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L’EP ‘Petits Meurtres entre amis’ de DJ Weedim est un véritable massacre

Le bon Mugen m'a devancé, et vous a présenté hier 15 bonnes raisons d'écouter Petits Meurtres entre amis, l'excellent EP signé DJ Weedim, en collaboration avec Aketo et Sidisid. Mais il existe encore de nombreuses raisons de l'écouter. Les voici :

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Je ne me suis jamais vraiment intéressé à Aketo. A l'époque de Sniper, j'avais 13 ans et un duvet noir en guise de moustache, et je me sentais trop ghetto pour écouter un groupe qui tournait sur Skyrock. Par la suite, j'ai toujours gardé cette image d'un Aketo gentillet, genre de rappeur grand-public, très loin de ce que j'ai l'habitude d'écouter. Son interview pour l'abcdr l'année dernière a été l’élément déclencheur. Non seulement j'ai trouvé le bonhomme sympathique, avec énormément de recul sur sa carrière et celle de son groupe, mais j'ai aussi été surpris par ses vrais bons gouts musicaux -Memphis en tête-, à des années-lumière de ce que j'imaginais, venant d'un ex-Sniper. Sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche complètement. Je débarque probablement quinze ans après la tempête, mais je me rends compte que c'est un vrai putain de bon rappeur, excellent techniquement, loin de l'idée "flow monocorde" qui m'était restée de Pris pour cible. mqdefaultConséquence directe du point précédent : sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche vraiment. Non seulement il fait le son qu'il aime, mais en plus, "ce genre de prod qui l'inspire" lui donne envie d'écrire "les pires saloperies". Et niveau saloperies, Aketo n'est pas un débutant. Son image très lisse s'est légèrement fissurée il y a quelques années, avec une sextape mémorable en featuring avec Tunisiano et une groupie très vorace. De l'eau ayant coulé sous les ponts depuis, Aket s'en amuse enfin, et parsème l'EP de références pas cachées du tout à cet épisode : "J’ai même fait dans le porno, qu’est ce que je peux faire de pire ? J’suis un Sniper mais j’ai souvent du rectifier le tir" ; "Je me suis fait pépom comme Gucc', mais c'était pas Nicki Minaj"

L'autre grand protagoniste de cet EP, c'est Sidisid. Évidemment, c'est toujours le même problème avec : soit on apprécie son style singulier et son timbre de voix particulier, soit on passe son chemin. Pour qui sait se rendre à l'évidence, aucun doute : Young Sid est clairement un des mecs les plus techniques du circuit. Le boug bouffe des influences à longueur de journée ("J'suis plus Pimp C, Trillshit, qu'Illmatic"), les digère et les recrache, toujours en apportant cette sid-touch faite de références invraisemblables, d'arrogance sadique, et de satanisme ludique. Contrairement à Aketo, il n'a pas le souci de l'image lisse à défaire, et reste parfaitement fidèle à ce qu'il fait depuis quelques années. Son entente avec l'ancien-Sniper, aussi improbable puisse-t-elle être, fonctionne à merveille : on sent que les deux compères se butent au même son, naviguent sur les mêmes influences, et tirent tous deux dans la même direction.

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Juger le travail de DJ Weedim est une tache à la fois très simple, et très compliquée. Compliquée, parce qu'à la différence d'un rappeur, on ne dispose pas des mêmes critères-bateau pour l'évaluer : quantité de punchlines, qualité du flow, thèmes abordés ... C'est très réducteur, mais au final, jauger le niveau d'un MC se limite souvent à ça. Pourtant, du moins concernant cet EP, la tache est très simple : les prods de Weedim sont absolument toutes excellentes, disposent d'une vraie identité commune, et l'ensemble est aussi lourd que cohérent. Au delà du simple travail de beatmaking, Weedim a assuré toute la direction artistique du projet, on sent que tout est pensé, et que chaque détail est tout sauf laissé au hasard. Comme un chef d'orchestre, il a dirigé chaque instrument, chaque back en off, chaque réglage d'autotune, chaque répétition, avec la minutie d'un horloger et la rigueur d'un dictateur allemand.classic-weedim

 

 

Quid des figurants ? La Weedim-family est nombreuse, et on prend plaisir à retrouver les habituels B.E.Labeu et Infinit, toujours efficaces, et surtout en parfait accord avec les thèmes abordés (oui, B.E.Labeu aime parler de drogue, ce n'est plus un mystère pour personne). On retrouve également Daddy Jokno, l'ex AfroJazz, dont on avait quasiment oublié l'existence, Nathy Boss, qui a bien grandit depuis Le son qui tue, et surtout, Alkpote. Si on connaissait déjà La Crise depuis un bon moment, on ne se prive pas d'un nouveau couplet sur l'excellent Grinder Remix, véritable pièce-maitresse de ce 9 titres. Cerise sur le gâteau, c'est lui qui conclu l'EP, nous gratifiant encore de quelques phases pas piquées des hannetons ("J'ai de l'herbe fraiche et des Kinder Délice")

Un mot sur ce qui est, pour moi, le meilleur morceau du projet : Joeystarr. Déjà, le thème est fou. Ensuite, il est traité de la meilleure manière possible -comprenez : de manière complètement débile- avec punchlines dans tous les sens ("J'suis malin comme un singe, à la Joeystarr"), jeux de mots aussi faciles que drôles ("J'ai toujours la dalle, comme Béatrice"), et refrain très, très entêtant ("Chi-chi-chi-chicots en or, comme Joeystarr"). Autre belle pièce de cet EP : Carolean, solo autotuné de Sidisid, dans un style romantique ... à sa façon. En dehors de ce "Vanessa" moderne sous codéine, l'autotune est omniprésent sur Petits Meurtres entre Amis, et c'est franchement une très bonne chose. Pour qui est encore réfractaire à l'utilisation de cet outil, l'écoute de cet EP devrait, en toute logique, vous convaincre. Pour une fois, il n'est pas un simple accessoire censé combler les lacunes phoniques des rappeurs frileux, mais une véritable valeur ajoutée.

Pas de conclusion, fin de l'article.

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