joe lucazz une

Joe Lucazz - No Name (chronique) | Joe est-il humain ?

La première fois que j'ai entendu Joe Lucazz, j'avais un duvet brun en guise de moustache, et pas de poils à la bite. Et surtout, la première fois que j'ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit "putain, il sait pas rapper !" mais en même temps je me suis aussi dit "putain, il rappe mieux que n'importe qui !". Un concept étonnant que Kery James a matérialisé quelques années plus tard avec le "j'rappe tellement bien qu'on me dit que je rappe mal" que personne n'a compris. Moi, j'ai compris : il parlait de Joe.

La première fois que j'ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit "mais il est complètement off-beat, qu'est ce que c'est que ce bordel ?". Puis j'ai réécouté le morceau, parce que quand même, je me disais "c'est le meilleur rappeur off-beat que j'ai jamais entendu". Au bout de 3-4 écoutes, j'ai fini par comprendre que c'était le beat qui était off-Joe, et pas le contraire.

Suite à cette drôle de révélation, j'ai passé la moitié de ma vie à attendre un album de Joe Lucazz. Il y a eu des projets un peu disparates, en solo ou en groupe, avec ETA, Buffalo Soldiers, de Rencontre avec Joe à So Parano, et je crois que la moitié de la discographie de Joe Lucazz est composée de bootlegs compilés par Le Blavog. D'un point de vue purement honorifique, c'est mieux que d’être compilé par Booska-P, sauf si tu veux que des gens t'écoutent. Il y a eu aussi un nombre incalculable de featurings éparpillés, d'apparitions dans des compilations plus ou moins exposées, et puis de longues périodes d'absence où Joe était soit en prison, soit dans autre chose que le rap.

joe lucazz 1Vouloir décrire le style de Lucazzi, c'est comme vouloir définir avec certitude la position et la vitesse d'une particule quantique. Au-delà du fait de vouloir me la raconter, c'est une métaphore un peu pompeuse pour dire que c'est impossible, mais qu'on peut essayer, si on n'a pas peur de l'incertitude. Joe aime se définir comme un lyriciste. Quand on s’arrête sur ses textes, bien entendu, on ne peut pas lui donner tort, mais on se dit que c'est quand même un peu réducteur, et qu'il est bien plus que ça.

L'aspect vraiment frappant dans le Joe's rap, c'est cette manière de punchliner. La plupart des rappeurs font de la punchline sur une mesure tout au plus, parce qu'ils se disent certainement qu'une phrase courte a plus d'impact. Ça suit un peu le principe selon lequel une droite bien balancée ne laisse pas le temps au mec en face d'esquiver. Joe, lui, fait ça sur plusieurs mesures d'affilée, et je crois qu'hormis Despo, et peut-être Lalcko d'une manière différente, personne ne peut prétendre faire durer aussi longtemps la punchline avant la retombée, sans prendre le risque de perdre l'auditeur en chemin.

Un exemple m'a particulièrement marqué l'année dernière, sur Marche Arrière, un morceau tiré de la compilation du Gouffre :

Si j'devais m'réincarner en objet ?
Sans hésiter j'dirais un glock 17, discret
Dans la poche d'un moins de 17

Déjà, là, c'est très fort. Non seulement d'un point de vue technique c'est une sacrée mise à l'amende, mais au niveau du sens, ça t'en met une sacrément violente dans le nez.
Sauf que c'est pas fini. Alors qu'il vient de t'en coller une de face, Joe, ne te laisse pas le temps de te relever, et t'en balance une derrière la nuque.

Attends j'ai mieux
Une grenade dans la bouche d'un juge ou d'un commissaire

Je pourrais remplir encore une trentaine de paragraphes à parler de Joe Bonhomme de Neige Lucazzi, mais 1. j'ai pas que ça à foutre, 2. ça ne servirait pas à grand chose. J'ai plein d'anecdotes, genre Joe & Cross se sont rencontrés sur les bancs de la Fac, ou l'avocat de Joe s'appelle Maitre Le Bras, mais Joe c'est pas Booba, on s'en bat les couilles de savoir s'il se déguise en Batman pour Halloween. Ce qui compte avec Joe, c'est ce qu'il envoie quand il entre en cabine.

Je ne vais donc pas m'amuser à détailler tout ce qui fait de No Name le meilleur album de 2015, quelles que soient les sorties à venir pendant les onze prochains mois. On pourrait parler des prods un peu intemporelles, des feats aussi peu nombreux que parfaits (Cross deux fois, parce que des collabs Cross-Joe dans un album de Joe Lucazz, c'est tout ce qu'on attendait, et Express Bavon, absolument PAR-FAIT sur Corner), recenser tous les thèmes abordés, ajouter un mot sur l'ambiance super posée et à la fois super brute ... Ça ferait beaucoup de remplissage, et je pourrais être satisfait d'avoir écrit une chronique de plus de 3000 caractères, mais ici je suis pas payé donc cette phrase fera office de conclusion.

5 thoughts on “Joe Lucazz - No Name (chronique) | Joe est-il humain ?

  1. Quand sur ton bootleg, j'ai entendu le "j'suis une sorte de Chirac en moins réglo", le son sur Halle Berry, ou le feat avec le Rat Luciano ou Gueko, j'ai vite compris qu'il intégrerait on top 5 et je me suis pas trompé. Le boug' rappe fort.

  2. Ahahah vous vous branlez sur un rappeur qu'arrive même pas à faire de rimes... vous le faite passer pour un genie...effectivement c comme despo, un mec qui a de bonnes idée punchmine mais qui arrive pas à faire des rimes et à ce placé...c pas un truc de genie ...carrer blanc sur fond blanc quoi...truc de bobo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *