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Interview - L.O.A.S : « Je pense que ma musique met les gens mal à l’aise »

Premier paragraphe - La première fois que j'ai entendu la voix criarde de L.O.A.S, il duettait avec Hyacinthe sur le projet Sur la route de l'Ammour. Il oscillait entre rap énergique et mélodies chantonnées, parlait de drogue et de sa bite, d'alcool et de chattes. Pas forcément original dans le fond, le boug a depuis prouvé, à maintes reprises, sa singularité. Plutôt que de se présenter immédiatement avec un projet solo, il a préféré jauger son public et préparer le terrain, pendant de longs mois, à coups de clips tous plus fous les uns que les autres. Une stratégie plutôt intelligente, puisque l'attente grandit, et la curiosité s'attise. L'EP 'Ne pleurez pas Mademoiselle" débarquait alors, en décembre 2013, et venait combler une partie de la fan-base naissante du dénommé Elois. Un an plus tard, démarrait la promo de son premier véritable projet solo, NDMA. Disponible depuis ce lundi, ce 10 titres est un parfait condensé de tout ce que sait faire L.O.A.S : rapper, chanter, parler de drogue et de sa bite, d'alcool et de chattes.

C'est là que commence l'interview.

L.O.A.S : Bon, je vais essayer de pas trop dire de la merde.

Genono : Ah mais si, au contraire, tu peux en dire. On est là pour ça. Bon, alors première question, tu …

L.O.A.S : « Présente-toi ! Qui-est tu ? »

Genono : Ah nan, putain. On fait pas des interviews de merde.

L.O.A.S : La dernière interview que j’ai faite, ça a commencé comme ça.

G : Zekwe Ramos m’a appris à ne jamais le faire. Bon, laisse-moi poser ma question. Il y a un côté très frénétique dans ta musique, mais en même temps, beaucoup d’introspection dans tes textes. Comment tu fonctionnes, niveau écriture ?

L.O.A.S : Il y a deux étapes. Déjà, je note plein de matière, à chaque fois que ça me vient en tête. Dans le métro, en lisant, en pleine discussion … j’ai une inspiration, je la note. Ensuite, y’a la deuxième phase, où je mets tout ça en forme, en fonction de l’instru, de l’émotion que je veux donner …

Genono : Donc t’écris avec l’instru ?

L.O.A.S : Ouai … mais j’utilise pas forcément l’instru sur laquelle j’écris. J’ai pas de méthode spécifique pour l’écriture. Je peux écrire un morceau d’une traite, ou alors je peux écrire un couplet, le zapper, et écrire le deuxième couplet six mois plus tard.

Genono : Tu te fixes des thèmes, ou des lignes directrices ?

L.O.A.S : Oui, mais pas des thèmes dans le sens où on l’entend habituellement. Je vais me concentrer sur la mise en place d’un univers, ou … je peux même te raconter une soirée, sans qu’au final l’auditeur s’en rende compte.

Genono : Quand tu rappes, t’as une voix super aigue, que certains peuvent trouver irritante. Est-ce que t’en joues, au niveau de tes intonations, etc ?

L.O.A.S : Ouai, forcément.

Genono : C’est un truc que tu bosses, et que t’essayes de mettre en forme ?

L.O.A.S : Ouai, notamment sur ce projet, NDMA. J’avais vraiment envie d’aller dans des trucs violents et énergiques, donc j’ai insisté là-dessus. Je force dessus, pour aller dans les aigus, mais c’est pas ma voix de tous les jours. J’ai une vraie volonté d’appuyer dessus, pour exprimer la rage. Ce qui me plait dans le rap, c’est cette rage véhiculée dans les morceaux que j’écoutais étant ado. Sur ce projet-là, j’avais vraiment envie d’explorer cette rage. Sur les prochains, je pense qu’elle restera toujours d’une manière ou d’une autre, mais elle prendra peut-être une autre forme. On dit toujours qu’un artiste doit trouver sa voix, mais pourquoi est-ce qu’il devrait n’en avoir qu’une ? Pourquoi on ne devrait avoir qu’une seule vie ? J’ai décidé d’avoir plusieurs vies dans ma vie. En ce moment je vie trois vies en même temps, et avant ces trois vies, j’en ai vécu plein d’autres. J’ai fait des choses avant le rap, et j’en ferai d’autres après. Je ne veux pas me limiter à des trajectoires droites … d’ailleurs je me suis un peu éloigné de ta question, non ?

Genono : Tu parles du côté revendicatif du rap, y’a une phase dans l’EP où tu dis « le hip-hop c’est le sida, pour ça qu’ils parlent tous de rester positif ». Tu te sens pas l’héritier de l’esprit hip-hop ?

L.O.A.S : Ce qui m’a parlé, c’est la rage, l’émotion. A la limite, les mots utilisés pour exprimer cette rage, c’est même pas l’important. Ce que j’écoutais, globalement, c’était du rap de cité. Moi je viens pas de cité, je viens de la campagne. Je viens d’un bled paumé en Province. Y’avait une autoroute, un abribus, et une rue. Rien d’autre. La vie en cité, ça me parlait pas, c’est quelque chose que je connaissais pas. Mais l’émotion véhiculée, ça, c’est un truc qui me parlait.

