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Djé : « J’aime les assonances, les double-sens, triple-sens » | Interview + Bootleg

Présenter Djé est un exercice compliqué. Membre énigmatique du 92i, dont on ne connaissait jusqu’ici que quelques couplets éparses, il est ce type de personnage que l’on pourrait qualifier un peu trop facilement de « secret le mieux gardé du rap français ».

Traffic, son premier projet solo, sera dans les bacs le 29 juin. L’occasion pour nous de rencontrer Djé dans un café parisien, et d’évoquer la genèse de cette mixtape, le style assez unique de son écriture, son parcours au sein du 92i, et ses projets à venir. Mala était également présent, mais le sujet du jour étant la sortie de Traffic, l’interview est pleinement centrée sur Djé et sur sa musique. Pour la même raison, on a également évité d’évoquer Booba, même s’il revient -forcément- à un moment ou deux dans la discussion.

Je tiens également à noter que Djé a payé toutes les conso (deux noisettes pour ma part, deux allongés pour mon comparse Le Jeune Did), et un rappeur qui paye, c’est assez rare pour être souligné.

Et à la fin de l'interview y'a un bootleg en bonus.

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Genono : T’es dans le game depuis une bonne dizaine d’années, mais ton premier projet solo n’arrive que maintenant. Est-ce que c’est parce que t’as vraiment pris le temps de le peaufiner, ou c’est juste que t’as pas eu l’opportunité de le faire avant ?

Djé : C’est vrai que l’opportunité ne s’est pas vraiment présentée avant. Ces derniers dix-huit mois, j’ai vraiment fait de la musique, en levant le pied sur les activités annexes. Et puis, il y a des événements qui font que tu prends du recul sur certaines choses, ce qui m’a poussé à prendre la décision de « compiler un savoir-faire ». C’est une chose qu’on m’a longtemps demandé de faire, parce qu’on avait décelé chez moi un certain « talent » -et j’insiste sur les guillemets- mais je n’arrivais pas à m’y mettre sérieusement. J’arrivais pas à me voir comme un artiste solo, qui doit faire des trucs de son côté. J’ai toujours été un mec qui, artistiquement, aimait bien les trucs de groupe, de collectif.

Genono : Quand tu dis qu’on t’a demandé de le faire … l’idée de te lancer dans un projet solo ne vient pas de toi ?

Djé : A la base la passion de la musique vient de moi. Mais au début, quand tu m’as entendu sur différents projets, c’est parce qu’on m’a dit « viens ». Après, je vais pas te dire, comme j’entends certains le dire « j’ai suis tombé dans le rap par accident » … Moi, la musique, c’est un truc qui me prend aux tripes. Maintenant, c’est bien beau d’avoir des aptitudes à quelque chose, mais il faut le travailler. Cette mixtape, j’ai bossé dessus sept jours sur sept, à l’atelier, au labo. Et toute la journée je suis dans le son, j’écoute des prods, je prends des trucs cainris et je kick dessus … C’est la première fois de ma vie que je me consacre pleinement à ça. J’ai aussi reçu pas mal d’instrus venues d’internet, des mecs que je connais même pas, que j’ai jamais rencontré, mais qui apprécient ce que je fais. Après, je me leurre pas, je sais que ces mecs ont aussi essayé d’approcher des cainris, ou des mecs signés, mais qu’ils se sont fait recaler, ou qu’ils n’ont simplement pas eu de retour. Et avec moi, pas besoin de se voir et de devenir potes pour que je pose sur tes prods. Si le son est bon, je le prends, point. Je pense que ce que les gens aiment chez nous, c’est qu’on fait le rap qu’on a envie de faire, on dit ce qu’on a envie de dire, sans trop se poser de questions. C’est très décomplexé.

Genono : Du coup tu bosses avec plein de producteurs différents, t’as pas peur de t’éparpiller ? Qu’est ce qui assure la cohésion ?

Djé : Bah justement, sur le prochain projet, je compte travailler plus étroitement avec certains beatmakers. J’aime garder une certaine couleur, j’aime qu’il y ait une cohérence entre les morceaux. Sur Traffic, j’ai des prods de Bone, de Parabellum … des gens que j’avais pas eu l’occasion de rencontrer auparavant.

