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Lacrim, R.I.P.R.O Vol.1 : Au nom du fils ...

Moins d'un an après son album « Corleone », Lacrim sort sa mixtape « R.i.p.r.o vol.1 », épée de Damoclès au dessus du crâne et 6.35 dans le jean. La prison l'attend déjà. Il doit quelques années de sa vie à la justice française. Quelques années de plus, pour une histoire d'empreintes digitales, d'armes de l'est et de vidéoclip. Alors il faut rentabiliser le temps passé dehors. Maroc, Algérie, Thaïlande, Lacrim bouge à droite à gauche, écrit, enregistre, clippe. Bref, il travaille. Et les clients sont satisfaits.

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14 titres pour une mixtape de haut vol. Certains diront que Lacrim tourne en rond, d'autres argueront qu'il est fidèle à lui même. Bien des morceaux de « R.i.p.r.o vol.1 » auraient pu figurer sur «Corleone ». Stupéfiants, luxe, voyages, amour, trahison. Le rappeur continue de rouler sur les terrains qu'il maitrise, et autant dire qu'il pilote en I. Le rap français couché au sol, Lacrim fait frotter la bavette sur son front. « Dis leur Bellek,  j'les baise même si j'suis bloqué, ils vont rien faire c'est qu'une bande de cons cokés » Ou alors il fait monter un MC français dans le 4x4, place du mort. « On démarre la voiture on va voler toute la nuit, Kore ils veulent avoir le feat au prix du tron-li, dis leur qu'ils se mettent un doigt. »   Signé chez Def Jam France, Karim Zenoud met à profit les moyens de la major. Invitant Migos sur « Money », choix de featuring respectable. Offrant la piste de fermeture à son ami marseillais SCH, pour un solo, « Million », générosité admirable.

AU NOM DU FILS

Lacrim ne sait pas tellement sur quel pied danser. Des Zanottis à Médine, des claquettes au Perthus. « En janvier j'étais en taule, en décembre sur un bateau, starfoullah pardonnez moi, Mon Dieu, mais j'en profite, les épreuves me ralentissent mais mon fils grandit trop vite.» Ce fils, justement. Comme si tout était fait pour lui. Déjà sur « Corleone », il était le cœur d'une musique de tous les vices. L'assistance respiratoire d'un père en proie à ses passions. Ici encore, le garçon est le souffle d'un rap violent. La raison d'un daron à fleur de peau. « J'ferai en sorte que tu ailles te baigner très loin du malheur, dans une rivière de diamants », « Mon fils, t'iras pas te jeter dans le feu, tu verras le mauvais qui se cache dans leurs yeux. » Lacrim dédie au petit une chanson. Il y invite Leslie, le crossover est réussi. Mais un enfant ne peut l'entendre. La violence resurgit. Des montées d'adrénaline, des pulsions de haine, des souvenirs d'armes. Le naturel d'un ancien jeune qui revient au galop dans la tête d'un jeune vieux. Et qui veut déjà faire de son bambin un jeune lui. « Mon fils a quatre ans, on met les mêmes sappes, collection Philippe Plein. Pour lui j'ai pas le cœur noir, frérlacrim 2ot, j'laisse tomber les maux de tête, j'veux qu'il sache respecter Dieu et diriger un hôtel. »

Impossible de dire si Lacrim écrit son passé ou son présent. Difficile même de déceler le réel de la fiction. Le rappeur parle en grosses sommes.  « Ils disent l'argent ne fait pas le bonheur, essaie donc avec un million. Le bonjour à tous mes voleurs, dix bouteilles, Don Pérignon. » Parfois, l'impression d'entendre un rappeur détaillant lambda des halls. « Il nous faut de l'oseille et la vue du soleil donc ça débite, capuchés sous la pluie il y a les porcs qui nous cherchent mais ça débite. » D'autres fois, l'impression que Tany Zampa lui même a enregistré une mixtape avant de se passer la corde au cou. « Frérot on fait pas semblant, j'achète la dernière Bvlgari , cent bouteilles le jour de l'an. » Il faut se dire que Lacrim rappe le mouvement, de Chevilly à Monte Carlo, des cages d'escaliers aux sols marbrés, des petites coupures aux grosses transactions. De hier à demain. Le départ, la chute, mais jamais l'arrivée. C'est la course en avant, de mal en pis. « Bois d'Arcy, Bois d'Argent, plus d'insignes, plus d'agent, boite 7, sous Jack, bébé j'ai rayé la jante. » Q5 à pleine vitesse direction le sud. « L'habitude de rouler sans permis, j'fume la frappe de batard entre Toulouse et Perpi. »

ROI  SANS COURONNE ET SCÉLÉRAT

lacrim 3Quand certains enregistrent ce genre de choses le sourire aux lèvres et des rêves plein la tête, Lacrim semble le faire avec fierté et tristesse. Il pousse la chansonnette, ralentit son débit de paroles quand il s'adresse à sa progéniture, l'accélère pour invectiver ses ennemis. Sur un refrain comme celui de « Carte de la vieillesse », l'interprétation de Lacrim flirte avec des lamentations. « La rue m'a pris mon coeeeeeeur, niqueeeer ma jeuneeeeeesse. » Les armes crachent des larmes que les billets épongent. Liquide lacrymal. De même sur « Red Zone ». Un beat classique de Dj Kore, de tristes souvenirs dans le 94 et de sombres persepectives en maison d'arrêt. «Petit ramène moi ces vingt kil' à rue du Nivernais. » Et pour rapper la tristesse, qui mieux que Nessbeal ? Le retour du roi sans couronne. Des années que le rap français l'attend. Le revoilà, verbal brolick en main et pleurs éternels sur la joue gauche. « Entre la parole et les actes khoya t'as le Sahara, j'écris sous la pluie, Franck Sinatra. » Un joli couplet pour un revenant que l'on espère ne pas tarder à revoir.

Parmi les autres invités, citons Gadur, Sadek et SCH. Enfin ... citons surtout SCH. SCH. Un morceau solo et un couplet sur « R.i.p.r.o vol.1 ». 20/20. Le rap de scélérats a de l'avenir. Le rap français se porte mieux que le cinéma français. Il sort un Brian De Palma par an. Rien à ajouter. A Lacrim de conclure: « J'voulais tout baiser gros j'ai fait comme toi j'ai regardé Scarface. »



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