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Rap français : bilan du premier semestre 2015

En toute logique, le premier semestre termine le 31 juin, j'aurais donc du attendre cette date pour faire un bilan. Mais j'ai eu peur que d'autres sites aient la même idée et me baisent en balançant leur bilan avant le mien, rendant mon article désuet.
Je précise à l'avance que venez pas faire chier avec des "t'as oublié untel et untel dans ta liste". Si les mecs sont pas cités ici c'est qu'ils n'existent pas.

Le meilleur d'entre nous

joe lucnoToute mon existence n'aura été que la mort latente de ce 12 janvier 2015, date de sortie du premier véritable solo de Joe Lucazz. L'attente était haute, quelque part au niveau de la stratosphère. Le résultat n'est pas seulement à la hauteur, il est bien au-dessus : là où la gravité ne rattache plus l'homme à sa planète, là où le champ de vision de l'esprit humain n'est plus limité par l'horizon. "No name" porte bien son non-nom : cet album -qui n'en est même pas un- est bien trop insaisissable pour être réduit à un simple substantif. La case "titre de l'album" est pleine d'un vide quantique, ce vide duquel les particules fluctuantes tirent leur énergie. Le rapport entre Joe et la théorie quantique des champs ? L’insaisissabilité, l'inconstance fondamentale, et la difficulté naturelle du cerveau humain à appréhender le phénomène. Un peu comme ce mec qui considère que Joe Lucazz est un truc de bobo :
joe

Notre chronique de No Name
Notre interview de Joe Lucazz

Les mecs qui font passer le titre "révélation de l'année" pour une simple litote

qlfIl y a encore six mois, seule une poignée de curieux était capable d'associer "groupe de rap" à l'acronyme "PNL". Heureusement, les curieux ont une langue, et savent propager la bonne parole. Les dix curieux sont devenus cent, les cent curieux sont devenus mille, et aujourd'hui, le clip de Je vis je visser a été visionné quatre-cent-mille fois sur Youtube. QLF -encore un acronyme- peut aisément être cité comme un album-référence des années 2010, à une époque où marquer l'auditeur plus d'une semaine est devenu un défi plus grand que le nucléaire iranien. Il est encore trop tôt pour dire s'il aura l'impact d'un classique, ou s'il faudra attendre le prochain album, "Le monde de Chico", pour voir Ademo et N.O.S entrer dans la légende. Retenez bien ces blazes : dans cinq ans, les lycéennes se tatoueront "Que la mif" dans le bas du dos, et dans cinquante ans, on citera les deux essonniens au panthéon du hip-hop, quelques rangs devant Afrika Bambaataa et Tupac Shakur.

Notre chronique de l'album de PNL

L.O.A.S : bien plus sérieux que vous ne le croyez.

ndmaFaux hipsters et grosses bites, bonnes têtes de blancos, punchlines un peu grasses à base de chattes et de cyprine ... A première vue, le crew DFHDGB n'est qu'une caricature de lui-même. Pourtant, cette image qui colle -peut-être volontairement- à la peau blême de Hyacinthe et L.O.A.S n'est pas plus pertinente qu'un tatouage tribal. NDMA n'en est que l’énième démonstration. Profond au point d'en devenir mystique, ce premier solo du sosie des représentations hollywoodiennes de Jésus de Nazareth est une œuvre qui tend parfois vers l'abstrait ou le surréaliste, à mi-chemin entre Kandinsky et Dali. Pas facile à appréhender, le style DFH est comparable à un trou noir : dépassez son horizon, et vous n'aurez plus aucun moyen d'en réchapper.

 

Notre interview de L.O.A.S

Le meilleur d'entre-nous (bis)

ali que la paixOui, il n'y a pas qu'un meilleur d'entre-nous. Y'en a au moins 3 ou 4. "Tout est mathématique", répète Ali depuis Chaos et Harmonie. Une obsession des calculs exacts, qui conduit notre homme à sortir de son silence à un rythme algorithmique, très exactement une fois tous les 5 ans. 2000, Mauvais Oeil. 2005, Chaos et Harmonie. 2010, Le Rassemblement. 2015, Que la paix soit sur vous. Le parcours, qu'il soit sciemment calculé ou inconsciemment parfait, force le respect. Ni intégré, ni intégriste, Ali est resté intègre de bout en bout. Musicalement, Que la paix soit sur vous touche le haut du panier, et on frôle les étoiles quand l'ex-Lunatic se lance dans des fulgurances lyricales aussi inspirées qu'inspirantes.

