L'HOMME MOiSE 15

Interview : Moïse the Dude, volume 2

Ce n'est plus un mystère pour personne, tout le monde, chez nous, aime beaucoup la musique de Moïse the Dude. Résultat, un lobbying incessant pour tenter de l'imposer en haut des charts français :

- une chronique de son premier EP, par Jean-Pierre Labarthe
- une interview autour de la sortie de son premier EP, par Genono
- une chronique de son deuxième EP, toujours par Jean-Pierre Labarthe, chez le Boguibog
- une autre chronique de son deuxième EP, par Mugen
- un article sur son deuxième EP, par Genono, chez Noisey
- et enfin, une deuxième interview, autour de la sortie de son deuxième EP, ci-dessous

Genono : On va commencer par une question très basique : quelles ont été les réactions autour de la sortie de ce Vol.2 ?

Moïse : Les réactions ont été plutôt bonnes. J’irais pas jusqu’à dire que j’ai sentit une attente du public avant la sortie, mais y’a clairement eu un engouement plus important. J’ai eu très peu de retours négatifs, la plupart des réactions concernant mon évolution, mes prods, mes textes, sont bonnes. Donc c’est pas mal du tout.

Genono : Au niveau de ces retours, je constate que pas mal de mecs qui écoutent très peu de rap français, je pense à Jean-Pierre Labarthe, ou à Pure Baking Soda, s’intéressent à tes EP. Comment t’expliques ça ?  

Moïse : Je l’explique pas, mais ça fait bien plaisir. Quand je fais mon rap, je m’en branle que ce soit du rap français ou pas, je fais mon truc, c’est juste de la musique. Cette absence de codes, cette liberté dans la démarche, font que ma musique dépasse un peu les frontières et les cloisonnements entre le rap français et le rap cainri. Après, c’est vrai que je suis très influencé par le rap cainri, j’en écoute beaucoup, et peut-être que, j’en sais rien, mais il est possible que je digère un tout petit peu mieux les influences que certains. Ca parait peut-être prétentieux ce que je dis, je me rends pas compte.

Genono : « J’ai pas eu les Inrocks et j’m’en branle » … est-ce que Noisey c’est mieux ?

Moïse : (rires) Noisey c’est mieux, grave ! A mort ! Pour la petite histoire, et je dis pas ça pour me la raconter mais juste parce que c’est drôle, j’ai eu un retour de Toma Blondeau, qui écrit pour les Inrocks, qui a beaucoup aimé l’EP. Et justement, il a tiqué sur cette phrase, pas méchamment hein, ça l’a fait marrer. Du coup on a eu un petit échange là-dessus, surtout que c’était le morceau qu’il avait préféré dans ce volume 2.

Genono : Bon, alors Les Inrocks c’est pas mort pour toi, on sait jamais !  

Moïse : Nan, c’est pas mort.

Genono : « Personne ne connait rien au rap en France » … est-ce que tu me clashes ? Parce que si c’est le cas, on va régler ça tout de suite (rires).

Moïse : Putain, si y’a quelqu’un qui connait bien le rap en France, c’est bien toi.

Genono : Ca, je suis pas sûr …

Moïse : Ce morceau-là, c’est juste de la provoc, c’est gratuit. C’est bête et méchant, et c’est tout l’intérêt de ce genre de titre.

Genono : Comment tu juges la critique rap en France ? Elle est si mauvaise que ça ?

Moïse : Nan, elle est pas si mauvaise. Si on est sérieux deux minutes, y’a plein de monde qui s’y connait en rap français comme en rap cainri. Un mec comme Pure Baking Soda justement, je respecte à mort, déjà parce que c’est bien écrit, mais surtout parce que c’est pointu et que tu sens qu’il y a une vraie connaissance derrière. Les mecs de l’abcdr sont pointus aussi, mais c’est pas forcément ces gens qu’on voit dans les grands médias. Après, je suis pas sûr que la place du rap soit dans ces médias … je veux dire : je m’en fous de voir du rap sur TF1, ça m’intéresse pas. Je sais qui j’ai envie d’aller lire, ou écouter, et ça me suffit.