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Photo : Jipé Corre

 

 

Deuxième paragraphe -

 

La musique de L.O.A.S, aussi singulière soit-elle, est un bon reflet des évolutions récentes du rap. Les thèmes existent toujours, mais sont dilués au sein d'un bouillon d'egotrip, d'histoires de drogue et de meufs. L'esprit revendicatif existe toujours, mais est moins politisé, plus rentre-dedans. Derrière l'énergie très éparpillée de son auteur, NDMA est un EP qui semble presque empreint de méditation, tant les réflexions autour de questions existentielles sont profondes : la vie, la mort, l'esprit, la réalité -tangible ou non, l'amour, la haine. Un ensemble un peu fourre-tout, mais parfaitement cohérent. L.O.A.S est un rappeur conscient, conscient de ne pas l'être. On s'arrête facilement sur son personnage un peu déluré, sur son attrait pour la drogue et pour les filles de petite vertue, mais on oublie bien souvent de noter la qualité de son écriture. Maintenir une telle homogénéité, sans tomber dans des thèmes linéaires et lassants, et sans trop s'éparpiller, c'est un tour de force digne d'un vétéran.

 

 

 

Genono : Question bateau : tu rappes depuis combien de temps ?

L.O.A.S : Trois ans, en comptant la première année où j’ai juste passé du temps chez moi à écrire, seul dans mon coin.

Genono : Qu’est ce qui t’a donné envie de te lancer ?

L.O.A.S : La naissance de mon fils. J’étais coincé, il allait naitre, j’étais seul, j’avais personne à voir … J’avais une espèce d’urgence, et je me suis mis à écrire de manière frénétique. J’ai énormément taffé mon écriture, tout seul, sans rien demander à personne.

Genono : Et pourquoi le rap ? T’aurais pu écrire un bouquin, ou des nouvelles érotiques.

L.O.A.S : Je sais pas, ça s’est fait, c’est tout. Je ne me suis pas posé de questions. A la base, j’avais énormément de difficultés avec l’interprétation, c’est un truc qui s’est fait progressivement. Ensuite, je suis parti en Inde. Là-bas, dans les maisons, il y a des pooja room. C’est un genre de placard, qui sert de salle de prière. J’avais mis des matelas sur les murs, et tous les soirs je m’enfermais dedans. J’avais un ordinateur, une carte-son, et un micro. Et je rappais, tout seul, dans ce placard. Tous les soirs, pendant six mois. C’est là que j’ai trouvé cette voix, cette façon de jouer sur les aigus, ces intonations …

Genono : Sur NDMA, tu chantes beaucoup … on va peut-être pas dire « chanter », disons que tu chantonnes. Déjà, est-ce que c’est plus difficile que de rapper de manière classique ?

L.O.A.S : C’est plus casse-gueule, j’ai l’impression de plus me mettre en danger. C’est maladroit, et justement, c’est ça qui me plait. Le premier titre solo que j’ai balancé sur internet, c’était C2C, avec un refrain un peu chanté. J’avais voulu faire un morceau un peu rap-pop, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. J’aime chanter, je vais continuer à bosser ça.

Genono : Tu chantes toujours sans autotune. Pourquoi ?

L.O.A.S : Pourquoi sans autotune … parce que putain, de manière totalement pragmatique : on sait pas le faire.

Genono : (rires) D’habitude c’est plutôt le contraire : les mecs ne savent pas chanter, donc ils mettent de l’autotune.

L.O.A.S : Ouai, bah moi je sais un tout petit peu chanter, donc je me dis que j’en ai pas forcément besoin. J’arrive de temps en temps à être un peu juste … même si c’est souvent faux (rires). Je dis pas que c’est bien de chanter faux, mais … on s’en bat les couilles de chanter juste, de rapper dans les temps, et de faire de la musique très carrée. L’important, c’est de toucher les gens. J’ai l’impression d’y arriver, même si les réactions sont mitigées. Parfois c’est positif, parfois c’est négatif, mais tant que ça me permet d’avancer, je trouve ça bien.

Genono : Le seul feat rap sur cet EP, c’est Hyacinthe, un choix très logique. T’as pas eu envie d’amener quelqu’un qui aurait un peu plus surpris ?

L.O.A.S : Je sais pas qui j’aurais pu amener, qui aurait réellement surpris. J’avais proposé à Metek, sur un morceau qui ne lui correspondait peut-être pas. J’ai fait un mauvais choix. Du coup, ça a trainé, je pense qu’il n’osait pas trop me dire que ça ne collait pas. Il a fini par venir au studio, et par enregistrer un couplet sur une prod que je n’ai finalement pas gardé … donc j’ai un couplet de Metek dans les tiroirs, que j’utiliserai peut-être sur un autre projet. Mais je sais pas si c’est vraiment un feat qui aurait surpris.

Genono : Pas tellement, on sait qu’il gravite un peu autour de vous, il a déjà fait des titres avec Hyacinthe …

L.O.A.S : Voila. Peut-être que sur le prochain projet, j’essayerai de faire un peu plus de collaborations, mais là je voulais vraiment un truc perso. C’est mon premier projet solo, j’avais plein de trucs à dire. J’arrive déjà à 10 morceaux, sachant que c’est un EP … Y’a plein de morceaux qui sont passés à la trappe.