 

Notre pré-chronique de Que la paix soit sur vous

Meilleur qu'Or Noir, moins bon que Z.E.R.O

kaaris bruitPar contre je vais pas me prendre la tête à ré-expliquer pourquoi. Le bruit de mon âme ne finira pas l'année sur le trône -Lucazzi, PNL, le niveau est trop haut- mais a au moins le mérite de prouver que Kaaris n'est pas que le banger-maker entendu sur Or Noir. Malgré les qualités indéniables du produit, les critiques sont mitigées et les ventes pas forcément flamboyantes. Il sera donc intéressant de suivre l'évolution de Kaaris dans les années à venir, avec des choix pas forcément simples à faire, entre renouvèlement et continuité. Kaaris est entré dans le rap-game brutalement et sans laisser la moindre miette. Il se rend compte dorénavant et désormais que le plus gros défi n'est pas d'atteindre le sommet, mais d'y rester.

 

Notre chronique du Bruit de mon âme

Valeur sure

butter bulletsUnanimement salué pour ses qualités pointues et son univers ultra-référencé, Peplum, premier album de la seconde carrière de Butter Bullets, est considéré par certains (par moi, en fait -pour les autres, je sais pas) comme un disque classique. La grande crainte était celle de l'accident de parcours : Peplum était-il simplement une fulgurance du duo Dela-Sidisid ? Memento Mori est donc venu apaiser les doutes des âmes tourmentées : Butter Bullets est devenu une valeur sure du rap franco-funeste. Il devient presque impensable de voir le groupe accoucher d'un mauvais produit, tellement tout est pensé et travaillé jusqu'au moindre détail. Et pour ne rien gâcher, BB sait aussi bien satisfaire ses sectateurs que surprendre les plus avertis : en témoignent ces collaborations attendues avec Alkpote et Gangsta Boo, ou ce featuring inopiné avec Lalcko. Et si Butter Bullets sait dérouter, une chose est désormais certaine : la qualité de ses disques est devenue très prévisible.

Notre chronique de Memento Mori
Notre interview de Sidisid

Frappe Musique

zekwe ramosZekwe n'a encore annoncé aucun projet -solo ou commun- depuis son départ de Neochrome. Il y a deux manières de voir les choses : on peut s'inquiéter pour la suite d'une carrière qui peine à décoller, ou, au contraire, considérer que Timberzek a toutes les -bonnes- raisons de prendre son temps. Prendre son temps, poser les bonnes fondations, réfléchir sur la suite à donner, plutôt que foncer tête baissée en crachant le maximum pour gaver un public boulimique. La mue amorcée avec Zombies -l'un des meilleurs titres de ces dernières années- puis Hardcore 2015 n'est que la première pierre d'un édifice que l'on souhaite solide et durable, même si l'on s’interroge forcément sur la pertinence de l'association entre ISF et l'univers très original de Zekwe. Difficile de dire si 2015 sera l'année de Zekwe -à moins d'un deuxième semestre bien rempli-, mais si les bases sont bien posées, on peut d'ores et déjà parier sur 2016.

