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Culture clubbish, strip-tease et rap à Houston

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H-Town, Hate Town, City of Syrup, Screwston, Hustletown … il existe autant de manières de la nommer qu'il existe de manières de danser et rapper à Houston. Art du emceeing et de la secousse corporelle issus des temples périphériques de la culture hip hop, c'est à dire des Fith Ward, Third Ward et South Park, lieux où clubs et strip-clubs ont poussé comme des champignons à partir du moment où le mogul Ray Burnett a décidé de les empiler de la même façon qu'il collectionne les Rolls Royce ... A cet instant, DJ Darryl Scott fait office de jeune pygmalion du deejaying avant d'être celui de la « slow down music » locale, exercice de style sur platines qui va séduire un adorateur de musique classique, un certain Robert Earl Davis Jr. alias DJ Screw qui vient de débarquer de son Smithville natal ... Tout cela bien avant Jack It Up de Captain Jack, Rock It de K-Rino ou Car Freak des Ghetto Boys, les premiers hits rap de la ville.

DJ Fournier, répression policière et nightclubbing.
DJ Fournier.
DJ Fournier.

Avant que le rap n'électrise entièrement le hood, circa 1985/86, KB Da Kidnappa veut être joueur de basket-ball, Gangsta NIP quant à lui est une jeune et humble drum-major. Il faut dire qu'il n'existe que deux ou trois clubs dans le Third Ward, le club Riddims dans le Southwest, le Club 808 (South Park), le Northside de son côté possède le club Palladium. C'est là que le hip hop survit dans la marginalité, avec comme seul et unique mandataire un DJ blanc : Steve Fournier. D'ailleurs, Fournier doit débattre avec le chef de la police chaque fois qu'il distille ce rap cellulaire de ses platines, lui qui a déjà passé quelques séjours dans les chiourmes de la ville du fait de son entêtement à jouer cette musique de « négros ».
Récalcitrants à cette pandémie sonore en provenance de New York qui permettent aux Noirs de surmonter le rigorisme reagannien, les flics rednecks enfoncent régulièrement la porte des clubs, ordonnant aux DJ's d'éteindre les platines et contraignant les night clubbers de s'allonger sur le sol pendant parfois une bonne heure. Deejay multi disciplinaire, Fournier anime le Rap Attack Contest qui rassemblent les tribuns mais aussi les groupes de break et autres arabesques Hip Hop des quatre pôles de la ville. Tout le monde peut autant danser que rapper lors du Contest, mais il est strictement interdit de blasphémer. En fait, chauffé à blanc par le beat, chaque fois qu'un MC enfreint la règle de la sobriété verbale en balançant un truc profane, Fournier le menace de détourner le micro de sa bouche.

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Le système répressif local ne peut cependant rien contre ce Cheval de Troie au galop qu'est le Hip Hop, encore moins contre la renommée grandissante du Grammy's, club où il faut être si l'on veut bien figurer au sein de la scène rap locale. En 1987, Willie D, futur membre des Geto Boys, y gagne toutes les battles auxquelles il participe semaine après semaine. On y croise le blafard et arrogant Vanilla Ice. Sézigue atteint quelques finales durant lesquelles les MC's noirs mettent un point d'honneur à lui botter le cul.

Autres grands clubs, autres grands défis. Les clubs notoires du North East tels que le Boneshakers et surtout le Rhinestone Wrangler peuvent accueillir plus de 1300 personnes. Ce dernier est le terrain des affrontements épiques entre Willie D et le duo Royal Flush, entre Romeo Poet et autres MC's des North, East et Southside qui rappliquent afin de se confronter sur les rythmes binaires du early rap. On y croise J-Prince en train de monter un label de rap : Rap-A-Lot. Celui-ci permet au nordiste Raheem d'enflammer les pistes de danses moyennant le bien-nommé Dance Floor (1988), à jamais son plus grand hit.

 

K-Rino [circa 1980's]
K-Rino [circa 1980's]

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Pour le moment, à moins d'être un tantinet démerdard, pas le moindre kopek à récolter dans le coin. Les MC's rappent généralement pour la gloire hormis dans deux clubs : le club Oasis au sud, et le Chocolate Town au nord où il est possible d'empocher entre 1500 et 2000 dollars.
Comme un peu partout, Sucker MC's de Run DMC a indiscutablement posé les bases de la culture DJ à Houston. Seulement l'apparition des tous premiers amateurs des OG swangers – Fat Pat, E.S.G. et Corey Blount – va changer à tout jamais la donne en ce début des 90's. D'abord ils sapent puis maquillent leurs rutilantes poubelles comme des putes de luxe (cf. candy paint / El Dorado Biarritz, T-Tops, Regals, Cadillacs), puis installent le gros son dans le coffre de celles-ci. Le carjacking n'est pas encore en vogue, les caméras de surveillance sont inexistantes, aussi les OG's déambulent dans le hood, coudes à la portière, basses vrombissantes, faisant du moindre parking ou coin de rue des pistes de danse pour le moins improvisées.