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Troisième paragraphe -

 

Hyacinthe-L.O.A.S, c'est une évidence. Pourtant, les deux rappeurs ne sont, en apparence, pas si jumelés. Les quelques années d'écart, les -grosses- différences familiales, les modes de vie disjoints ... hormis ce style de faux hipsters, il faut voir plus loin que quelques raccourcis grossis pour trouver des similitudes entre eux. Et pourtant, lorsque l'un et l'autre se trouvent sur le même terrain -une prod de Krampf, en général-, les deux entités semblent fusionner, poussées par la même envie de voir les fréquences sonores s'assombrir, poussés par cette même volonté morbide de dominer l'instru comme si elle n'était qu'une vulgaire esclave sexuelle, réclamant de se faire fouetter par la voix aiguisée de l'un et le flow pesant de l'autre.

 

 

 

Genono : Du coup pourquoi t’as pas poussé pour faire trois-quatre morceaux de plus, et proposer un vrai long format ?

L.O.A.S : Je voulais vraiment que ça tienne la route. Plus il y a de titres sur un projet, plus c’est compliqué de garder une certaine cohérence.

Genono : Y’a un truc qui m’a fait rigoler dans l’intro du morceau NDMA, tu lâches un petit « wesh » … est-ce que c’est pour attirer le public caillera ?

L.O.A.S : C’est même pas un mot que j’emploie au quotidien, c’est juste le genre de merde que je dis quand je suis bourré ou défoncé (rires).

Genono : Justement, la drogue, c’est un truc qui revient beaucoup dans tes textes. C’est quelque chose qui fait vraiment partie de ta vie, ou c’est juste que ça te fait marrer d’en parler ?

L.O.A.S : Je sais jamais comment répondre à cette question … oui, ça fait partie de ma vie, c’est pas juste un délire. Tout ce que je raconte, c’est que du vécu. Je pense que si c’était pas du vécu, j’en parlerais moins bien. J’ai toujours peur d’en faire l’apologie malgré moi.

Genono : Je pense que les gens qui t’écoutent sont quand même assez avertis.

L.O.A.S : Bah je sais pas, je vois quand même pas mal de jeunes. Des mecs de 16 ans qui reprennent mes phases … Je voudrais pas qu’on retrouve un mec qui a fait une overdose dans sa chambre, avec un CD de moi sur son étagère.

Genono : Et du coup la drogue a un rôle dans ton processus de création ?

L.O.A.S : Pas directement. Mon écriture se base sur mes expériences, mais je consomme pas pour écrire, ni pour enregistrer, ni pour aller sur scène.

Genono : T’as besoin d’être à jeun pour rapper ?

L.O.A.S : Ouai, parce que pour moi c’est un taff. Le rap, c’est mon travail, je viens rapper comme je pars bosser. J’ai vu trop de rappeurs arriver bourrés sur scène, ou avoir besoin de fumer pour écrire. C’est l’angoisse totale, j’ai pas du tout envie d’être dépendant de cette merde pour créer, écrire, chanter. Je fais ça sérieusement, je viens en studio avec des vrais horaires de bureau, de 9h à 17h.

Genono : Du coup, t’as quelles ambitions dans la musique ? T’arrives déjà à te fixer des objectifs ?

L.O.A.S : Mon ambition, c’est de me marrer le plus possible. Tant que c’est cool et que j’ai pas l’impression de me faire chier, je veux aller le plus loin possible. Et surtout, je veux pas avoir l’impression de perdre mon temps. Ca sert à rien de s’accrocher si tu stagnes.

Genono : Tu te dis pas « je veux en vivre un jour », ou ce genre de connerie ?

L.O.A.S : Putain, ce serait le pied ! Ce serait mortel, bien sûr, mais je mise pas tout là-dessus. Comme je te le disais tout à l’heure : avoir plusieurs vies dans une seule vie. Si le rap avance, c’est cool, mais y’a d’autres trucs à côté. Si ça marche et que je continue de me marrer, tant mieux. Mais y’a un moment où je vais passer à autre chose.

Genono : Dix titres, presque dix producteurs différents. C’est une volonté de ne pas t’enfermer musicalement ?

L.O.A.S : Nan, c’est juste que ça s’est fait comme ça, presque malgré moi. J’ai sélectionné les instrus qui me plaisaient, il s’avère qu’elles sont toutes de producteurs différents … le seul qu’on retrouve deux fois, c’est Krampf.

Genono : T’as collaboré avec Nodey … est-ce que la légende sur ses tarifs exorbitants est vraie ?

L.O.A.S : Nan … en fait je sais pas, parce que j’ai pas payé la prod, je lui ai piqué sur soundcloud (rires). Je suis un pirate !

Genono : Ouai enfin j’imagine qu’il est au courant, quand même.

L.O.A.S : Ouai bien sûr, il a kiffé le morceau, il m’a fait plein de retours, positifs comme négatifs. On a bu un verre ensemble y’a pas longtemps, il est hyper gentil, il m’a donné plein de conseils, il m’a raconté plein d’anecdotes. Après, je connais pas ses tarifs. Sur l’EP avec Hyacinthe, y’avait une prod de Ryan Hemsworth … on le connait pas du tout, on a juste piqué son instru et posé dessus. A un moment donné, faut pas se poser de questions, et juste prendre ce que t’as sous la main.

Genono : Vous attachez beaucoup d’importance à faire des clips hyper travaillés visuellement. Est-ce que t’as peur que les gens viennent regarder le clip uniquement parce la vidéo est belle, et passent complètement à côté de la musique ?

L.O.A.S : J’en suis complètement conscient.

Genono : Et ça te pose pas de souci ?

