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Interview - Rochdi : 'Mon style peut être dérangeant si l'auditeur n'est pas préparé'

Fort de trois sorties en autant d'années tout en restant discret sur le plan médiatique, Rochdi éveille les curiosités. Révélé au sein de son groupe Krystal, ainsi que par diverses collaborations (Alkpote, LIM, 113...), le jeune poète a su peaufiner un univers sombre assez à part dans le paysage rapologique hexagonal. Mieux, il le développe toujours un peu plus, repoussant ainsi les ténèbres jusque dans leur propre retranchement.

Je suis donc parti à sa rencontre. C'est tout naturellement sur ses terres du 13ème, du coté du Quai de la Gare, que le contact s'est établi. Une fois les présentations faites, le temps de traverser la Seine, on décide de poursuivre la discussion dans un café de Bercy. L'occasion donc de revenir sur son parcours, son œuvre, ainsi que son actualité.

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Propos recueillis le 18/09/2014 par Le Jeune Did
Illustrations : Singe Mongol

Le Jeune Did : Je te laisse te présenter et me dire tes premiers rapports avec le rap et tes débuts.

Rochdi : En fait, j'ai commencé vers 98-99 avec mon groupe ; Krystal (composé de MADJ, Joubinn, Mike le Chat Noir et moi-même), originaire du 13ème arrondissement de Paris. Il existe encore mais bon, il y a certains membres qui sont aujourd'hui moins actifs. Et du coup, comme tout le monde à cette époque là, on freestylait beaucoup, on enregistrait des morceaux, on répétait, on faisait un peu de scènes à droite à gauche. Ensuite, en 2007, on a sorti un album avec un format un peu étrange qui s'appelle Les Ordures du Manoir. Ce projet comporte 37 titres qui s'enchaînent pendant 120 minutes. En 2010, on a sorti un autre album plus conventionnel qui s'appelle Rapport de Guerre. À partir de là, en parallèle du groupe, j'ai enregistré pas mal de titres solo et sorti plusieurs projets, notamment Hardcore en 2012, par le biais du label Ebents Production. Cet album est en fait une sorte de discographie récapitulative de tous mes titres les plus "marquants".

Ça se ressent d'ailleurs à l'écoute, que les morceaux datent de différentes époques.

Exactement. En fait, c'est vraiment un récapitulatif. Puis, en 2013, il y a eu encore un projet dans ce genre là qui s'appelle Une Ombre dans la Ville qui répertorie aussi un certain nombre de titres d'un même univers mais qui dataient de périodes variées. En 2014, j'ai sorti Clair/Obscur qui au fond réunit aussi des morceaux de diverses époques mais qui ont par contre tous été mixés récemment, et qui jouent sur l'ambivalence de mon style, parfois un peu trash et d'autres fois plus doux. En ce moment, je travaille sur un nouveau projet prévu pour début 2015.

Justement, la transition que tu as pu opérer entre Krystal et tes projets solos, ça s'est fait comment ?

Ça s'est fait d'une manière pas très définie parce que même pendant la période de Krystal j'enregistrais toujours des morceaux solos en parallèle. D'ailleurs, il y a eu un premier album que j'ai fait qui s'appelle Mélodie de la Cave, qui a été mixé y a pas longtemps mais dont l'enregistrement est plus lointain. Il va sortir sûrement en 2015 ou début 2016. Finalement, l'impression de cette "envolée" en solo est liée à des circonstances accidentelles.

Du coup, il existe encore un avenir pour Krystal ?

Ouais, il peut encore y avoir un avenir pour Krystal. De toute façon, sur le prochain album que je sors, les 4 membres de Krystal seront présents.

Par rapport à ton style d'écriture, d'où te vient l'inspiration ? On peut déjà y apercevoir pas mal de références culturelles, musicales et aussi sportives ou relatives à des faits d'actualités.

Dans le prochain album, il y aura même des références botaniques ! Mais sinon ça vient des lectures que j'ai eues depuis tout jeune, de différents styles que j'aime comme la science-fiction, tout ce qui est ésotérique ou d'autres littératures un peu underground. Puis après, j'aime bien l'art en général, tout comme j'aime le monde et l'atmosphère de la rue. Je suis très pointilleux dans ma manière de retranscrire cet univers. J'aime bien aussi le foot c'est vrai, la religion également. J'utilise beaucoup d'images religieuses. Dans le prochain album, il y aura aussi beaucoup d'incursions un peu botaniques avec des références à des plantes rares, à des types d'organismes que tu retrouves dans des endroits rares de la nature. Les drogues aussi ! Souvent, ça m'intéresse beaucoup. Tout ce qui concerne également l'esthétique de l'épouvante et de l'horreur, du diable et tout ce qui est un peu sataniste.