Genono : Toi, tu touches pas du tout à la prod ?

Djé : Un petit peu, mais … quand je suis allongé dans mon lit, avec le pc sur les genoux. C’est pour m’amuser, y’a rien de sérieux. Moi, je bosse sur l’interprétation, l’écriture, le kickage, le flow. Je me nourrie de tout ce que j’entends. Les trucs récents, à la pointe, comme les Migos, les Young Thug, les Meek Mill, les Rick Ross, c’est bien, mais moi mes influences, à la base, c’est Jay-Z et Mobb Deep.

Genono : Pourtant, musicalement on te sent plus influencé par les trucs récents.

Djé : Ouai, mais c’est quand même ce qui me nourrit. Jay-Z, Mobb Deep, CNN, je sors de ça. J’ai pété un plomb sur leurs textes, je pouvais passer des heures à analyser leurs morceaux.

Le Jeune Did : Dans le fond je trouve pas ça tellement étonnant, même si on le ressent pas forcément musicalement, c’est une influence qu’on retrouve dans ta mentalité : le côté entreprenariat, aller de l’avant …

Djé : Ouai, sans faire de comparatif parce que ce sont deux échelles extrêmement différentes, mais l’état d’esprit est un peu le même. J’espère que c’est ce qui ressort de la mixtape : on n’est pas dans la complainte perpétuelle. C’est vraiment … à mi-chemin entre le système D et l’entreprenariat. On sait ce qu’on fait et de quoi on parle, sans jamais en faire l’apologie. C’est juste un hommage à ce genre de vie.

Genono : C’est vrai que c’est ce qui ressort de ta mixtape : t’es dans la description, jamais dans le jugement.

Djé : C’est ça. Tu te rappelles du titre Izi Life, dans l’album 0.9 ? « This ain’t a rap song, this is my life » … Bah voila, c’est exactement ça. C’est pas juste de la représentation, c’est nos vies. Après, ça reste du rap, ça peut sembler caricatural parce que parfois tu forces le trait, tu mets en scène … mais le fond, il est réel.

djé studio captcha magGenono : Est-ce que t’as senti qu’il y avait une attente de la part du public, sur l’arrivée de ton premier projet solo ? Parce qu’avant ça, on t’a entendu sur des sons un peu éparpillés, toujours en featuring … Même des titres solos, je crois que t’en as jamais sorti avant Traffic.

Djé : Pour cette mixtape, j’ai fait une quarantaine de morceaux en un an et demi. Et à la fin, j’ai fait ma sélection, un condensé de ce que je sais faire. Je pense que les gens qui aimaient bien ce que je faisais jusqu’ici vont être surpris, dans le bon sens du terme. Non seulement il y a plus de matière, mais surtout, c’est dix fois plus abouti, avec plus de personnalité.

Genono : C’est ce que j’allais dire, cette fois on sent vraiment que tout vient de toi, alors qu’auparavant, c’était uniquement des collaborations : on t’appelle, tu viens poser un couplet, et au revoir.

Djé : Voila, du choix de la prod jusqu’au mix, c’est moi. Maintenant, ça reste du Djé : si t’as aimé ce que je faisais avant, sur les sons avec Booba ou d’autres, tu vas kiffer cette mixtape.

Genono : Je me fais pas de soucis pour les gens qui apprécient déjà ton style, mais est-ce que tu penses que tu vas pouvoir attirer un nouveau public ?

Djé : Je pense, oui, parce que je suis contacté par des producteurs un peu hype du moment. Ils veulent qu’on bosse ensemble, donc ça me fait plaisir. Sur Traffic, j’ai fonctionné sans producteur attitré, après avoir passé des années dans les studios d’Animalsons. Je voulais pas me servir des outils mis à disposition par d’autres, je voulais pas solliciter les graphistes, les producteurs de Booba. C’est normal, il s’est constitué une équipe, je peux pas arriver et dire aux gens « fais moi ça ». J’ai tout fait de mon côté, de manière professionnelle, j’ai trouvé un graphiste, je me suis occupé du mastering … Attends mais j’ai pas répondu à ta question, c’était quoi déjà ?