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Genono : J’ai l’impression que tu t’es un peu plus ouvert sur ce Volume 2, ne serait-ce que techniquement, tu tentes des trucs que tu tentais pas avant, t’as ce côté plus « punch » que t’avais pas avant … c’est une vraie volonté d’aller vers ça, ou c’est quelque chose qui est venu naturellement, juste parce que tes influences ont évolué ?

Moïse : A 80%, c’est une vraie volonté d’aller vers ça. Le fait d’être un peu plus punchy, de muscler mon jeu, c’est vraiment délibéré. Quand j’ai commencé à concevoir l’EP, Muscler mon jeu a été un des premiers morceaux que j’ai posé, et ça m’a plu immédiatement. Et puis, c’était à une période t’avais Kaaris en pleine explosion, et les gros morceaux trap de Chicago qui tournaient en boucle, donc je crois que ça m’a influencé, mine de rien. Quand t’entends Kaaris, c’est une vraie déflagration, t’as envie de faire pareil … même si tu sais pas faire ! Je suis loin de faire ce qu’il fait, parce que je suis pas dans la copie, mais c’est vrai que muscler mon jeu a été le fil conducteur de mon EP, à deux morceaux près.

Genono : Tu parles de Kaaris, qui est un mec avec un vocabulaire super vulgaire, toi au contraire j’ai l’impression que tu fais super attention aux mots que t’utilises.

Moïse : C’est pas que je me freine mais … en fait, c’est pas forcément conscient. Ca m’arrive de dire bite, chatte, ou cul, mais je vais pas avoir envie de le faire gratuitement. Je préfère en jouer, si c’est juste pour faire le bourrin, ça m’intéresse pas. Mais c’est une tendance naturelle, je préfère le côté malin que le côté bulldozer. Si je dois utiliser la vulgarité, je vais essayer de le faire intelligemment.

Genono : Muscler mon jeu a donc été le premier morceau enregistré sur cet EP ?

Moïse : Il fait partie des deux morceaux qui ont été enregistrés longtemps à l’avance, avec Chat du Cheshire.

Genono : Ca m’étonne presque pas, parce que Chat du Cheshire, c’est un morceau qui rappelle beaucoup le premier EP.

Moïse : Exactement.

Genono : T’utilises un léger filet d’autotune sur Sonatine, c’est un truc que tu comptes expérimenter à nouveau, à l’avenir ?

Moïse : C’est à cause de Seno ! (rires) Il est à fond sur l’autotune, et comme on bossait sur ce morceau ensemble, on s’est dit qu’on allait essayer. Mais ça m’a plu, et je pense que je vais continuer dans cette voie. L’autotune, c’est intéressant quand tu l’utilises à bon escient. Si tu mets de l’autotune juste pour dire que t’en as mis, ça sert à rien. C’est un effet sonore comme un autre, qui peut être super utile pour donner un peu plus d’émotion, ou même un peu plus de froideur … ça peut servir à plein de choses.

Genono : Un morceau complètement chanté, sous autotune, ça pourrait se faire ? Je te verrais bien dans ce registre.

Moïse : Ca pourrait, ouai, carrément. Surtout que je suis un piètre chanteur, c’est là tout l’intérêt, ça permettrait de corriger les fausses notes.