L.O.A.S : Nan. Je sais pas, je me vois pas juste comme un mec qui rappe. Je propose un univers complet. Il y a la musique, mais il y a aussi les images, les histoires qu’on raconte, les interactions qu’on a avec le public … c’est un tout. Je fais de la musique, ok, mais j’ai pas l’intention de me limiter à ça. Si les gens viennent pour les vidéos et kiffent pas la musique, tant mieux. Et si c’est le contraire, tant mieux. Et si t’aimes rien, tant mieux aussi.

Genono : Faire des clips aussi travaillés, ça doit couter de l’oseille, nan ?

L.O.A.S : Ah, c’est clair que ça coute de l’argent …

Genono : Et ça vous embête pas d’investir un peu de vos deniers personnels là dedans ?

L.O.A.S : Nan, c’est un vrai kiff. Un clip, ça coute de l’argent, c’est sûr, mais c’est un kiff de mettre en forme ses idées. J’ai déjà rencontré des réalisateurs, qui arrivent avec leurs idées, leur projet, et dans ces cas-là, ça ne fonctionne pas. Le mec te dit « on va mettre un éléphant, un cheval et un coq » … forcément, on va galérer. Nous, on fait avec ce qu’on a sous la main.

Genono : Genre des poulpes.

L.O.A.S : Exactement ! Pour prendre l’exemple du clip dont tu parles, 3ème Cime, qui est, je pense, l’un des clips les plus aboutis qu’on ait fait. Ce clip est ce qu’il est uniquement parce qu’on a fait avec ce qu’on avait sous la main. On est partis dans une direction, on avait plein d’idées, il y a plein de choses qu’on a dû abandonner parce qu’on ne pouvait pas les faire, mais sur la route on a trouvé plein d’éléments qu’on a pu intégrer, et qui ont contribué à donner ce clip là. La moitié des détails visuels, on les a trouvés au dernier moment. C’est une interaction avec la réalité et avec les contraintes. Je travaille énormément avec les contraintes, j’en ai énormément dans ma vie : j’ai pas de thunes, j’ai la voix que j’ai, j’ai des contraintes familiales, des responsabilités auquel je ne peux pas échapper … Et plutôt de voir ça comme des obstacles, je m’appuie dessus. Pour les clips, c’est exactement pareil. Plutôt que de chialer à me dire « snif, je peux pas faire ça », je me dis : « ok, je peux pas faire ça. Mais qu’est ce que je peux faire à côté ? ». Faut sortir des codes et des choses qui s’imposent d’elles-mêmes. Normalement, dans un clip, tu montres le cul d’une meuf. Et bah nan, nous on montre le cul de Hyacinthe ! (rires)

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Quatrième paragraphe -

 

Original et singulier ne veut pas forcément dire révolutionnaire. DFHDGB n'est pas un crew qui va révolutionner le rap français. Mais lorsque des efforts pour sortir des codes, s'approprier de nouveaux terrains, et s'élever -sur certains aspects- au dessus du niveau général, il convient de le saluer. L'aspect visuel est l'une des grandes forces des Faux Hipsters. Sur ce point, et quelque soit le jugement apporté sur leur musique, on ne peut qu'être impressionné par la qualité des réalisations vidéos. La mise en scène est léchée, les idées exploitées bien au delà de leur limite, et le soin apporté au rendu final est d'un professionnalisme presque irréel, tant le rap français nous a habitué à un amateurisme aussi charmant qu'handicapant.

 

Genono : Est-ce que parfois vous faites exprès de mettre des trucs chelous dans vos clips juste pour qu’on se dise « ça n’a aucun sens, donc c’est forcément du génie » ?

L.O.A.S : Tout a du sens. Tout ce qu’on a fait a du sens.

Genono : Mais un sens que le public ne va pas forcément comprendre.

L.O.A.S : Ah, ça c’est clair. Y’a plein de blagues privées, de références qu’on est les seuls à pouvoir capter. Mais tant mieux, parce qu’ils vont comprendre autre chose. Ils vont comprendre ce qu’ils ont besoin de comprendre. Nous, on propose juste une trame, visuelle et auditive. Et les gens vont se projeter là-dessus. Certains vont s’arrêter sur certains détails, d’autres vont comprendre différemment … Ca veut dire qu’on a proposé quelque chose de suffisamment large pour que chacun puisse se poser suffisamment de questions. Mais tout a du sens.

Genono : Du coup les poulpes, ça a un sens ?

L.O.A.S : Ca me fait chier d’expliquer le clip, comme ça me ferait chier d’expliquer mes textes. Parce que si j’explique le clip, je définis un cadre. Et quand les gens vont lire mon explication, ils ne pourront plus voir au delà de ce cadre. Tu vois ce que je veux dire ? Troisième Cime, c’est une histoire. Le poulpe … pour moi c’est évident. Nan ?

Genono : Je sais pas.

L.O.A.S : C’est en rapport avec le thème de l’EP, une thématique qui revient souvent dans nos textes … On parle d’un certain type de personnes qui nous font avaler des trucs …

Genono : Ah ouai, d’accord. Moi je vais jamais chercher trop loin.

L.O.A.S : C’est ça, faut pas chercher trop loin. Tu y vois ce que t’as envie de voir.

Genono : Bah moi j’ai vu un truc chelou, j’étais content, ça s’est arrêté là. Du coup, si t’aimes pas expliquer tes clips, ou tes textes, j’imagine que t’as pas de compte certifié chez Rap Genius.

