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Ce qu'il fallait écouter -ou pas- cette semaine #2

Les sorties de la semaine : L'entourage, Bibo, Odezenne, Camelia Pand'or, Elio. Y'a aussi eu le leak du "meilleur album des dix dernières années" de Joke, mais on l'insultera en parlera la semaine prochaine.

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Lisse, trop lisse : Bibo - Le Spleen du guerrier Vol.2

Ce genre de semaine où aucune grosse sortie n'attire mon attention, je vais faire un tour sur frap.ru, et je prends le premier album qui se présente. Voila comment ce nouvel opus de Bibo -rappeur toulousain dans le circuit depuis un premier album en 2002-, Le Spleen du guerrier vol.2, a atterrit dans mes oreilles. Et au bout d'une dizaine d'écoutes, j'ai toujours du mal à savoir si j'aime cet album -ce qui est généralement très mauvais signe-. Pourtant, tout est plutôt bien produit, maitrisé dans l'écriture, et correctement rappé -ça chantonne même, parfois-. En somme : aucun véritable défaut ne transparait. Bibo traite intelligemment les thèmes abordés, cherche à provoquer chez l'auditeur un minimum de réflexion, et livre un projet très personnel, sans pour autant tomber dans le piège du rap vulgairement conscient, mélancolico-nombriliste et miévreux au possible. Mais alors, où est-le problème, me direz-vous ?
Le problème, c'est que je me suis fait chier en écoutant cet album. C'est propre, trop propre. Pas la moindre vague, pas la moindre sensation forte, et au final rien à retenir. Même en forçant l'écoute, ça ne décolle pas. Et le pire, dans tout ça, c'est qu'on a même pas eu droit à une rime Bibo-Hobbit. -Genono

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EP de transition : Odezenne - Rien

La folie douce d’Odezenne est de retour avec Rien, EP composé de 5 titres, déjà disponible en digital, et à partir du 9 juin en physique (CD et Vinyl). Successeur de l’excellent et bien nommé O.V.N.I. sorti il y a deux ans, ce nouveau disque d'Odezenne propose des textes pointus, des prods hypnotiques et expérimentales, le tout porté par deux rappeurs à la voix suave et aux flows certes basiques mais toujours efficaces car teintés tour à tour de sensualité ou de violence en fonction des titres. Parmi ceux-ci, Je veux tout baiser sort du lot, avec son ambiance musicale inspirée de la BO de Twin Peaks, et son texte erotico-poétique, s’inscrivant parfaitement dans la tradition odezienne. Ce titre, à l’instar « du plus beau cul du monde » et de « saxophone » va certainement devenir un de ceux les plus réclamés sur scène par le public. Quant à « Rien » premier extrait de cet E.P. il détonne par son refrain en anglais qui semble tout autant craché que rappé. Seul Chimpanzé est un chouia en dessous même si le morceau reste sympathique. Novembre pour sa part apporte un peu de calme avant que Dieu est grand titre particulièrement planant vienne clôturer le disque en beauté. Un projet concis, certes, mais complexe, qui s’apprécie nettement plus s’il est écouté dans son intégralité. Cependant, une question surgit dès la première écoute. Est-ce toujours du rap ? Les instrus du groupe étaient déjà bien en marge du rap classique sur OVNI, mais on se rapproche de plus en plus de l’électro-pop aux textes scandés que du rap à proprement parler. Qu’importe au fond, la qualité est au rendez-vous, et c'est bien là l'essentiel. -Guillaume Bruneau

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Back to the 90's : Pand'or - Dans ma boite vol.2