Genono : A propos de Sonatine … comment t’as réussi à convaincre Seno de venir poser avec toi ? Le mec voulait quasiment plus entendre parler de rap …

Moïse : Seno … y’a pas mal de temps, je lui avais envoyé le clip de Russe Blanc. Je voulais l’avis d’un ancien, d’un mec qui connait bien le rap. Et puis, je voulais aussi l’avis de ce mec qui a longtemps été dans un rap de niche, pour ensuite prendre un virage pour être dans un rap … toujours de niche, mais un peu plus dirty. Voila pourquoi je voulais son avis, je me suis dit que si lui kiffait ce que je faisais, c’est que j’étais arrivé à quelque chose par rapport à ce que je cherchais musicalement. Il a kiffé Russe Blanc, il m’a fait un retour plutôt positif, donc je lui ai dit d’aller écouter le reste. Puis on a commencé à discuter par twitter, on a crée 2-3 affinités … Donc quand j’ai commencé la conception du Volume 2, c’est vraiment la première personne qui m’est venue à l’esprit. Il me fallait un truc punchy, et Seno est vraiment sur cette fine frontière entre le côté énervé et le côté très musical, presque chantant par moments. Il me fallait Seno, je voyais personne d’autre là-dessus ! Donc je lui ai demandé, en mode « bouteille à la mer », façon « j’y crois pas trop, mais je te demande quand même » … et il a accepté, très gentiment, sans hésitation particulière. Après, pour le petit secret de fabrication, j’avais vu un coup à l’avance, dans le sens où on a une connaissance commune, Pernini9000, le beatmaker … les deux s’aiment bien, donc j’avais dans l’idée de prendre une prod à Pernini pour la proposer à Seno, en croisant les doigts pour qu’elle lui plaise. Au final, c’était un peu une équipe à trois.

Genono : Cette prod est extraordinaire … Quand j’ai compris que c’était la voix d’Alicia Keys, je suis tombé sur le cul. C’est très très fort.

Moïse : Ouai, gros boulot de Pernini9000.

Genono : Comment s’est fait le choix du thème autour de Sonatine, de Takeshi Kitano, des yakuzas ?

Moïse : On voulait pas s’aventurer dans des trucs qu’on maitrisait pas, donc on a choisi de partir sur de l’egotrip. Je te cache pas que ce qui m’intéressait chez Seno, c’est le Seno de Tombe la Neige, le Seno de 2.0, avec ce côté un peu personnage de cartoon violent. Je lui ai dit « faisons en sorte de sortir un bon morceau, à partir ce qu’on sait faire, en essayant d’être complémentaires » … et en commençant à gratter les premières rimes, y’avait déjà quelques références japonisantes, sans que ce soit calculé. J’ai écrit une première version du refrain, et sans raison particulière, j’ai pensé à ces répétitions de Sonatine et de Kitano, j’ai trouvé que ça sonnait bien … donc le thème est venu tout seul, en fait. J’ai proposé ça à Seno, ça lui a plu, donc on est partis sur ces références-là.

Genono : Tu fais rimer «gros kiki » avec « Hello Kitty » … pourquoi le gros kiki n’est pas à l’intérieur d’Hello Kitty ?

Moïse : J’ai bien peur qu’Hello Kitty soit un peu jeune.

Genono : Bonne réponse, t’es pas tombé dans le piège.

Moïse : Après, ça pose des problèmes avec la justice … nan, on va éviter.

Genono : T’as une écriture qui est pas spécialement technique, t’es pas dans la recherche permanente de multisyllabiques, de schémas de rimes ultra-complexes, de rimes hyper riches … est-ce que c’est volontaire, dans le sens où épurer ton texte, et ne pas le noyer dans trop de technique, te permet d’avoir une écriture beaucoup plus visuelle ?

Moïse : Je me pose pas autant de questions … ça vient naturellement. Y’a une forme de technique, avec de légères accélérations, ou même quand je laisse des blancs … c’est plus une technique au niveau des placements, en fait. Mais au niveau des lyrics, nan, j’écris comme ça naturellement.

Genono : Est-ce que t’écris en fonction de l’instru, et du flow que tu vas adopter sur telle instru, telle prod ?

Moïse : Ca dépend des morceaux. La plupart du temps, j’écris avec l’instru, parce que tu fais mieux corps avec. Parfois j’ai des bouts de textes que je note dans un coin, mais que je ne finis pas tant que je n’ai pas l’instru qui va avec. J’attends d’avoir la bonne instru pour le terminer, c’est du 50-50 au final.