Visuel : Tom Wild Sketch (2013)
Visuel : Tom Wild Sketch (2013)

Je rebondis sur ce que tu viens de dire rapidement sur les drogues. Cela fait forcément référence à l'addiction, que l'on peut en parallèle rapprocher du sexe, cette pulsion décrite de manière difficilement maîtrisable dans beaucoup de tes morceaux...

En fait, j'ai un caractère très excessif et addictif. Ça veut dire que lorsque je tombe dans une drogue, je suis tenté d'y être à fond. Pour l'alcool par exemple, si je bois une bière, je peux finir la nuit en ayant bu une bonne quinzaine de pintes. Du coup, c'est pareil avec le sexe. Je suis un peu un sex addict... Quand j'étais plus jeune, je pouvais pas baiser à ma guise. En grandissant, tu développes un charisme et une maturité qui te permettent d'assouvir un peu plus tes pulsions. Du coup, je suis un peu excessif dans ça aussi.

On sent à travers tes textes que t'as une personnalité excessive mais que t'essayes aussi de te retenir, ça fait référence à ce que tu disais par rapport au titre de l'album Clair/Obscur. Mais cette retenue, c'est aussi quelque chose qu'on peut retrouver déjà dans le morceau Mes lèvres  où tu parles de la nécessité d'arrêter le shit. Donc, au final, on obtient un discours ambigu mais intéressant car on ressent ta recherche de plaisir artificiel à travers la drogue, tout en ressentant à la fois ton doute face à l'enfermement ou au repli sur soi qu'elle peut provoquer. C'est très raisonné finalement.

Au final, c'est raisonné car, si tu veux, on ne retrouve pas le rapport léger que peuvent avoir certaines personnes qui disséminent leur rapport à la drogue sur des espaces larges, de manière modérée. Un mec excessif comme moi, il plonge dans un truc, et après nécessairement il s'en extirpe un peu. Il a donc automatiquement un moment de recul vis-à-vis de ce qu'il fait. C'est pour ça qu'il y a toujours le jeu de plonger dans un truc un peu malsain et pas bon pour toi, tu prends conscience de ça, et ensuite tu t'en écartes pour finir par devenir dépendant de la nécessité de ne pas être addict !

On sent que c'est quelque chose qui te travaille beaucoup.

Même dans l'écriture ! Pour te dire, il y a un morceau (Rapport de Guerre, ndlr) où je dis que j'écris "au moins une mesure tous les jours depuis que j'ai 23 ans". Donc c'est pareil ! J'ai un rapport à l'écriture qui est compulsif. J'ai tout le temps des feuillets sur moi. J'écris tous les jours des séries de mesures qui me viennent en tête, qui mûrissent... Depuis quelques années, je n'écris presque que comme ça.

Tu procèdes comment à ce niveau là d'ailleurs, t'as toujours un carnet de notes sur toi ?

Ouais, j'ai soit un carnet de notes, soit des trucs comme ça (il sort de sa poche des tickets de métro, de caisses et de CB). Cette technique me permet d'avoir des espaces d'écriture assez restreints. Du coup, je rumine une rime qui me reste dans la tête et ensuite je l'écris, souvent sous forme de 2 mesures ou 4 mesures, maximum de 8. Comme ça, ça t'aide à aiguiser ton sens de la formule, de la "punchline" notamment. Et ça te permet aussi d'isoler des couples de rimes pour pouvoir bien les cisailler, ou plutôt les aiguiser, dans des espaces courts. Après, tu assembles les couples entre eux pour que naisse une vraie cohérence globale. J'ai remarqué que ça rendait les textes plus riches que quand tu écris tout d'affilé, ce qui peut engendrer un texte trop dilué et souvent un peu vide.

Du coup, dans tes textes, ce qui est notable c'est que tu laisses beaucoup de place à la mélancolie, au pessimisme, à une certaine forme de fatalisme même... ça te vient d'où cette philosophie de vie, toute cette noirceur ?

