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MAGIE, HOODOO, BAYOU ET MYSTERES : LA LOUISIANE A L'ECRAN

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« Bayou Gumbo Ya-Ya »
Parcourir l’État du Nord au Sud et d'Est en Ouest comme un chien perdu sans collier. Après avoir barboté en eaux troubles à New Orleans, humé l'acre parfum chimique des torchères de Plaquemine, caressé les longues jambes d'amazone du delta du Mississippi, ne reste plus qu'à perdre sa propre boussole à l'intérieur même du pays cajun, ses po' boys, crawfish pies et sa musique diatonique qui porte son âge. Atchafalaya bayou. Fantômes amérindiens. Labyrinthe de rivières et cloaques boueux rendu encore plus vertigineux par le manque cruel de repères, sans oublier les mousses espagnoles qui se balancent à la façon des corps refroidis de Strange Fruit et vous abritent temporairement du soleil assommant.
Quasiment incompréhensible, le patois du gars du coin qui conduit le rafiot et sans lesquels vous ne retrouveriez jamais votre chemin de retour vous persuade une bonne fois pour toute que vous avez bien posé vos deux pauvres burnes sur une planète inconnue. Bruit du moteur et clapotis contre la coque du bateau cachent un silence séculaire brisé par les bruits d'animaux et autres bêtes mystérieuses de la jungle hostile, mais ne peut clairement rien contre le taux d'humidité assez vertigineux qui surcharge vos poumons et mouille votre chemise. Bref, le gars ouvre la bouche, exhibe ses chicots manquants et te raconte cette veille histoire de rougarou (cf. loup-garou) à te faire froid dans le dos, alors qu'il fait 45° Celsius. Mi-humain, mi-loup qu'il est le rougarou... Bon, éthyliquement parlant, le gazier ne donne pas de signe probant de sobriété. Et puis, le cagnard aidant, tout se mêle, tout s'embrouille. En définitive, le rugaru, est-il mi-homme, mi-alligator, folklore du bayou pour péquins ou bien Cavalier sans tête ?

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C'est dans cette nature envoutante et sauvage, très appropriée à retranscrire polars poisseux, histoires fantastiques et autres légendes issues du bayou, que cinéastes américains et européens (autant notoires qu'undergrounds) sont venus quérir ce que seule la Louisiane possède, défend, et ne bradera jamais à qui que ce soit : magie, swamp freaks, mythologies antiques & mystères.
En gros, ça commence en 1948 avec Louisiana Story, film de commande tourné pour la Standard Oil Company racontant l'histoire d'un jeune garçon cajun qui arpente sur sa pirogue le bayou de Louisiane. Cependant, rien de bien mystérieux ni d'écolo dans un scénario écrit à la gloire du capitalisme US. Bientôt, attiré par des bruits de machines qui perturbent le calme d’une nature presque vierge, le garçon aperçoit des ouvriers qui installent au cœur des marais un puits de pétrole. Alors que son père vient de signer avec la compagnie pétrolière un contrat d’exploitation de sa terre, le garçon, intrigué, ne cesse d’observer l’étonnante fabrication du derrick...

 

Jack Palance / Panique Dans La Rue
Jack Palance / Panique Dans La Rue

Précédant d'un an Un Tramway Nommé Désir réalisé en 1951, film mythique basé sur un scénario d'une pièce de Tennessee Williams mettant en scène un huis clos digne d'une tragédie psychiatrique, Panique Dans La Rue (Panic In The Streets) est un des tout premiers films où Elia Kazan s’affranchit du théâtre, de Broadway, et décide de ne plus  être esclave du script. Du coup, il s'en va tourner les scènes dans les rues à bordels, dans les bars louches, sur les quais mal-famés de la Nouvelle-Orléans et finit par imposer la vraie trouvaille de ce film noir: la sale gueule de malfaiteur découpée à la serpette, celle de Jack Palance - Lequel est un pur rookie de la bobine et s'appelle encore Walter.
Sous couvert d'enquête menée par le Dr Clint Reed (Richard Widmark) et le capitaine Tom Warren (Paul Douglas) afin de retrouver les malfaiteurs et tous ceux qui ont approché un homme porteur du virus de la peste pulmonaire et éviter que l’épidémie ne se répande, c'est bien l'idéologie communiste qui est visée par Kazan. Son témoignage devant la tristement célèbre Commission sur les Affaires Anti-Américaines lors de la Chasse aux Sorcières (1953-54) confirmera cette éventuelle propagande anti-rouge.