Notre interview de Zekwe Ramos : part.1 - part.2

Minuit quatre-vingt-douze

rufyo 00h92"Les rappeurs français ne font que de la trap", "tout le monde fait la même chose", "le rap est devenu la copie d'une copie d'une copie" ... D'accord, mais quand un mec fait quelque chose de différent, personne ne s'y intéresse. Prenez Rufyo, par exemple : ce rookie est sorti des sentiers battus avant même d'y poser le pied. 00h92 empiète sur le système horaire ante meridiem, bouleverse les codes restrictifs du rap -d'ailleurs, Rufyo fait-il du rap, ou autre chose ?- et, surtout, ne se contente pas d’être original juste pour clamer "je ne suis pas comme vous !" : son EP est d'une qualité incroyable, et des titres comme Bangarang ou Hilton auraient leur place en rotation sur n'importe quelle playlist un tant soit peu axée sur la qualité. Hilton, justement, est un véritable coup de génie, avec ce premier couplet chanté, ce sample issu de Kalash au refrain, ce deuxième couplet rappé ... Je ne suis pas certain que ce garçon trouve l'écho suffisant pour le moment, mais il fait à coup sur partie des artistes dont on aimerait entendre parler plus souvent.

Le gros, le grand Alkpote

alkpote orgasmixtape 2En 2014, l'Orgasmixtape vol.1 a marqué les esprits. Avant de trouver enfin un repos bien mérité, Alkpote crache à n'en plus finir les dernières gouttes d'une discographie plus que conséquente. Et si l'Orgasmixtape 2, première giclée de 2015, contient son lot de coups de génies (Miroir, Pluie diluvienne, 7ème sens, Papier Violet, les deux feats avec Vald ...), c'est en dehors de ses disques que l'autoproclamé Empereur de la Crasserie provoque le plus de commentaires. Entre son interview "chez les nazis" pour SURL ("vous n'aurez pas ma rondelle poilue"), son show sur le plateau de l'Abcdr (sur le thème "je suis homophobe et antisioniste"), et ses commentaires dans la Nocturne de Skyrock ("Si tu cherches vraiment un truc, tu trouves. Même s'il faut aller jusqu'au Maroc. Demande à Frederic Mitterrand"), entendre Alk en interview est plus que jamais quelque chose d'incroyable.

Les 1001 crasseries d'Alkpote
L'encyclopédie de la crasserie
Notre interview d'Alkpote : part.1 - part.2
Notre décryptage du clip "Tourbillon"
Notre live-report du dernier concert d'Alkpote à La Boule Noire

Les bonnes surprises arrivent toujours par deux

Meilleur cover d'album français en 2015, de très loin.

Quand Mac Tyer a balancé les deux premiers extraits de son nouvel album (un feat avec Gims et une chansonnette d'amour), j'ai eu des sueurs froides. J'ai eu tort. Après No Name et QLF, Je suis une légende est sur le podium des disques qui ont le plus tourné dans mes oreilles cette année.
Quand Lacrim a annoncé une nouvelle mixtape, peu de temps après la sortie de Corleone -un album que j'ai détesté de bout en bout-, je n'ai même pas réagi. Indifférence totale pour un rappeur qui ne m'a jamais réellement impressionné. Puis Lacrim a balancé AWA2, et cette phrase "j'veux que mon fils sache respecter Dieu, et diriger un hôtel". Allez savoir pourquoi, j'ai câblé dessus. J'ai écouté ce freestyle en boucle, j'ai aimé chaque extrait qui a suivi, et j'ai trouvé la mixtape excellente. Maintenant, libérez le clip d'El Chapo feat Kaaris.

Notre chronique de Je suis une légende
Notre chronique de R.I.P.R.O Vol.1

Dark Matter

riski matiere noireIl y a quelques jours, Riski, premier album de la deuxième carrière du fils de Metek, soufflait sa première bougie. Cette petite année écoulée a pourtant suffit à accoucher d'une suite, Matière Noire. Format court, 5 titres à l'ambiance mystique. J'ai déjà dit tout ce que je pensais de cet incroyable EP ici. Je n'ai plus grand chose à dire dessus : tout le temps qu'on passe à analyser la musique, c'est du temps pendant lequel on ne vit plus la musique. Je reconnais que cette phrase est un peu pompeuse, et je suis même pas certain que la musique se vive, la logique voudrait plutôt qu'elle s'écoute. Je continue d'espérer un Metek x Kaaris x Alizée, sur une prod de Laurent Memmi, clippé par David Chase.