Je n'pense pas que le rapport à la noirceur sous la forme du pessimisme, du fatalisme ou du cynisme, soit central dans mon style. J'ai plus l'impression que ce qui domine c'est un rapport évident au penchant obscur qui régit la mentalité de chacun, notamment la mienne, mais il y a toujours la volonté de le combattre, de le surmonter ou de le renverser en quelque chose de positif, et de se relever ensuite avec force et violence. En fait, j'ai pas l'impression que ce soit un discours sombre sur toute la ligne, mais cathartique plutôt. C'est plus comme ça que je ressens l'atmosphère qui se dégage de ma musique. Notamment dans mon dernier morceau, Le Martyre d'Osiris. Il est sombre, mais on sent quand même un côté martial et rédempteur.

C'est vrai... Et un côté mystique aussi.

Mon rapport au mysticisme existe davantage sous l'angle de la réincarnation et de la résurrection. Par exemple, le "Martyre d'Osiris" c'est une chose affreuse qui est arrivée à ce Dieu. Cette torture lui a permis par la suite de devenir une figure de la réincarnation et de la renaissance.

Une autre spécificité très présente dans ta musique, c'est celle de ton rapport à la ville de Paris. Elle fait vraiment figure de personnage à part entière.

Ouais, tout à fait.

Parce que tu vois si on te compare à un rappeur de banlieue, il risque régulièrement de rapper son ennui de derrière le périph',.. Alors que toi, tu développes une espèce d'aliénation subie justement par cette grande ville.

Ouais, je vois ce que tu veux dire. C'est vrai. Après, quand t'es parisien pur, tu sais comment ça se passe à Paris et tu sais que ce sont des formes de violences et de délinquances différentes. Elles ont leurs codes. Tous les bons rappeurs parisiens, si t'analyses bien, mettent un point d'honneur à décrire avec précision le mode de vie strictement parisien.

Cette multitude de caractéristiques, que l'on retrouve dans tes sons, me permet de te rapprocher de certains auteurs, ou encore de certains mouvements artistiques et littéraires. Il y a beaucoup de Romantisme et de Réalisme dans tes textes qui restent en même temps très contemporains.

Je reconnais le fait qu'on puisse, de l'extérieur, me rapprocher de ces courants. Pourtant, je pense que dans mon groupe Krystal, MADJ est bien plus romantique. Il est sur Lyricisme dans Clair/Obscur. Cette tendance est particulièrement palpable dans des titres comme Bédier Hills Lyricist ou encore Without You. Lui, il cultive vraiment un idéal inatteignable qui le laisse donc tout le temps dans une atmosphère angoissée et mélancolique qui là, le rapproche vraiment des grands mouvements romantiques. Dans ce style très poétique, il prépare d'ailleurs en ce moment même un projet d'une très grande qualité. Moi, j'ai peut-être plus un côté "réaliste", c'est vrai. Je pense surtout qu'il y a un côté brutal dans mon style. Raffiné mais en même temps brutal, qui fait pas dans la dentelle. C'est toujours la même ambivalence instable.

On sent que t'es à l'aise dans cette ambivalence, par rapport à ton personnage,  tout comme tu peux l'être dans ton écriture, que ce soit dans le story telling, l'egotrip ou le name dropping.

Ça rejoint ma manière d'écrire, car tu vois, t'es dans des états d'esprit différents quand t'écris. Et le fait de fragmenter ma manière d'écrire, ça fait que j'ai comme des petits sacs où je réunis des types de mesures et de rimes aux états d'esprit différents. Comme je commence à bien connaître mes styles, après j'ai plus qu'à faire un travail de regroupement de ces différentes mesures pour créer l'harmonie du texte. C'est ce qui fait que je peux être à l'aise dans plusieurs registres. Le style "Masterchef " ou "Porno Rap Star" est plus "rentre dedans" et volontairement lubrique. Il est différent du style plus velouté de Julie. Dans La Veuve, je raconte une histoire. Dans Drive By ou Le Retour de l'Aigle, je suis plus "conscient" et raisonnable. Dans Malédiction, je suis davantage dans un univers de l'étrange et du mystérieux. Le style de Hardcore 2, lui, est vraiment très noir. C'est presque dérangeant pour l'auditeur, surtout s'il n'est pas préparé.