L.O.A.S : J’ai un compte non-certifié, mais je mets pas mes textes dessus. J’y vais parce que des gens mettent mes textes, et je me dis que je dois pas très bien articuler, parce qu’ils entendent des trucs que je dis pas (rires). Donc j’y vais uniquement pour leur faire des suggestions, histoire qu’ils fassent des modifications. Mais nan, j’irai jamais expliquer mes textes.

Genono : Le clip de Lady Gaga, tu peux nous raconter la manière dont ça s’est fait ?

L.O.A.S : C’est le clip le plus difficile que j’ai eu à tourner. Mentalement, physiquement, c’était une vraie épreuve. Et du coup, c’est un des clips dont je suis le plus fier. C’était la première fois que je revenais dans le Sud pour travailler, pour créer. Je suis allé chercher Nicolas Capus, qui n’avait rien fait depuis des années, pour le remettre en selle et lui proposer quelque chose de nouveau. Je lui ai envoyé le morceau, mais il arrivait pas à trouver d’idée. Alors j’ai pensé à ces ados américains qui pètent les plombs, et qui débarquent dans leur lycée pour flinguer tout le monde. Je lui ai dit « viens, on fait ça ». On se met en situation, on prépare des munitions, on y va et on fait le truc. Sauf qu’on n’a pas envie de vraiment tuer des gens, on fait ça juste pour la vidéo.

Genono : Du coup, tu t’es dit que la peinture c’était mieux que les balles.

L.O.A.S : Ouai, alors la peinture, je t’explique. J’ai vécu en Inde, et j’y retourne assez souvent. Là-bas, il y a une fête qui s’appelle le Holi Festival. Pendant toute une journée, les gens se balancent de la peinture dans la gueule. J’ai trouvé que c’était une excellente manière de faire sortir toute son agressivité, toute sa violence, et toute sa frustration … c’est très libérateur. Donc j’ai voulu faire la même chose. Et puis, venant du Sud, c’est pas que je porte pas les gens de là-bas dans mon cœur, mais … ayant grandit là-bas, j’étais pas spécialement dans mon élément. Et puis, particulièrement à Marseille, on a tourné à un moment où il y avait énormément d’agressivité, des mecs se faisaient plomber tous les jours.

Genono : Donc les gens qui se font arroser de peinture sont volontaires ou pas ?

L.O.A.S : Je vais pas te livrer tous les secrets de fabrication mais … je me suis pas fait exploser, donc y’a bien une raison. Y’a une partie cinématographique, je laisse à chacun le soin de tracer la frontière entre la réalité et la fiction. La limite se situe à un endroit, chacun la voit plus ou moins loin. Mais c’est clair que le tournage m’a valu de grosses montées d’adrénaline. Et puis, j’ai du faire énormément de recherches en amont. Déjà, comment on fait, avec les extincteurs ? Parce qu’il me fallait un truc un peu violent, je pouvais pas juste arriver en balançant des piments de couleur avant de partie en courant, ça aurait été ridicule. J’ai fait plein d’essais dans mon garage, j’ai bidouillé des trucs, j’avais trop peur que ça me pète à la gueule … Et puis, je voulais pas empoisonner les gens, y’a des trucs cancérigènes, ou dangereux. Donc voila, c’était du boulot. Je fais de la merde, mais je le fais très sérieusement.

Cinquième paragraphe -

Le rappeur blanc est tout de même une espèce à part. A croire qu'en France, le citoyen caucasien est tellement répandu que pour se démarquer, et donc exister, il est dans l'obligation de s'extravertir, forcé de jouer un rôle extravagant. L.O.A.S n'est pas Orelsan, Sidisid, ou Vald. Mais il partage bien plus avec eux qu'une simple pigmentation.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, parle de sa bite. Les rappeurs noirs aussi parlent de leur bite, mais le problème avec les rappeurs blancs, c'est qu'ils semblent à chaque fois vouloir prouver quelque chose. "Je suis blanc, mais j'ai quand même une bite honorable !". Calmez-vous, les mecs.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, parle de drogue. La différence avec les rappeurs noirs, qui, dans leurs textes, en vendent des tonnes, c'est que les rappeurs blancs adoptent leur point de vue, celui du consommateur.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, est un personnage très farfelu. Et comme tout bon rappeur blanc, on ne peut s'empêcher de se demander si sa musique serait différente, dans un monde où son taux de mélanine aurait explosé. Peut-être que ça aurait simplement donné une expérience ratée, un blanc au visage foncé, genre de hipster malgache. Et si, dans un monde parallèle, L.O.A.S était Stromaé ?

Genono : Quand je décris L.O.A.S à mes potes, je résume à : « c’est un rappeur blanc chelou ». Est-ce que t’es d’accord avec ça ?

L.O.A.S : Ouai, grave.

Genono : Est-ce que tu penses qu’avec ton style de rap, et ton image, tu peux toucher d’autres personnes que des blancs chelous ?

L.O.A.S : (réflexion silence)

Genono : Déjà, est-ce que t’arrives à visualiser ton public ?

L.O.A.S : Y’a pas que des blancs, déjà. Mais c’est vrai que les gens sont chelous (rires). Y’a des numéros, je te raconte même pas ! Des fois, j’ai un peu honte. Mais la majeure partie, c’est hyper touchant. Y’a plein de gens qui me disent que je décris des moments de leur vie, que je retranscris des émotions sur lesquelles ils sont incapables de mettre des mots … Je pense que ce qui leur parle, c’est que j’ai gardé une part adolescente, un côté un peu rageux et torturé. Après, est-ce que je peux toucher d’autres personnes ? Oui, je pense. On verra sur les autres projets. Peut-être pas sur NDMA, mais j’ai envie de faire évoluer ma musique. T’en penses quoi ?