 

Notre chronique de Matière Noire

Karlito's way

karlito impact civerKarlito a sorti un album cette année. Ça aurait du être un putain d’évènement, un peu comme si Express D sortait un nouvel album, ou comme si Lunatic se reformait. Bon, ok, j’exagère un tout petit peu, mais la mise en bacs d'Impact n'a pas eu la moindre résonance. On se demande presque s'il est vraiment sortit, ou si ce n'était pas juste un doux songe. Alors certes, ce n'est peut-être pas l'album de l'année, et en termes de sonorités et d'ambiance, le rappeur peut sembler en léger décalage avec son époque ... mais quand même ! Bordel, c'est Karlito, les gars. Et l'album est bon, vraiment bon. Ne finissez pas le mois de juin sans l'avoir écouté.

 

 

Notre chronique d'Impact

Un petit disque d'or et puis s'en va

gradur l'homme au bobA peu près tout a été dit ou écrit à propos de Gradur ces douze derniers mois. Le boug a tout de même une trajectoire très singulière, et a explosé les compteurs d'une manière assez respectable. Disque d'or en dix jours, L'Homme au Bob est pourtant sorti du top-albums aussi rapidement qu'il y était entré. L'avenir de Gradur dans le rap est une grosse inconnue : d'une part, il affirme lui-même qu'il n'a pas prévu de vieillir dans ce milieu ; d'autre part, on ne sait pas si son incroyable succès va durer. En attendant, le boug se fait plaisir, remet le bob à la mode, et place la scène du Nord-pas-de-Calais sur la carte. Et puis, son album est bon, arrêtez de faire la fine bouche.

 

Amertume et déceptions

lino requiemLe rap français est décevant. Toujours, tout le temps. Rap français est un loser. C'est un fait. Pourtant, cette année plus que jamais, nombreux sont les projets qui tiennent leurs promesses, et on a même droit à quelques bonnes surprises. Que demande le peuple ? Trois choses : que Lino sorte enfin un album solo à la hauteur de son talent ; que Booba se sorte définitivement les doigts du cul ; et que Dosseh sorte enfin un album solo à la hauteur de son talent.

D.U.C, septième album solo de Booba, devait être, comme chaque album de Booba, l'évènement de l'année. Terriblement décevant. Requiem, le deuxième véritable album solo de Lino, devait être l’évènement de la décennie. Terriblement décevant. Temps Mort 2.0, troisième joute entre Booba et Lino (après Sang d'encre - et son remix, Fusion- et Première Catégorie) devait être l’évènement du siècle. Terriblement décevant.

Et puis, il y a Dosseh. Perestroika n'est pas proprement abject, mais quand on sait ce que le boug est capable de faire -et ce qu'il continue à faire, hors-album-, on ne peut décemment pas se satisfaire de cette mixtape de niveau moyen-plus. Le mec est surdoué, et se complait à flirter avec la moyenne. C'est un peu comme voir Christopher Waltz dans Plus Belle la Vie, ou Lionel Messi à Ajaccio.

Notre chronique de Requiem
Notre chronique de Perestroika

Épilogue du premier semestre

dje trafficSauf catastrophe ou mauvaise surprise, le 29 juin sortira Traffic, le premier projet solo de la carrière de Djé. Une grosse mixtape, quatre (!) feats avec Mala, des faces B US, pas mal d'autotune, et toujours cette syntaxe un peu torturée qui fait de Djé l'un des rappeurs les plus atypiques de la scène française. J'ai eu la chance de l'écouter, et c'est très simple : si vous avez aimé les premiers extraits, vous allez saigner cette mixtape tout l'été.

En concluant l'article, je m'aperçois que j'ai quand même zappé quelques bons projets, notamment ceux d'Infinit', TSR Crew, Sadek ...

Concernant Despo Rutti, son oubli est volontaire, j'avais pas la force de dire du mal de Clé Boa, mais c'est clair que le truc n'est pas bien folichon. Et aussi j'ai pas parlé de Canardo parce que sinon vous allez vous foutre de ma gueule.

 

Ce qu'on attend du deuxième semestre

NQNT2, et rien d'autre.

Notre interview de Vald

4 thoughts on “Rap français : bilan du premier semestre 2015

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