Y a aussi beaucoup de sujets tabous dans ta musique, tu parles souvent d'homicide, de viol, d'inceste... qui plus est régulièrement interprétés de manière très bestiale, quasi indomptable... Je voulais savoir si en tant que rappeur et auteur tu te fixais des limites ou s'il y avait un sujet que tu n'as pas abordé, voire que tu n'oses pas aborder ?

C'est une bonne question mais après nan, j'ai pas vraiment de limite. Justement, ça rejoint ma personnalité en elle-même excessive. J'ai pas de règle morale qui me dit : "tu devrais pas faire ça" tu vois... J'ai pas vraiment de tabou, et il va y avoir un morceau qui s'appelle Hardcore 3 qui va arriver et qui est ultra violent...

Justement, tu réalises souvent des suites, tu comptes même sortir une tétralogie et je me dis : "tiens c'est marrant, le mec il est dans des suites, des espèces de tableaux"... Est-ce qu'il y a un rapprochement à faire avec les diptyques ou les triptyques ? Car, d'un point de vue artistique, on ressent aussi beaucoup cette influence picturale.

Exactement, j'aime aussi beaucoup la peinture. Mais même en littérature, j'aime beaucoup l'idée de "séries". Par exemple, j'aime bien les œuvres de Balzac qui se rejoignent.

Ouais, genre la Comédie Humaine, une espèce de crossover géant.

Voilà, j'aime bien toutes ces choses là avec beaucoup d'intertextualité. Des personnages qui reviennent d'un texte à l'autre, qui évoluent, qui changent, qui prennent de la consistance... J'aime beaucoup tout ça.

Avec tous ces sujets très noirs, très sombres que tu abordes, est-ce que ça t'arrive parfois de te dire : " tiens, je vais faire un morceau très positif, la vie est belle" ?

Il y a un morceau qui s'appelle La vie est belle !

Ce morceau reste quand même assez mélancolique.

Pour le coup, c'est un des morceaux qui se rapproche le plus du romantisme dont on parlait tout à l'heure. Il date de la période où je l'étais un peu, avec tous ces morceaux qui ont été enregistrés avant 2007. Après, j'aime pas forcément les morceaux où c'est la joie de vivre et compagnie... Mais j'ai quand même certains titres qui sont assez doux.

Tout ça pour dire que dans la vie, t'es pas forcément aussi noir que dans ta musique.

Ça dépend. Parfois je suis très sombre. Comme dans ma musique. De toute façon, quand t'écoutes bien mes morceaux, tu peux y déceler plein de phases humoristiques. Bien sûr, c'est pas un rap comique mais y a beaucoup de phases où on se dit : "ça va, il a quand même un certain sens de l'humour".

Ouais, par exemple y en a qui m'ont fait marrer, par rapport aux faits divers sportifs ... T'aimes bien parler des footballeurs qui trompent leur meuf, comme avec "le capitaine des Blues", ou alors la phase avec Giuly qui baise Estelle Denis, ou les trucs plus insolites comme les frères Vairelles qui défouraillent sur les videurs.

Voila tu vois ! J'aime bien aussi les trucs comme ça.

Tout ce côté sombre, ça te rapproche forcément de l'horrorcore. J'ai pas du tout envie de t'enfermer dans une case ou quoi que ce soit ...

Non non, pas du tout. C'est une case que j'accepte en tout cas. Je trouve que ça rajoute une saveur particulière au texte.

On peut déjà deviner que t'es sensible à ce style car dans Malédiction, tu rappes sur l'instru de The Crazies de Mr.Hyde. Pareil avec We are the future de Non Phixion dans Cuisine de l'Enfer. Tu cites aussi Uncle Howie dans Drive By 2, et il y a même le thème de Suspiria des Goblins samplé dans Hier Soir. D'où ce rapprochement. Ça m'amène à te demander : quelles sont tes références musicales en terme de Rap ? 

En fait, de 18 à 25 ans, j'écoutais énormément de rap français et américain. Globalement, ce que je préfère, ce sont les rappeurs "transgressifs". Par exemple, je vais pouvoir beaucoup apprécier des mecs comme Ill Bill, Goretex, Vinnie Paz ou R.A. the Rugged Man. Par contre, musicalement y a aussi des trucs totalement différents ou plus "actuels" que je vais aimer aussi. Je sais pas moi... dernièrement j'ai pu kiffer sur des trucs de Asap, de Rick Ross, ou de Jim Jones. J'aime bien aussi certains trucs du Dipset

C'est important de le signaler car ça se ressent pas forcément dans ta musique.