Genono : Est-ce que tu penses attirer un nouveau public ?

Djé : Je pense, oui, parce que je fais du son actuel. On dénigre beaucoup la trap, mais à l’époque j’écoutais Young Jeezy, je considère que c’était déjà un peu de la trap. La trap, c’est un style particulier, aussi bien dans ce que tu racontes que dans la musique en elle-même. Les tempo lents, j’ai toujours kiffé, et déjà à l’époque de 0.9 on en faisait. A Harlem, ça s’est toujours fait ! Regarde les Dipset, par exemple. Et là, je kick sur des beats à 54 bpm, 52 bpm … c’est là-dessus que je prends du plaisir ! Après j’ai d’autres sons, comme Gold Cuban, qui sont un peu plus speed. Mais le plaisir, je le trouve vraiment dans les sons lents, indépendamment du fait qu’on considère ça comme de la trap, du dirty ou autre chose. Donc pour répondre à ta question, oui, je pense que ma musique étant très actuelle, elle peut parler à des gens qui ne me connaissent pas. Et le fait de collaborer avec de nouveaux producteurs va certainement m’ouvrir à un certain public.

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Le Jeune Did : L'ambiance de ta mixtape est clairement pesante, mais quand tu t'autorises des envolées un peu plus planantes -comme sur le refrain de Gold Cuban-, ça fonctionne aussi sans jamais dénaturer le côté OG. Le style nuageux, le cloud a le vent en poupe en France, comme en témoigne le succès d'un groupe comme PNL. De ton côté, as-tu envie d'explorer d'avantage ce style ?

Djé : C’est vrai qu’en réecoutant le projet de A à Z, je me dis que ça peut éventuellement ouvrir une fenêtre vers d’autres choses. Traffic, c’est des lyrics assumées, du kickage … Je suis un gros consommateur de mixtapes, j’aime beaucoup ce format. J’aime l’attitude que l’on peut avoir sur mixtape, t’as plus de libertés que sur un album. Ecoute les textes de French Montana sur ses mixtapes, et après écoute-le sur un album … c’est pas la même chose ! Traffic, c’est un projet qui a quand même une certaine sombritude, et un son comme Gold Cuban permet de démontrer qu’on peut faire autre chose tout en restant soi-même. On ne s’enferme pas dans un truc. Moi, j’écoute de tout, j’ai toutes sortes d’influences.

Genono : T’as un univers très racailleux, tu parles de drogue, d’armes, mais d’un autre côté tu utilises des mots peu usités (« apparatchik » ) et des références super pointues. J’ai carrément appris des mots en écoutant Traffic ! Est-ce que c’est un truc qui te vient naturellement, ou c’est quelque chose que tu recherches pour enrichir tes textes ?

Djé : (rires) T’es journaliste, et c’est moi qui t’apprends des mots ! Mala, t’en dis quoi ?

Mala : T’es fort fréro.

Djé : En vrai, on a appris comme ça, tu connais Boulogne. Et même les cainris que j’ai kiffé, c’est des mecs qui écrivent un peu comme ça. Avec des assonances, de la subtilité … pas forcément des punchlines, comme on dit maintenant. Les punchlines, on dirait un concours de vanne. Des « ta mère en short » … alors que tu vas écouter Jay-Z, c’est pas ça du tout. Et puis moi, je suis pas un mec qui va s’imposer par sa grosse voix, ou se mettre en avant dans les clips, donc chacun ses armes. C’est pas parce qu’on fait un genre de rap qu’on doit s’enfermer dans des formats particuliers. Moi, j’aime les mots, même si le propos est dur, je fais attention à ce que ce soit correctement écrit.

Genono : Tu fais également énormément de name-dropping, c’est une volonté d’imager tes textes ?

Djé : Je me dis pas « faut que je fasse du name-dropping », ça vient comme ça.

Genono : T’as une écriture très instinctive en fait.

Djé : Oui et non, en fait j’ai des mécanismes qui me viennent naturellement parce que je les ai assimilés en écoutant des textes cainris. J’aime les assonances, les jeux de mots, les double-sens, triple-sens.