Genono : Est-il préférable d’adapter ton flow à l’instru, ou le contraire ?

Moïse : C’est une bonne question, parce qu’on l’aborde peu … Mais du coup, faut que je réfléchisse un peu.

Genono : Ah merde, désolé.

Moïse : Nan, mais c’est super intéressant, j’aime bien parler un peu de la cuisine des morceaux … C’est un compromis entre les deux, en fait. J’essaye de pas trop sacrifier le fond pour la forme, je cherche un équilibre. Mais parfois, comme il faut que tu places telle syllabe à tel endroit, t’es obligé de virer un article, ou alors tu vas devoir trouver une formulation différente, pour que ça retombe de telle manière … c’est une histoire de compromis.

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Genono : J’ai l’impression que les rappeurs français ont longtemps eu un handicap là-dessus, parce qu’il n’arrivaient pas à faire groover la langue français. La bonne excuse pour un rappeur qui n’avait pas de flow, c’était « désolé les gars, je rappe pas en anglais, donc forcément, ça peut pas groover ». J’ai l’impression qu’on commence enfin à s’affranchir de cette idée que le français est une langue à textes uniquement.

Moïse : Oui, ça vient … C’est clair que ça demande un vrai boulot, c’est pas aussi facile que l’anglais, forcément. Et puis il y a aussi le fait qu’on ait longtemps été otages de l’influence new-yorkaise, qui n’est pas le rap le plus groovy du monde. Je l’ai déjà dit en interview, mais tu prends un morceau de Nas, c’est beaucoup moins mélodique qu’on morceau de Young Thug. C’est un peu extrême, mais tu comprends l’idée … Les rappeurs français ont aussi évolué avec cette tendance, aujourd’hui ça chante beaucoup plus. C’est de la musique, il faut des mélodies, il faut créer des vagues avec les mots. C’est un gros travail, de la rythmique pur : il faut découper les mots, remodeler ton texte, faire des compromis, des choix.

Genono : L’influence gainsbourienne, très présente sur le premier EP, est beaucoup moins marquée sur le second volume. C’est volontaire ?

Moïse : Pas forcément, c’est vrai que c’est un artiste que j’écoute toujours beaucoup, mais en m’écoutant, on se dit pas directement « tiens, il s’inspire de Gainsbourg ».

Genono : Disons que sur le Volume 1, les références étaient plus directes.

Moïse : C’est vrai … Y’avait ce côté un peu parler-chanter nonchalant, emprunté à Gainsbourg. Sur le deuxième … c’est plus rap, plus appuyé.

Genono : « Eh ouai j’ai tombé le peignoir, je lui ai foutu le feu » … Tu voulais tuer le Moïse du premier opus ?

Moïse : C’est marrant, parce qu’on te colle très vite une étiquette … bon, faut dire que je l’ai un peu cherché, j’ai fait deux clips en peignoir. Le truc, c’est qu’on me connaissait pas forcément, et l’image de moi qu’ont retenu les gens qui m’ont découvert, c’est « rappeur en peignoir, sosie du Big Lebowski ». Donc c’est pas non plus une volonté de tuer le personnage, parce que c’était mon premier projet, et que je vais pas prendre des virages à 180° à chaque projet, mais plutôt une volonté de pas me laisser enfermer, et de dire qu’il y a plusieurs rappeurs dans le même Moïse. Y’a une ligne directrice, mais avec plusieurs facettes, et une palette plus large. Donc cette petite phrase, c’est histoire de légèrement rectifier le tir.

Genono : Porno psy-chic, c’est une suite non-officielle de San Fernando Valley ?

Moïse : C’est ça. « Suite », parce que c’est dans le même délire, en un peu plus pop. Ca raconte une histoire de cul un peu étrange qui n’est pas censée se produire. Et « non-officielle », parce que l’histoire est différente, et que le morceau est plus abouti, avec un refrain, et une structure. Mais t’as raison, le délire est le même, le morceau est placé à la fin de l’EP, raconte une histoire …


Genono : T’as pensé à Tony Soprano en écrivant ce morceau ?