C'est vrai, ça se ressent pas toujours. En même temps, quand t'écoutes ma musique, elle a un côté "classique", mais y a toujours des petites références à des choses ultra-contemporaines ou provenant tout simplement d'univers complètement différents.

Comme quand tu dis que tu ne bois plus " le Sprite sans le sirop".

Voilà. Je suis pas enfermé dans un style, ou même dans un état d'esprit du style "le rap c'était mieux avant". Et j'aime aussi tout ce qui est expérimental. J'aime le rap anglais, le rap californien, le rap de Chicago, de Miami, de New York ...

Et justement, est-ce que tu arrives encore à suivre l'actualité écrasante du rap avec son flot quotidien de mixtapes, à t'y adapter et à faire le tri dans tout ça ?

Ouais, j'écoute souvent les mixtapes des mecs que j'aime bien. J'sais pas, par exemple Styles P.

Que tu cites aussi avec Sheek Louch dans Chevaleret Street Pimp.

Oui, souvent tous les mecs que je cite c'est des mecs que j'aime bien. The Game aussi, même si j'aime un peu moins ce qu'il fait maintenant. Y a plein de mecs comme ça que j'aime bien, peu importe le style ou la période, connu ou moins connu, underground ou pas. Tous les mecs qui sont bons, je kiffe. Même les trucs classiques ou ceux qui sont morts. Par contre, c'est vrai que parfois le rap que j'ai un peu de mal à écouter, c'est celui un peu pété au niveau des rimes, ou alors un peu trop sirupeux. Ou alors tout ce qui est trop chanté... Je préfère quand ça reste brutal, qu'il y a du texte et un flow rugueux.

chevaleret street

On devine facilement toutes ces diverses influences musicales et culturelles : peinture, littérature ... Mais pour ce qui est des références cinématographiques, même s'il y en a, on en retrouve un peu moins.

Parce que je trouve que c'est moins riche de citer trop de figures cinématographiques. Je sais pas trop pourquoi. C'est une impression que j'ai. J'adore le cinéma pourtant. Mais je cite quand même pas mal de personnages de films. Par exemple, dans le dernier morceau, je dis que "ma carcasse flotte à la surface de la Mystic River". J'ai pu citer Carlito, ou même des trucs plus obscurs. À un moment, dans un morceau de Krystal (Messagers des Ruelles), je dis qu'on est "déjà mort comme Jacob Singer". En fait, si elles sont subtiles, toutes les références sont bonnes à glisser.

Y a peut-être un côté un peu trop facile à récupérer ce genre de référence, non ?

Selon moi, il y a quelque chose de moins "fort" dans la récupération d'un personnage de fiction cinématographique. Je trouve que c'est plus intéressant de faire allusion à un personnage de fiction littéraire ou même directement extrait d'un fait divers de la réalité.

Oui ! Et le cinéma a été ultra récupéré dans tous les styles musicaux, y compris dans le rap.

Peut-être même un peu trop dans le rap...

Un peu trop car sûrement trop prévisible, avec souvent une incapacité à se renouveler.

Exactement. Et comme j'ai la volonté de n'pas être dans les carcans habituels, j'ai voulu m'émanciper un peu de tout ça. Et puis même, après dans mes clips, il y aura éventuellement des visuels qui font référence à certains films mais ce sera toujours du cinéma plus ciblé et moins grand public. Je trouve que c'est plus stylé.

Au niveau de ton actualité, peux-tu nous en dire plus sur tes projets à venir ?

Mon actu, c'est le nouvel album que je suis en train de finaliser.

Est-ce que ça va être le dernier volet de la tétralogie ?

Il y aura peut être un autre volet. Parce que je considère que les deux premiers volets de la tétralogie ne sont pas des vrais volets. Donc, en fait, ça nécessitera quatre purs albums reflétant vraiment des périodes plus ciblées. Les trois premiers extraits du prochain album sont Malédiction 2, Le Retour de l'Aigle et Le Martyre d'Osiris. Normalement, cet album sortira aux alentours du premier trimestre de 2015.

L'avenir de Rochdi "le rappeur", tu le vois comment ?

Je le vois au fin fond de l'underground, comme depuis le début. Toujours plus pointu dans la manière d'être réalisé, mixé, dans l'écriture et dans le visuel. Je vais essayer de toujours approfondir les choses. Tant que j'aurai la passion de faire du rap, je continuerai.

Tu te fixes pas de limite en quelque sorte ...

Non, aucune. Tant qu'il y a du plaisir, je continuerai. Et comme on retrouve dans mon style un côté très "orateur", très "déclamation", si je continue de faire ça plus vieux, et bien je sais que mon style pourra facilement dériver vers des trucs à la spoken word, un peu comme Gil Scott-Heron, que j'aime beaucoup.

On est donc en droit de s'attendre un jour à un "Hardcore vingtième du nom" ?

Après je pense que dans les séries, quand on les prolonge trop, ça devient toujours douteux. À la limite, j'accepte les trilogies. Ça sera difficile de faire un Hardcore 4, je partirai surement sur un autre truc... ou alors peut-être que je le ferai quand même, je sais pas !

De la scène de prévue ?

Il faut savoir qu'on a été interdit de concert. On en avait fait un en 2008 où il y avait eu des coups de feu et des types qui étaient tombés dans le coma. Donc la ville de Paris nous avait interdit de performer avec le groupe Krystal pendant juste un an ou deux. Après, j'ai fait des petites scènes de-ci, de-là. Mais pour le moment rien de prévu.

Pas même avec la MZ ?

Ils ont fait une grosse signature en Major. Désormais, ils ont un impératif d'exposition scénique. Donc normalement, tu vas commencer à les voir un peu partout. Mais j'avais enregistré un morceau avec Jok'Air qui s'appelle Jok Pololo & Roch Colombani et avec Krystal, il y a aussi un morceau en feat avec la MZ.

Le clip de Jok Pololo & Roch Colombani est bien foutu d'ailleurs.

Grave ! Le clip est intéressant parce que c'est les mecs de 420 Workshop qui l'ont réalisé. Ils travaillent vraiment bien. Ils ont leur propre culture visuelle.

Y a un côté tueur en série intéressant à développer encore plus... Pourquoi pas dans tes prochains clips ?

On avait le projet de travailler dans cette direction. Mais ça va se faire surement, un truc où je serai un espèce de candyman ou un tueur en série.

Ouais... Ou une espèce de Giallo, avec un visuel de type vieille pellicule abîmée.

Voilà, exactement ! J'espère vraiment que ça se fera.

sombre



  • 6 thoughts on “Interview - Rochdi : 'Mon style peut être dérangeant si l'auditeur n'est pas préparé'

    1. La phrase concernant le charisme est très révélatrice du côté prétentieux et imbu de lui-même de ce rappeur d'une vulgarité sans nom. Certes le rap est violent mais dans ce cas là on dépasse les bornes. En espérant qu'il ne percera jamais et n'aura jamais aucune notoriété. Ca vaut mieux pour l'humanité tout entière. A bon entendeur !

      1. Très bonne interview, super bien préparée, c'est plaisant à lire.

        Je ne comprend pas ton commentaire, quel danger pour l'humanité vois-tu dans ces textes pour l'humanité ?
        Pour moi c'est similaire à du Rimbaud ou Verlaine plutôt.

        Si tu repasses par la et que tu peux répondre c'est cool.

        1. Mon commentaire a été écrit dans un moment personnel de grande colère. Il s'appliquait tout particulièrement à deux morceaux, soit Hardcore 2 et Hier Soir que je trouvais insoutenables. Analyse excessive de ma part ne s'expliquant que par l'état d'esprit dans lequel je me trouvais à l'époque, à savoir pas assez de recul et d'humour alors que ce rappeur a beaucoup de talent. Même si je n'appréciais pas ces deux morceaux, il n'y avait aucune raison pour que je m'acharne de la sorte. Donc je retire ce que j'ai écrit il y a environ un an !

          1. Tres bonne ITW, bonne analyse et directive du jeune did, on ressent son admiration et tout le respect qu'il peu avoir pour son travail à travers ces questions.

            Il est jamais trop tard pour retirer ces paroles de colère, vaut mieux parfois méditer que de médire (1 an pour ça RDV en janvier 2017).
            On sent la aussi de l'admiration du respect et l'ambivalence de ton ego blesser. Peace SSC !

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