Genono : Je pense que ton public s’élargit à chaque projet. La plupart des gens t’ont découvert avec Ne pleurez pas Mademoiselle, et j’imagine que NDMA peut t’aider à franchir une marche. Après, concernant ton public, en fait, quand je fais écouter ta musique à quelqu’un … selon sa tête, je sais d’avance s’il va aimer ou non.

L.O.A.S : Y’a pas longtemps, j’ai lu un mec qui parlait du métal … un mec qui fait des illustrations, je sais plus son nom (Adrien Havet). Il disait que le métal, c’est le genre de musique qu’on ne peut pas faire écouter en public, parce que ça met mal à l’aise. Je pense que ma musique met les gens mal à l’aise. D’ailleurs, plein de gens qui écoutent du métal à la base, se mettent à nous écouter. Je suppose que c’est parce qu’ils retrouvent ce truc qui met mal à l’aise.

Genono : « Svastika Bambaataa » ; « j’aime les svastikas, tout le monde pense que je suis raciste » … J’imagine que c’est en rapport avec tes nombreux voyages en Inde, mais est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté de jouer sur l’ambigüité et de choquer ?

L.O.A.S : C’est vraiment un symbole religieux que je kiffe. Esthétiquement, c’est beau. Le souci, c’est qu’il est relié à un passé pas super cool en Europe. Quand t’arrives en Inde, y’en a partout, tu te dis « bordel, qu’est ce que c’est que ce truc ? » (rires). Mais en fait, c’est complètement normal, et je m’y suis habitué. Et quand je suis revenu ici, ça me faisait chier de savoir qu’il avait cette connotation. C’est un symbole qu’on retrouve sur tous les continents, dans tout un tas de cultures. C’est vraiment un symbole universel par excellence. Il était chez les Amérindiens, il est en Asie, en Europe … La croix basque, c’est une svastika arrondie. C’est un symbole qui a des milliers d’années d’existence, et juste parce qu’une poignée de cons s’en est servi pendant 30 ou 40 ans, il est complètement banni. Si j’arrive et que je fais une croix gammée en diagonale, dans un cercle blanc avec un carré rouge … oui, ce serait aller trop loin. Mais ça reste un symbole, comment est-ce que toi, tu vas l’utiliser ? On a massacré des populations entières au nom de la croix chrétienne ! On a crucifié des gens dessus, on en a brulé dessus, aux Etats-Unis on pendait des noirs avec ces putains de croix brulées … Et personne n’a jamais interdit la croix chrétienne ! Donc ça me fait chier que cette svastika soit interdite, et que dès qu’on en voit une, on pense « facho », ou « nazi ». J’ai aucune revendication nazie, bordel ! Après, dans mes textes, je fais deux-trois jeux de mots et je joue effectivement un peu sur l’ambigüité … Svastika Bambaataa c’est le plus vieux morceau du EP, je l’ai enregistré le même jour que Langue Maternelle. Il a deux ans. A la base, je voulais le clipper, avec Da, qui est justement le réalisateur du clip de Langue Maternelle. Mais ça ne s’est pas fait, et je me dis que c’est pas plus mal. Si j’étais arrivé avec ce clip, ça aurait été mal compris. On avait de super bonnes idées, dans nos têtes, on avait tout écrit, c’était mortel. Il y a eu des concours de circonstances, des trucs qui ont fait que le clip n’a pas pu se tourner. Peut-être que ça m’a sauvé. Mais c’est quand même un morceau qui me tenait à cœur, voila pourquoi il se retrouve dans l’EP. Svastika Bambaataa, c’est un peu une deuxième identité. Je sais freestyler, rapper face à une caméra, un micro, une radio … un peu comme un zoulou. Le fond, c’est ça. Et puis, « Svastika Bambaataa » … ça résume bien mon côté étrange et décalé (rires).

Genono : « Ma vie est tellement dar quand mon fils dort » … Est-ce que ça veut dire que quand il est réveillé, tu détestes ta vie ?

L.O.A.S : Nan, c’est pas ça que j’ai voulu dire … connard ! (rires)

Genono : Est-ce que du coup, tu lui donnes des somnifères pour avoir plus de temps pour kiffer ?

L.O.A.S : T’es un enculé ! Qu’est ce que tu veux me faire dire ? Ma vie diurne a une certaine coloration, c'est clair que ma vie nocturne est différente … « Ma vie est dar », c'est dans le sens « elle est hardcore ».

Genono : Est-ce que, quand tu l’entends se réveiller, tu te dis « putain, fait chier … » ?

L.O.A.S : Absolument pas, putain ! Je suis trop content quand il se réveille, je suis content de savoir qu’il est là, avec moi. Il a pas été là pendant pas mal de temps, malgré moi. On a été séparé pendant de très longs mois, et c’était pas du tout mon choix.

Genono : C’est pour ça qu’aujourd’hui tu le détestes, et que tu préfères ta vie quand il dort ?

L.O.A.S :

Genono : Pourquoi des magnets avec ton CD, et pas des seringues ou des sextoys ? Parce que ça correspondrait beaucoup plus à ton image.