Moïse : Bah j’y ai pensé, mais après l’avoir écrit ! C’est vrai que c’est un peu le fantasme de Tony Soprano. En plus, c’est un argument marketing efficace. Mais inconsciemment, y’a de ça.

Genono : Tu vas défendre l’EP sur scène ?

Moïse : J’aimerais bien …

Genono : Pour le premier, t’avais fait des scènes ?

Moïse : Non, mais là j’ai deux EP, donc j’ai quelque chose d’un peu plus solide à proposer. Faut que je trouve des dates, des plans … Mais comme je fais tout moi-même, il faut du temps, un réseau, etc.

Genono : T’avais parlé de l’éventualité de sortir ton EP, voire même un pack avec tes deux EP, en version physique. Tu y penses toujours ?

Moïse : Franchement, je peux pas dire si ça se fera ou non. Je voudrais pas annoncer un truc sans le faire ensuite. Disons que ça m’a traversé l’esprit, c’est un truc que j’aimerais bien faire, un pack avec les deux EP, en ajoutant des inédits, comme les grands. Mais j’ai du mal à juger du nombre que je pourrais vendre, et je voudrais pas perdre de l’argent, non plus. Je suis déjà assez généreux avec ma musique ! (rires) Si je fais du physique, faut que ça soit rentabilisé, il me faut un business-plan.

Genono : T’as réussi à vendre un peu, en digital ?

Moïse : Un petit peu. C’est pas énorme, mais y’a des gens qui font l’effort de mettre quelques euros … Quand tu laisses le choix aux gens, tu peux pas leur en vouloir d’écouter ta musique gratuitement.

Genono : C’est un peu un choix obligé, non ? Tu peux pas dire aux gens « payez pour écouter ma musique », t’as pas une fan-base assez large pour ça.

Moïse : Bien sûr, ça dépend de ton niveau de notoriété, mais … aujourd’hui, je trouve ça bizarre qu’un artiste oblige les gens à payer, ou du moins ne leur laisse pas le choix. Tu te coupes d’une partie du public.

Genono : Concernant tes clips. Pourquoi le choix de Muscler mon jeu et L’homme à tête de Screw ?

Moïse : Muscler mon jeu, c’est le premier morceau de l’EP, il est assez court et assez punchy. C’était une bonne manière de montrer mon évolution. En une minute cinquante : regardez, il y a un Dude, et il a un peu évolué. C’est histoire de donner le ton, c’est un choix logique.

Genono : Pourquoi ce visuel, avec le fond bleu ?

Moïse : C’était une proposition du réalisateur, et ça correspond au code-couleur autour de cet EP. La pochette est bleue, les fonds que j’utilise sur les réseaux sociaux sont bleus … Pour le reste, je porte un peau de pêche Roca Wear, pour montrer qu’on est là depuis longtemps, un club de golf qui est un petit clin d’œil à Tony Soprano … on s’est amusé sur l’image.

Genono : Et pour L’homme à tête de Screw ?

Moïse : Déjà, c’est un morceau assez court, ce qui est beaucoup moins compliqué à clipper qu’un morceau long. L’occasion s’est présentée, il y avait un bon timing pour le faire. C’est Fibo, de Frer 200, qui a réalisé ce clip, c’est lui qui a amené toutes les idées. En gros, à un moment je parle de femme-renard dans le morceau, et lui, il n’a retenu que ça ! (rires) Du coup, il a foutu une femme-renard dans le clip, ça apporte une touche sexy. On est partis là-dessus, avec la Merco de papa dans un parking souterrain.

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Genono : Après Russe Blanc, t’invites encore une actrice porno dans un de tes clips … A la différence d’une grosse majorité de rappeurs, t’as une vraie volonté de la mettre en scène, et de ne pas juste avoir une fille désapée à l’écran.

