbable mais tellement 3.0 d’un auteur, Alexandre Grondeau et de son public lecteur, en l’occurrence moi, lectrice avisée de tweets quotidiens sur l’actualité éphémère et volatile du monde. Monde musical, social, politique, artistique et polémiste, car tel est le fil d’actualité de mon compte twitter. Je ne connaissais pas l’auteur de ce roman, pour deux raisons , la première étant que les écrivains contemporains de mon époque m’ennuient profondément à traiter toujours des mêmes sujets avec ce ton désabusé et cynique, toujours à la recherche de thèmes plus anxiogènes ou over boarder-line de notre société de consommateurs égoïstes et narcissiques. La deuxième raison, est que je ne jure que par la littérature russe, la grande et belle littérature de Tolstoi, Boulgakov, Dostoïevski et autres grands écrivains et romanciers d’une époque révolue, où l’esthétisme littéraire flirtait avec les profondeurs des âmes des personnages dont les tourments sont à des années lumières de nos insipides préoccupations actuelles. Mais qui suis-je pour juger ceux qui se sont endettés pour six mois en s’offrant la derniere Yeezy 2 Red October ?

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Par une belle matinée très peu ensoleillée du mois de janvier, je reçois le bouquin. La couverture est encore plus explicite que le titre du livre : l’arrière d’un crâne rasé avec un code barre et un gun sur la tempe, bon là on se doute bien que ça va pas être le roman de Bridget Jones. Dès les premiers chapitres, on comprend bien que c’est l’histoire de trois personnages bien distincts, aux parcours singuliers, que l'on va retrouver tous les trois chapitres, comme si on lisait trois histoires en même temps. On a la story de la petite frappe de 18ans, Yan, qui deale de la came et qui sans grande surprise va avoir affaire a des histoires de banditisme demi-gros. S’en suit John, brillant avocat d’affaires qui mène la good life, enfin qui a les moyens de la good life, mais qui inexorablement n’en profite absolument pas. Et pour finir, Jean, un retraité solitaire qui traine une maladie incurable et des envies de suicide.

Alexandre Grondeau
Alexandre Grondeau

L’auteur utilise des mots simples, justes et justifiés, c’est fluide et sans prétentieux Proustien. Bref, j’en apprends à chaque chapitre un peu plus sur chaque personnage et commence à avoir un vrai portrait-robot de chacun d’entre-eux dans ma tête. Vers le milieu du roman, on commence a voir que les trois histoires sont subtilement imbriquées les unes dans les autres, par des indices, des passerelles, mais jusqu'à là sans savoir où tout cela va nous mener, ce qui vaut à l’auteur un +1 : cette construction du récit un peu en mode matriochka ( poupées russes) pour la russophile que je suis m’a séduite ! Je ne vais pas vous gâcher plus le plaisir du final de ce roman, parce que je ne m’appelle pas Thierry Ardisson, spoiler de bouquins. Et vous recommande de lire ce troisième roman d’Alexandre Grondeau, qui, certes, ne va pas me réconcilier avec la littérature de mon siècle, mais m’a permis l’espace de quelques heures de prendre un peu de recul sur la société ultra capitaliste dans laquelle je vis, et je me noie, sans nourrir l’envie de m’en sortir. J’y ai longuement réfléchi, pendant quelques jours, sur l’impact de ce modèle économique dévastateur et destructeur, sur ma vie, sur nos vies, l’adage trop galvanisé du « c’est la loi de la jungle » ou bien « c’est la loi du plus fort » qu’on essaye d’appliquer dans notre quotidien, se rendant vite compte que le bas de l’échelle, c'est nous, et que le couperet de la sélection naturelle ne tombera pas très loin de nous. Et puis fuck. J’ai arrêté d’y penser, j’ai bu un coca et j’ai twitté.

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