L.O.A.S : Je sais pas, mais ça fonctionne de ouf. Les gens kiffent. J’ai trouvé ça complètement ringard, c’est chanmé.

Genono : C’est une preuve de plus que ton public est chelou.

L.O.A.S : Je pense que les gens qui choisissent le magnet sont les moins chelous, justement. Ce sont ceux qui ont une vie assez carrée pour avoir un frigo où poser le magnet (rires).

Genono : Donc selon toi, les gens chelous n’ont pas de frigo. Je note.

L.O.A.S : Bah les ados par exemple, ils ne vont pas mettre le magnet sur le frigo de leurs parents. Ceux qui prennent le magnet, c’est ceux qui ont suffisamment de pouvoir d’achat pour avoir un frigo.

Genono : Ok, je vois, tu vises une clientèle fortunée. Bonne stratégie.

L.O.A.S : Je suis toujours étonné des gens qui donnent plus d’argent que ce qu’on demande. Comme quoi, on est pas tous dans la merde financièrement.

Genono : Tu parles un peu de Dieu dans tes textes, et beaucoup du diable. Déjà, est-ce que t’es croyant ?

L.O.A.S : Ouai. Après, est-ce que j’ai foi en Dieu … moi, je crois aux choses spirituelles. Je crois qu’il n’y a pas que la matière et les choses sensibles. Il n’y a pas que ce que l’on voit, touche, entend ou sent. Il y a d’autres choses au delà de ce spectre de sensations. Une onde sonore, on en capte une seule partie. Nos oreilles ne captent pas toutes les fréquences. La réalité, c’est pareil. On ne capte qu’une partie de ce champ vibratoire. Il y a d’autres choses, d’autres degrés de vibration. Après, est-ce que je vénère Dieu, est-ce que je vais à l’église, à la mosquée ou au temple ? J’en sais rien, je crois qu’il y a plusieurs degrés d’entités. Le monothéisme radical … je sais pas. Je pense qu’il y a un Être tout au sommet, mais pour arriver jusqu’à lui, il y a des échelons. Certains diront peut-être que je ne suis pas monothéiste, ou que je suis païen. J’en sais rien. Si Dieu est si puissant, si omniscient, pourquoi est-ce que le monde est si merdique ? Il aurait juste à vouloir que le mal disparaisse pour que tout aille mieux. Pourquoi est-ce qu’Il laisserait d’autres puissances s’accaparer sa création ? Soit c’est sa volonté, soit Il n’est pas suffisamment fort. Je parle beaucoup du diable, parce que je pense qu’il a une légitimité à être là. Il a des choses à nous apprendre, il est pas là par hasard. Tu fous pas une créature dans un jardin en lui disant juste « ne fais pas ça ! ». Le diable, on lui crache beaucoup dessus, mais qu’est ce qu’il fait ? Il punit les méchants. Donc est-ce qu’il est vraiment mauvais ? J’essaye de sortir des visions manichéennes où on nous dit ce qu’est le bien et ce qu’est le mal. Arrêtez de nous casser les couilles.

Genono : T’as pas peur de te faire clasher par Mysa ? Ou qu’on dise que t’es envoyé par Jacques Attali ?

L.O.A.S : Je m’intéresse pas à ces gens là.

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Photo : Jipé Corre

 

 

Sixième paragraphe -

 

 

Résumer L.O.A.S à un rappeur blanc qui parle de sa bite, vous l'aurez compris, c'est extrêmement réducteur. Tout au long des dix pistes de NDMA, il s'enfonce dans une tendance déjà entrevue sur Ne pleurez pas Mademoiselle : L.O.A.S parle de la mort, toujours, tout le temps. Il n'est pas gothique, ni suicidaire, et n'a pas l'allure d'un croque-mort. D'ailleurs, sa musique est tout sauf lugubre.

 

 

Pourtant, et c'est réellement frappant quand on prête attention à ses textes, il est complètement obsédé par la Faucheuse et son attirail funeste. "Déjà Mort", "Quand tu me tueras", "La vie" ... La tracklist est un premier indice. "C'est l'heure de vider les cimetières" ; "La mort ne fait pas crédit" ; . Avec L.O.A.S, même l'amour est morbide : "Baiser dehors sous la pluie, défoncé dans le cimetière" ; "L'amour en salle de réa, vient d'être débranché". La drogue est morbide : "Poussière tu es né, poussière tu snifferas". Le sommeil est morbide : "J'laisse la porte ouverte la nuit quand je dors, j'espère qu'tu me surprennes quand tu m'tueras".

 

Genono : Bon, ensuite je voulais parler de la mort, parce que c’est un thème vraiment omniprésent dans ta musique. Déjà, c’est un truc qui t’obsède ?

L.O.A.S : C’est la seule certitude qu’on a. Quand t’es vivant, t’es sûr qu’un jour ou l’autre tu vas mourir.

Genono : T’es sûr d’être vivant aussi, nan ?

L.O.A.S : Parfois j’en doute. Souvent, même. Souvent, je doute de la réalité, et c’est pas juste une formulation un peu stylée que je pourrais mettre dans un texte. Je doute d’être vivant –d’où le titre Déjà mort-, et j’ai déjà fait plusieurs expériences assez violentes qui m’ont approché de la mort. Donc oui, ça m’obsède, mais pas dans le sens où ça m’effraie. C’est dans le sens où je suis fasciné par ce qu’il va se passer. Dans ma vision des choses, quand tu meurs, tu renais ailleurs. Et quand tu nais, tu meurs ailleurs.