S’il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à Pand’or, c’est bel et bien de dénigrer la qualité de ses textes. Son niveau d’écriture est toujours aussi élevé et ses titres comportent plus d’images, de références culturelles et de véritables punchlines qu’une bonne partie de la production francophone actuelle. L’excellent remix de Poignée de punchlines produit par Street Rockaz en est d’ailleurs la meilleure preuve qui soit. Il en est de même pour Quoi ma gueule sur une grosse prod de Vaati. Et c'est justement là que le bât blesse :  certaines instrumentales sonnent particulièrement old school, et font doublon avec le flow de la rappeuse, qui sent lui aussi les 90's. Un coté à l’ancienne qui, s’il fait mouche à la première écoute, peut lasser à la longue. Malgré tout, l’ensemble sonne juste et efficace, notamment lorsque les instrumentaux sortent des sentiers battus comme c’est le cas avec Shakalak sur lequel Pand’or livre sa meilleure prestation. Parmi les bonnes surprises notons la présence de S’enfumer où la rappeuse rappe sa dépendance avec une sensibilité et une franchise assez touchante. Les collaborations sont rares, et force est de constater qu’elles apportent peu ou prou, car bien souvent trop proches du style de la rappeuse. Globalement, Dans ma boite Vol.2 est un bon projet, qui se laisse écouter agréablement, même si on regrette certains choix peu judicieux de prods et ou de featurings. -Guillaume Bruneau

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Bon petit projet : Elio - Mauvais élève

Elio, c'est le genre de mec qui attire notre curiosité uniquement parce qu'on sait qu'il est produit -entre autres- par Madizm et Roro. Et effectivement, la première chose que l'on constate, c'est que Mauvais élève est globalement bien produit. Entre l'atmosphère sinistre de Bal Masqué, l'énergique Bat les couilles, le plus minimaliste Complots, on passe par tous types d'ambiances sans jamais se perdre, et l'impression générale est celle d'un album cohérent et bien pensé. Elio n'est pas le meilleur rappeur du monde, mais il ne démérite pas, et n'a franchement rien à envier à la plupart des têtes d'affiche du moment. Je veux dire : si Jul fait disque d'or, et que Fababy a son Planète Rap, alors Elio mérite au minimum la légion d'honneur. L’interprétation manque parfois de conviction, les punchlines ne font pas forcément toujours mouche, mais dans l'ensemble, Mauvais élève est un projet très honnête, qui s'en sort avec les honneurs. Un bon petit projet à se mettre sous la dent, en attendant les grosses sorties à venir (Juicy P et Niro dans quelques jours seulement !)-Genono

L'entourage au grand complet
L'entourage au grand complet

Rap d’ascenseur : L’entourage - Jeunes entrepreneurs

La musique de L'entourage n’est pas mauvaise. Elle n’est pas bonne non plus. Elle est juste fade. Impossible pour moi de préférer un morceau à un autre, ni même de différencier un rappeur du collectif de son collègue. Tous les sons se ressemblent, les thèmes sont répétés à l’infini, et interchangeables à volonté d’un projet à l’autre. La majorité des titres présents sur ce disque pourraient l’être sur n’importe quel album de 1995 ou du S-Crew. Pire, des rappeurs comme Jazzy Bazz ou Deen Burbigo, que je trouvais plutôt bons en solo perdent tout intérêt une fois intégrés au collectif. La profusion de projets produits en seulement quelques années n’a certainement pas aidé. Malgré des instrus pas forcément dégueulasses, la formule ne prend pas, la faute à des flows trop simplistes et répétitifs, et à des textes caricaturaux abordant des thèmes maintes et maintes fois traités dans le rap français. Résultat : peu de choses à dire tant cet album s’entend plus qu’il ne s’écoute. Je suis presque incapable de citer une phrase de l’album ni même de dire quels sont mes morceaux préférés. Seul « Le vicieux » a un tant soit peu attiré mon attention. Pour le reste nada, que dalle, peau d’zob. On connaissait le rap conscient et le rap de rue, avec cet album L’entourage vient d’inventer le rap d’ascenseur. -Guillaume Bruneau

Nekfeu, Jazzy Bazz, Eff Gee et Sneazzy West en pleine séance d'écriture
Nekfeu, Jazzy Bazz, Eff Gee et Sneazzy West en pleine séance d'écriture



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