Autant Pocket Full Of Stones de UGK (1992) est l'écho du changement des mentalités dû au marché du crack récemment implanté par les colombiens de Miami, autant Sippin Codine (1996) est adapté à cette pandémie à la fois mauve, lente et pacifiée contenues dans les cassettes grises que DJ Screw va multiplier comme les pains de Jésus. La screwploitation est en marche, et les danses se nourrissent de la nonchalance des instrus du pontife de la S.U.C. quotidiennement propagés par les ondes radio de 97.9 Screw...The Box.
Puis, provoquée par la forte crue des Remix chopped & screwed des rivaux nordistes Michael « 5000 » Watts et OG Ron C de Swishahouse records (1996), ce sont des fleuves entiers de syrup qui vont couler dans les gosiers texans les plus endurcis. Enfin, du Sud au Nord, de l'Est à l'Ouest du pays US, le twist syrupé de Houston a fini par influencer la musique de club dans son ensemble, faisant du strip-club une des dernières opportunités pour les rappeurs et deejay's qui ne parviennent pas à se faire entendre.

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Les Strip Clubs

Au début des années 90, lorsque vient le week-end, le pouls de la ville s'accélère, notamment dans le Third Ward où la culture strip club est en train de s'émanciper tandis que se dresse la première chapelle du go-go dancing en tenue d’Ève : The Big House. En fait, The Big House n'est pas un boui-boui ordinaire ouvert à un public mainstream. Ici, les filles qui évoluent sont nues. Sans jeu de mots, il faut être un membre plus que régulier pour y être admis, les autres, les intrus, restent à quai sur le Styx des activités noctambules de H-Town. A n'en pas douter, il leur faudra user de leurs relations sinon redoubler de roublardise pour s'introduire dans un lieu où l'on paie pour voir, mais aussi pour palper, caresser, voire se frotter contre les filles qui s'ébattent sur fond de beats siliceux.

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Étant donné que la fermeture des clubs dits réguliers est fixée à deux heures du matin, ne reste que le dit strip club, dernier endroit où l'on peut boire de l'alcool, fumer de l'herbe, écouter la slowdown music et draguer les filles pour le restant de la nuit. Agrippées à ce mat de cocagne dirty, défiant les lois de la pesanteur, tournoyantes sous une pluie de billets verts, les strip-teaseuses ou pole dancers sont d'excellentes et incontournables ambassadrices en ce qui concerne le son d'un artiste. Le fait qu'elles changent assez souvent de club les contraint à faire suivre une liste de raps sur laquelle elles exercent leur talent. Car pour exceller de la sorte dans leurs derniers retranchements pudiques, ce sont elles qui ordonnent au deejay le choix et l'ordre de titres à jouer. Au final, ce mouvement perpétuel fait office de chaîne carbonée dans le marché underground du disque. Le clip Gangsta Party du pitbull de Boss Hogg Outlawz et membre avéré des Crips, J-Dawg, montre à quoi ressemble ces réunions sensiblement viriles où vibe de la basse, pills et autre « molly » font onduler les corps, durcir les chibres et valser les « greens » ou biftons verts.

Les invérifiables desiderata concernant la musique jouée dans les strip clubs renforcent le contrôle des promoteurs. Ici, nulle loi n'entrave cette belle mécanique de l'entertainment et le flouze coule à flot. Il va sans dire qu'aucun artiste ou producteur n'a le droit de négliger cette filière du business du rap. Si certains producteurs privilégient la manne mainstream, d'autres ont opté à 100 % pour le Mix clubbish et ne sortent que rarement de ce créneau fort lucratif. (cf. BeatKing, DJ Chose et le vétéran DJ Gold de la Screwed Up Click).

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DJ Gold
DJ Gold

 

Nombreuses sont les jeunes filles qui désertent les bourgs des campagnes environnantes, attirées par les lumières de Houston synonymes de narcissisme secondaire et de lucrative renommée ... S'il leur faut surmonter les nombreux écueils inhérents à la profession de strip-teaseuse – drogues, viol, sida, prostitution – cela peut devenir un marche-pied pour d'autres activités tout aussi fructueuses (cf. la rappeuse floridienne Trina). Seulement rares sont celles qui entrevoient d'autres horizons que la barre lustrée de leur club respectif. Posséder une plastique de rêve est un élément crucial dans une profession qui réclamera tôt où tard les artifices siliconées pour non seulement être, mais rester un peu plus longtemps dans le coup. S'apparenter esthétiquement à une star du porno accapare les esprits des bitches de l'entertainment, et cela du moindre clip vidéo VIP jusqu'au dernier des infâmes bouis-bouis du Southside. Car à Houston comme ailleurs, avoir le cul à Nicki Minaj et les seins à Rihanna font parti intégrante du Rêve Américain new age. Seulement siliconage et autres remodelages corporels valent la peau des fesses, en conséquence, il n'est pas rare que la grande majorité des strip-teaseuses y laissent leur budget.

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En 2012, la Cour suprême des États-Unis a décidé de ne pas intenter un procès envers l'industrie du divertissement pour adultes – impôt de l'État demandant 5 $ par patron de club de strip-tease – Car après que les législateurs aient adopté le Sexually Oriented Business Fee Act – ou « pole tax » – au cours de la session législative de 2007, les propriétaires de clubs ont immédiatement contesté la taxe en cour, faisant valoir la liberté d'expression voulue par le Premier Amendement .
La taxe visait non pas l'expression de la danse nue, mais les «effets secondaires de la danse nue lorsque l'alcool est consommé ». Quant au produit de la taxe, il devait soutenir les assurances santé à faible revenu et les programmes de lutte contre les agressions sexuelles.
« Le Texas a fait un pas de plus vers une source de financement durable pour les centres de crises pour viol, et surtout, pour soutenir les victimes d'agression sexuelle dans leur rétablissement» avait préalablement déclaré Annette Burrhus Clay, directrice exécutive de l'Association du Texas contre l'agression sexuelle (cf. TAASA).



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