Moïse : Si tu prends une nana, qu’elle soit actrice porno ou pas, et que tu lui demandes juste de montrer ses nibards … ça sert à rien.

Genono : C’est un peu le cas sur le clip de The Dude, sur ton précédent EP …

Moïse : On a été un peu trop ambitieux sur le pseudo-scenario de ce clip, du coup au montage, ça n’a pas fonctionné comme on voulait, et c’est vrai qu’au final, les nanas ont presque un rôle de potiches. C’est dû aux aléas du montage, vraiment. Mais sinon, on essaye toujours d’avoir un minimum de mise en scène. Sur L’homme à tête de Screw, le personnage a un vrai intérêt, une place centrale dans le clip. C’est pas un alibi ou un simple gadget pour montrer une fille sexy.

Genono : Ta promo, si on peut dire, se passe vraiment sur la durée, contrairement à pas mal d’artistes qu’on voit beaucoup dans un laps de 2-3 semaines autour de la sortie de leur projet, et plus du tout après. Est-ce que c’est dû à ton exposition qui n’est pas énorme, et qui t’oblige à faire avec les moyens du bord, ou est-ce qu’il s’agit plutôt d’une volonté de ne pas faire un produit consommable, qu’on aura oublié un mois après sa sortie ?

Moïse : C’est d’abord parce que je me demmerde tout seul, donc forcément, tout prend plus de temps. En plus, j’anticipe pas vraiment la promo, donc je m’y mets une fois que l’EP est sortit. Du coup, tout se décale un peu dans le temps, les interviews arrivent bien plus tard … Mais ce que certains verraient comme un inconvénient, je le vois comme un avantage, dans le sens où l’EP vit réellement, et pas mal de gens le découvrent sur le tard. Sur le premier EP, ça me l’avait déjà fait, avec des chroniques 8 ou 10 mois après sa sortie. J’aime bien ça, parce que ça permet aussi de sortir le produit du côté instantané inhérent à notre époque. Là, le truc vit sa vie, il sort un peu du temps. Pour le Volume 2, c’est pareil, j’attends encore des chroniques, des interviews, j’en ai jusqu’au début de l’été, et peut-être même à la rentrée.

Genono : Ceux qui te découvrent avec  ce deuxième EP, est-ce que t’as l’impression qu’ils cherchent un peu à écouter ce que t’as fait auparavant, que ce soit en groupe, ou même simplement en allant écouter le premier volume ?

Moïse : En groupe, je pense pas, mais pour le volume 1, oui, je le vois. Y’a pas mal de téléchargements du volume 2 qui s’accompagnent du téléchargement du volume 1, je trouve ça bien. Et puis c’est con, mais comme le truc s’appelle Volume 2, les gens se disent « mais merde, c’est qu’il y a un volume 1 ! » (rires) Les gens sont curieux, c’est cool.

Genono : Volume 3 possible, ou tu passes à autre chose ?

Moïse : Volume 3 possible, clairement. Mon prochain projet devrait être un projet en commun avec un autre rappeur, mais ça m’étonnerait que je sorte quelque chose avant. Mais oui, le volume 3 est tout à fait possible, j’aime bien cette idée de suite, y’a un côté fidélisation, les gens suivent, ça raconte une histoire sans en raconter une … Y’a un fil conducteur, j’aime bien ça.

Genono : Est-ce que ton patron sait que tu rappes ?

Moïse : Oui, mon patron sait que je rappe.

Genono : Est-ce qu’il a entendu Germinal ?

Moïse : Je crois pas … mais j’espère qu’un jour il l’entendra. En tout cas, il sait où trouver ma musique, donc il a la possibilité de l’écouter. D’ailleurs, c’est vrai qu’il me fait un peu moins chier depuis que l’EP est sortit (rires).