EASY RIDER (1969)

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Prostituées, sexe dans un mausolée ouvert et prise de LSD font partie des moments cultes de Easy Rider (1969), notoire film « beatnick » qui a pour vedettes nominales Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson, Luke Askew, mais aussi le tout récent condamné à perpète pour le meurtre de sa dulcinée, Phil « Wall of Sound » Spector – Lequel négocie l'achat de quelques grammes de coco au tout début.
Les scènes de Carnaval montrent la ville aux mille danses sous des aspects les plus champêtres, avant que Peter Fonda et Dennis Hopper filent à l'anglaise avec les filles pour s'adonner aux plaisirs du sexe sous acide. Les scènes sont filmée à l'intérieur du cimetière St Louis N°1, là où se trouve le sépulcre de Marie Laveau, incontournable Reine vaudou qui grimpa dans la société hiérarchique locale grâce à sa vision mainstream du vaudou. Au lieu de confronter son vaudou à la foi héréditaire de la vieille aristocratie européenne, Marie Laveau cuisina un gumbo platonique pour « petits blancs », nécessairement populaire, donc très lucratif... Ici, dans Easy Rider, le Sud y est perçu comme une terre particulièrement hostile, intolérante, réactionnaire. Un endroit où l'autochtone blanc incarné par Cat Man (Hayward Robillard) – celui qui tue Nicholson à coups de gourdin - a droit de vie et de mort sur la fange composée par les négros, fags et autres beatnicks.  Finalement, la petite mort entrevue au Cimetière N°1 va laisser la place à la vraie... Un peu avant que les Yankee queers (sic) franchissent la limite du comté.

VIVRE ET LAISSER MOURIR (LIVE AND LET DIE) (1973)

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Un Bond classique de Guy Hamilton (1973). Plusieurs agents britanniques ont été tués et James Bond enquête à New York, dans le quartier de Harlem, où il affronte un caïd de la drogue, le redoutable docteur Kananga. Envoyé à la Nouvelle-Orléans, pour enquêter sur ces morts mystérieuses, il rencontre Tee Hee qui a une griffe en guise de main, Baron Samedi à la fois maître vaudou et gardien du cimetière... enfin, la mystérieuse Blanche Solitaire et ses cartes de tarot. Il va sans dire qu'un James Bond de cet acabit ne pouvait accepter les acteurs noirs que dans la parodie, la canaillerie, la vilenie.
Afin de remplir sa mission, et pénétrer à l'intérieur de la «cabalistique» Nouvelle-Orléans, James Bond se doit de naviguer à travers les herbes marécageuses, déjouer les sorts perfides jetés par les autochtones, évoluer sur l'eau, comme Jésus, tout ça avec la maestria et désinvolture bondiesques adaptées à ce genre de situations.
Bref, le message est clair : la séculaire magie locale ne fait pas le poids face à la gadgétisation (cf. modernisation) à outrance de Bond.

J.D's REVENGE (REVANCHE D'OUTRE-TOMBE) (1976)

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Polar fantastique ou bien série B de S.F. voire film d'épouvante blax un peu daté, les cloisons du cinéma de genre sont si poreuses qu'on peut hésiter un brin lorsqu'il s'agit de classifier Revanche d'Outre-Tombe. Le cahier des charges d'Arthur Marks était de filmer une vulgaire histoire de possession comme il en existe des dizaines dans le patrimoine orléanais. De fait, Revanche d'Outre-Tombe conte la vie perturbée d'un jeune étudiant noir qui connaît un dédoublement pour le moins sauvage de sa personne. Peu à peu, dans l'incompréhension la plus totale, le placide Ike (Glynn Turman) pâtit d'un énigmatique phénomène de réincarnation. Adoptant faits et gestes d'une ancienne petite frappe de la Nouvelle-Orléans du nom de J.D. Walker, lequel fut tué au début des années 40 après avoir été accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis... Ike, entièrement sous influence car possédé par l'esprit du défunt gangster, parviendra-t-il à venger ce fameux J.D. Walker puis à retrouver sa personnalité ?
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DOWN BY LAW (1986)

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Après s'être fait la main de belle manière moyennant le format « minimal » en noir & blanc de Stranger Than Paradise (1985), Jim Jarmush trouve ses marques et lance sa carrière de façon irréversible avec Down By Law (1986), toujours en noir & blanc. Un travelling du générique du film parcourt furtivement les housing projects de Magnolia d'où vont bientôt émerger Bounce music et pléthore de rappeurs notoires de la ville. Petit exercice de style qui plante le décor et anticipe la cavalcade effrénée du trio de petits malfrats à la remorque composé de Tom Waits (Zac), John Lurie (Jack) et Roberto Begnini (Roberto). Si certaines scènes dont la fuite rocambolesque du pénitencier sont dignes du cinéma muet, celles filmées dans les marais doivent beaucoup à l'évasion du camp dans lequel a été enfermé Max Sand alias Nevada Smith (Steve McQueen) dans le film Nevada Smith (1966) de Henry Hathaway. Ce moment à la fois crucial et même fatal où Max/Nevada, Bill Bowdre (Arthur Kennedy) et Pilar (Suzanne Pleshette) s'enfuient avec une pirogue à travers les marécages n'est pas sans rappeler les pièges que doivent surmonter les trois lascars de Down By Law pour entrevoir la liberté...

