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« Southern Meridian » : Le Désert des Damnés de Gene, l'Enfant du Sud

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« Nothing is better than getting the raw and the real all at the same time. » Gene The Southern Child.

Originaire de Florence (Alabama) alias Flo-town, petite bourgade bien loin du retentissement planétaire de sa proche voisine Huntsville, laquelle a démontré son savoir faire en terme de fusées et de rap, Gene The Southern Child vient de sortir un petit bijou 2 carats d'album : Southern Meridian.

Hommage délibéré au roman de Cormac McCarthy « Blood Meridian or the Evening Redness in the West » -- un anti-western qui accompagne les périples d'un gamin sans blaze, « The Kid », engagé dans un périple sanglant avec l'historique Glandon Gang réunissant des chasseurs de scalps sans scrupule, lesquels massacrèrent des tribus d'Apaches le long des régions frontalières du Mexique au beau milieu du 19ème siècle avant de se faire tuer et scalper à leur tour par un crew d'indiens Quechan revanchards -- Southern Meridian tente de récréer l'atmosphère si particulière de ce roman à combustion lente qui pousse inexorablement les protagonistes à faire de la mort leur lot quotidien.

Bref, la dimension philosophique du roman prend place au fur et à mesure que la fibre morale du « Kid » le met finalement en contradiction avec le juge Holden, énorme personnage à la fois pâle et glabre dont la perversion et la violence ont une dimension quasi surnaturelle.

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C'est aux détours de l'an 2000, qu'en compagnie des rappeurs GMan(e) et Alabama Hustle Unite, Gene enregistre ses premières ambitions grammairiennes dignes d'être publiées sur des mixtapes oubliées de tous. Cela lui permet non seulement de faire ses gammes, mais d'enfourcher un canasson continûment sous Hennessy, coke, syrup & amphètes depuis qu'il a été abandonné dans la chaleur crématoire provoquée par les feux de la rampe : le business du rap.

Dès lors, comment ne pas revendiquer la grande influence du smooth rappin ' de Southern Bred, duo historique qui fit germer les imaginations les plus fertiles des MC's de la contrée reculée alabamienne, sans oublier Slave Kamp du précité GMan(e), mais aussi Bentley tout autant que Big P.O.P.E, quand les journalistes ont soudainement décidé de s'intéresser à ton pedigree d'artiste rap ?

Cependant, c'est l'éclectisme de l'Enfant du Sud qui perce au grand jour lorsqu'on désire l'enfermer de façon un peu carcérale dans le seul domaine du rap :

« L'inspiration vient des musiques pour moi essentielles faites par Godspeed, Swans, Corps, Sunn O))) etc ... ou bien j'aime me plonger dans cet océan expérimental sortant [sur] Editions Mego [comme] Pan Sonic ... en remontant plus loin, me tremper tout entier dans certains torrents de la Musique Concrète du début, ces choses de John Cage et Daphne Oram. »

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Autant son premier effort A Ride With The Southern Child, empruntait les initiales voies libertaires, celles pavées par les beats des 90's, autant le tout nouveau Southern Meridian s'adapte au concept voulu par Gene et abreuve de façon somptueuse ce qui s'apparente à un bain de jouvence à l'heure où le rap est géré de façon clanique à l'intérieur de ce bel État de l'Alabama. A l'instar de Beats By The Pound voire de sa descendance naturelle, The Block Beattaz de Huntsville, le collectif Parallel Tought (Drum, Knowledge & Caness originaire de Muscle Schoals) basé dans le New Jersey possède ce don d'adaptation au concept, à l'artiste. C'est armé d'une vraie maestria et d'une esthétique très intuitive que l'association joue magistralement sur la claustrophobie criminelle, la répression policière, la dissociation mentale, avec, en prime, la capitale « Southern hospitality » dont Gene et Caness ont du mal à se défaire [cf. Smackman].

Autant dire qu'on se situe loin des hâbleurs volubiles qui en ajoutent des caisses pour vendre leurs salades. A l'instar des héros stellaires de la région tels WC Handy et Sun Ra, Gene est homme à rendre compte de la simple vérité. Pendant que Young Dolph fait dans la «texanerie rutilante» avec Paul Wall (cf. Ridin Dirty), cette complicité entre producteurs du New Jersey et Gene de la Bible Belt sonne comme une petite victoire en soi. Délaissant les grandes orgues du gangsta tonitruant – pourtant pressenties avant que le projet évolue dans la direction romancière racontée au début de l'article -- pour un exercice smooth & raw, Gene, l'Enfant du Sud, fait non seulement entrer dans la danse, hustlers et pimps, flics et dealers, morts et vivants, mais ajoute une nouvelle pierre de taille à l'édifice du rap alabamien qui se remet lentement de la disparition de sa toute première victime sacrificielle médiatisée, celle de Doe-B.

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