Genono : Ca n’a rien à voir avec ton EP, mais j’aimerais bien avoir ton avis sur un mec comme Joke, je pense que ton avis sur la question peut être intéressant. Je trouve la démarche de la maison de disques très intéressante, dans le sens où ils prennent un artiste qui vient de nulle part, et cherche à le développer de A à Z. Est-ce que tu penses pas que le public peut avoir l’impression que Def Jam cherche à lui imposer un artiste, et risque de faire un rejet ?

Moïse : J’ai une vision un peu différente. Je le vois pas comme un mec qui a été fait de A à Z, parce que je connais son rap depuis longtemps, il faisait des trucs avec Tekilatex à l’époque, même si ça restait très confidentiel. Ensuite, il a rencontré Oumar, qui a décidé de le manager … Effectivement, on sent qu’ils ont pensé le produit Joke. Mais musicalement, ça lui ressemble quand même. Y’a une touche Joke, j’aime bien ce mec. J’ai ses deux EP, que j’ai vraiment kiffé, ça m’a même inspiré. Il a un style, une personnalité. Après, c’est vrai que j’ai beaucoup moins kiffé l’album, je l’ai survolé et je pense que je le réécouterai pas, parce qu’on est déjà dans la répétition.  On est déjà dans l’aboutissement du produit, et ça m’intéresse pas. Sur Tokyo et Kyoto, il montait sur une nouvelle marche, et ça lui allait bien, y’avait quelque chose de nouveau. Après, est-ce qu’on nous impose un artiste … Il est signé chez Def Jam, donc forcément, il a la promo qui va avec. Il a une bonne base de fans, donc je pense pas que ce soit totalement imposé au public.

Genono : Mais en contrepartie, il a beaucoup de haineux aussi.

Moïse : Tant mieux, c’est bien de diffuser. Regarde Booba, il a des millions de fans et des millions de haineux, et pourtant c’est le boss du rap-game. Je pense pas que Joke arrivera au niveau de Booba … Pour moi, le souci de Joke, sur cet album en tout cas, c’est qu’il force trop son personnage. Sur Miley, ou sur … c’est quoi le titre, déjà ?

Genono : Je sais pas, j’ai pas écouté l’album.

Moïse : Je crois que c’est Majeur en l’air. En fait, sur ces morceaux, on sent qu’il court après la tendance de mecs comme Kaaris, avec une grosse voix, un côté bourrin. Et ça lui va pas ! Faut qu’il garde ce côté tête à claque, sale gosse. Il peut faire des morceaux méchants, mais en gardant un côté froid … Il faut connaitre ses capacités vocales, et ne pas forcer le trait. Du coup, je trouve ça moins cohérent, et ça m’intéresse moins.

Genono : Sans parler de l’artiste, le travail de Def Jam, t’en penses quoi ? Je trouve que très peu de maisons de disques ont fait un tel travail sur un artiste.

Moïse : C’est du bon boulot. Je pense que c’est Oumar, quand il est arrivé chez Def Jam, qui a poussé pour récupérer Joke. Il a bien mis en place le produit, les deux EP précédents on bien fonctionné, il a son public … Je me dis qu’il n’y a pas de raison que les mecs de Def Jam lui disent « non, ça va pas, il faut changer ça ». Donc ils ont raccroché le wagon à la grosse machine … je trouve ça bien. Ils ont du développement d’artiste, je trouve ça bien, indépendamment du fait qu’on aime Joke ou non.

Genono : Si tu devais choisir un rappeur à clasher pour faire du buzz, tu prendrais qui ?

Moïse : (rires) Swaggman, ça va être facile.

Genono : Le mot de la fin ?

Moïse : J’aimerais bien faire un feat avec Alkpote, mais j’ai pas les moyens de le rémunérer.

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One thought on “Interview : Moïse the Dude, volume 2

  1. Du lourd le volume 2,le top ça serait un album avec juste Monkey Green,Esman et Grissom à la prod,et pas besoin d'autotune quand on pense à Z-RO,Big Moe ou Pimp C qui jouait les Curtis à ses heures perdues(Mayfield,pas Jackson hein :)

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