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ANGEL HEART (1987)

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Angel Heart fait parti des « voodoo movies », genre abordé en 1943 par le bien nommé Vaudou de Jacques Tourneur où les personnages tentent d’échapper à leur passé, aux forces du destin. Un combat vain, désespéré. A noter que, contrairement à Harry Angel/Johnny Favorite (Mickey Rourke), détective privé amnésique d' Angel Heart, le cinéaste d'origine française - fils de Maurice Tourneur – n'a jamais vendu son âme au Diable. Préférant être mis au ban pendant de longs mois par Hollywood qui voyait en lui un « nigger lover » totalement incontrôlable plutôt que de caricaturer les Noirs à l'écran.
Fascination, fétichisme, parodie et même une certaine anxiété, c'est la représentation que Hollywood a souvent fait du culte vaudou, culture populaire énigmatique et peu comprise de la diaspora africaine. Laissant apparaître au grand jour certains traumatismes dans la société des descendants européens tels que les stéréotypes raciaux et la question du racisme, lesquels flottent comme des bouchons de liège à la surface de l'incompréhension. Bien entendu, le jeu de Tarot de Margaret Krusemark, la diseuse de bonne aventure d' Angel Heart, fait partie intégrante des tours de passe-passe du hoodoo louisianais... Cartes à jouer mettant en balance le côté cartésien de la foi traditionnelle européenne, toutes capables de réveiller craintes latentes et forces obscures qu'elles invoquent.

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BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLEANS (2010)

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Remake à la fois teuton et mou du chibre du chef d’œuvre d'Abel Ferrara. Interminable, lourd et surjoué (2h2mn) le long-long métrage ne possède pas la fièvre communicative du scénario original écrit par feu Zoë Lund & Victor Argo... Ici, il faut sacrifier à la thématique du sublime pour avaler sans broncher ce genre de polar de Werner Herzog. Je vous convie à (re)voir l'interprétation de Harvey Keitel qui savait donner épaisseur et subtilité à son personnage, tout ça sans se répandre. Non, rien n'y fait, la déliquescence de la ville aux mille danses filmée par Herzog ne fera jamais oublier le New York glauque de Ferrara. Ni les décors naturels, ni le scénario, encore moins les substances que s’envoie Terrence McDonagh (Nicolas Cage) à longue-longueur de film ne parviennent à secouer la partie reptilienne de mon cerveau. Pas même le châssis pourtant cubain de Frankie Donnenfeld (Eva Mendes) ne parvient à sublimer l'action, c'est dire...

TRUE DETECTIVE (2014)
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HBO aime s'implanter en Louisiane afin de profiter des décors naturels et n'hésite jamais à absorber catastrophes et cultures locales pour broder scenarii et intrigues qui font le succès de ses séries les plus populaires – cf. True Blood, Treme -
La dernière en date, la série True Detective, est ce diamant noir taillé avec un soin tout particulier par les producteurs de la firme à installer une intrigue issue de The King in Yellow (cf. Le Roi vêtu de jaune), recueil de nouvelles fantastiques de Robert W. Chambers (1895), au sein même de la pampa louisianaise.
Certainement influencé par le synopsis du Masque de La Mort Rouge d'Edgar Allan Poe (1842), The King in Yellow a enfanté un gnome fantastique :L’Appel de Cthulhu, écrit en 1926 par H.P. Lovecraft dans lequel un anthropologiste découvre un étrange bas-relief représentant une caricature d'homme « à tête de poulpe munie de tentacules surmontant un corps écailleux et grotesque muni d'ailes rudimentaires ». Décidément, rien ne semble différencier le rugaru des marais et l'univers de Lovecraft.
Bayou 13 Paru au début des années 80, le jeu de rôle éponyme inspiré par L’Appel de Cthulhu est à la hauteur du labyrinthique bayou louisianais. Un peu à la manière de Rust Cohle, le zinzin de détective de la série, ce défit vous fera perdre tôt ou tard des points de santé mentale, notamment si vous croisez sur votre chemin le Roi Jaune, avatar d’Hastur qui utilise la pièce de théâtre afin de plonger l’humanité dans le chaos le plus total.

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