Genono : Ok, donc pour toi, il y a une vie après la mort.

L.O.A.S : Ouai, je crois au monde spirituel et en la réincarnation. Je crois pas en l’enfer et au paradis, mais je pense quand même que tu payes ce que tu fais dans ta vie. L’évolution qu’on observe dans le monde matériel, elle existe aussi dans le monde spirituel. Parfois, c’est un peu pesant. Dans les moments de tension émotionnelle, je ressens une fatigue qui est autre que physique. Les choses se répètent, dans ta vie, des schémas reviennent. Si tu regardes ta biographie, année après année, y’a des nœuds où t’es amené à comprendre des choses sur toi-même. C’était quoi la question déjà ?

Genono : Je sais plus, mais la réponse était intéressante quand même … Selon toi, pourquoi la mort existe ?

L.O.A.S : (long silence)

Genono : Ah c’est pas les questions de Tonton Marcel, hein ?

L.O.A.S : Ah putain, enculé ! Pourquoi la mort existe … tu m’en demandes trop. Certainement qu’on a un truc à comprendre là-dedans. Y’a quelque chose à dépasser à ce niveau-là. Avant de faire du rap, j’ai énormément voyagé, j’ai beaucoup cherché, j’ai eu une longue démarche spirituelle. J’ai fait de la méditation, je me suis intéressé à plein de religions, j’ai lu tout ce qui me tombait sous la main. J’ai passé du temps dans un truc monacal, où tu te lèves à 5h du matin, et jusqu’à 19h tu ne fais que méditer. Et la nuit, tu dors pas, parce que t’as tellement médité que tu gardes les yeux grands ouverts. C’est hyper violent. Et à un moment donné, j’ai eu l’impression d’être bloqué, comme coincé contre la vitre d’un aquarium. J’étais en train de perdre complètement pied, j’avais plus du tout de contact avec les gens, j’étais plus rattaché au monde. Je m’envoyais en l’air sans drogue, c’était une démarche spirituelle tellement extrême que j’étais en train de m’égarer. J’ai donc décidé de revenir, de me fonceder, de boire de l’alcool, de baiser plein de meufs … Juste histoire de me remettre avec les gens. Ca n’a aucun sens d’être sur terre et de rester collé là-haut, coincé contre la paroi de l’aquarium, si tu comprends pas pourquoi t’es dans l’aquarium. Donc je suis redescendu jouer avec mes potes les poissons.

Genono : Quel genre de mort aimerais-tu avoir ?

L.O.A.S : Peu importe, du moment que c’est un truc un peu original.

Genono : Quelle est la pire mort possible selon toi ?

L.O.A.S : Toute mort, à partir du moment où t’as pas profité à fond de ce dont tu devais profiter. Je parle souvent de la mort parce que si tu l’as en tête, tu perds pas de temps. Tu restes pas le cul posé sur le canapé, à jouer aux jeux vidéos et à fumer des joints. Si tu gardes cette réalité en face … mais pas dans un délire morbide, hein ! Je suis pas un gothique. Mais … ça va bientôt se terminer, faut en profiter au maximum ! Je sais que je vais pas faire le quart des choses que j’ai envie de faire, je vais pas apprendre le quart des trucs que j’ai envie d'apprendre, et je vais pas visiter le quart des pays que j’ai envie de visiter … donc la mort, c’est une bonne petite piqure de rappel.

Genono : Qu’est ce que t’aimerais qu’on retienne de toi quand tu seras mort ?

L.O.A.S : Putain, mais quel connard tu es (rires).

Genono : Si tu veux, on refait les questions « présente-toi » et « quel est ton parcours ».

L.O.A.S : « Qu’est ce qu’il a voulu dire ? », comme dans Le Grand Détournement.

Genono : Est-ce qu’il vaut mieux avoir une vie banale et une mort glorieuse, ou le contraire ?

L.O.A.S : Ca fait chier les questions à deux réponses. Le manichéisme, j’aime pas ça. On ne peut pas répondre correctement à des questions comme celle-là. Je pense qu’il faut juste avoir la vie que t’as envie de mener. C’est triste de crever sans avoir fait ce pour quoi t’étais venu sur terre. Si t’as une mort banale mais que t’as fait plein de choses stylées dans ta vie, c’est très bien. Et si tu fais rien de ta vie mais que tu fais un truc super important en mourant, tant mieux aussi. Faut mourir droit dans ses bottes.

Genono : Encore deux questions, et j’arrête de te faire chier avec mes questions sur la mort. Quelles seront tes derniers mots avant de mourir ?

L.O.A.S : J’ai un pote qui s’est fait assassiner l’an dernier, et quand son cercueil a été rapatrié dessus j’ai écrit « la prochaine fois sera meilleure ». Je pense que c’est une belle phrase.

Genono : Si on te proposait de devenir immortel ?

L.O.A.S : Je l’ai cherché, pendant un temps. J’ai étudié l’alchimie, d’ailleurs, c’est aussi pour ça que je suis parti en Inde. Si on me propose d’être immortel … A partir du moment où je l’ai mérité, pourquoi pas. Mais il faut pas que ce soit une avancée scientifique foireuse, sinon ça va être la merde.

Genono : L’éternité, ça te paraitrait pas trop long ?

L.O.A.S : Je sais pas si j’arriverais à m’ennuyer, j’ai trop de choses à faire sur terre.



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