Genono : Est-ce que t’as pas l’impression de dérouter les auditeurs, parfois ? Parce que t’as des phases qu’il faut écouter deux, trois, quatre fois pour les comprendre.

Djé : Je sais pas, je fais pas attention à ça. J’ai toujours écrit comme ça. C’est aussi une façon de ne pas se dévoiler à mort, tu te caches un peu derrière les double-sens, les trucs codés. Quand tu parles d’un truc, et que l’auditeur se dit « ah ouai, il parle de ça, mais en fait il parle aussi de ça » … c’est ce que je trouve fort, et ce que j’essaye de faire. Mais je travaille pour resserrer un peu le truc, parce qu’il faut quand même que ça reste compréhensible.

Genono : Donc t’es quand même conscient que tes textes ne sont pas forcément faciles à aborder.

Djé : Ah oui, bien sûr. D’où les vidéos-lyrics, par exemple, ça aide les gens à suivre ce que je raconte. Si je dis quelque chose que je suis le seul à comprendre, ça n’a pas grand intérêt.

Genono : T’as une syntaxe super particulière, avec parfois les mots dans le désordre, ou des phases où il manque un pronom, un déterminant, ou un verbe … Cette syntaxe un peu torturée, ça vient du fait que t’écoutes que du rap US ? J’ai presque l’impression que tu écris en anglais, et que tu fais la traduction mot pour mot en français.

Djé : J’aime beaucoup les ellipses, c’est vraiment un truc que je fais volontairement. Après, c’est vrai que quand j’écris, je pense presque en anglais. Du moins, dans la construction des phrases, comme j’écoute que du rap US, j’ai les mêmes mécanismes qu’un mec qui rappe en anglais. Après, j’ai quand même des influences françaises, parce que je viens de l’école de Boulogne. J’ai grandit là-dedans, je peux pas l’enlever de moi.

Genono : Ce qui m’a agréablement surpris dans Traffic, c’est que t’as vraiment une écriture très travaillée et très pointue … mais paradoxalement, j’ai l’impression qu’elle n’est pas suffisamment mise en avant. T’as jamais eu envie de faire un morceau un peu plus solennel, qui mettrait plus en valeur l’aspect purement lyrical ?

Djé : Nan, mais quand Jay-Z disait « si le talent vendait, la vérité serait dite » … ou « j’aurais voulu rapper comme Common Sense mais … » il y a une différence entre être un bon technicien et savoir écrire de bonnes chansons. Si demain t’entends un son de Djé sur du piano-violon, tu vas te dire « qu’est ce qui lui arrive ? ».

Genono : Piano-violon c’est un peu caricatural, mais tu vois ce que je veux dire ? Quand on va écouter ta mixtape, on va s’arrêter sur l’ambiance, les flows, les prods, mais je trouve dommage que quand on parle de Djé, on en parle pas d’écriture.

Djé : Je sais pas comment me perçoivent les gens. Quand on parle de Djé, on parle de quoi ?

Genono : Tu sais, les gens cherchent pas bien loin. Quand on dit Djé, on pense « pote de Booba », et généralement ça s’arrête là.

Djé : C’est le souci, ton propos passe toujours après la manière de faire, et les gens font tout de suite des raccourcis. Et Booba, avec sa position, c’est le premier à subir ce genre de choses. C’est comme ça, on peut rien y faire.

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Genono : Il y a quatre featurings avec Mala sur Traffic. Est-ce qu’un projet commun est envisageable ?

Mala : Oui, c’est envisageable ...

Genono : ... et c’est envisagé ?

Djé : (rires) T’es bon ! Oui, c’est envisagé, mais je vais pas te dire n’importe quoi, parce que demain je vais aller sur internet je vais voir « Mala et Djé sortent bientôt un album commun » … nan, c’est pas le cas ! Humainement, Mala et moi on s’entend super bien, donc artistiquement, forcément, on est amené à se rapprocher. Ca se fait tout seul, en fait. Voila, là j’avais besoin de jeter des trucs solo. Compiler ce que je sais faire, sans chercher l’appui de featurings, sans aller dans l’univers d’autres gens. C’est ce qui explique l’absence de featurings –hormis Mala.

Genono : Tu m’as dit que tu bossais sur Traffic depuis un an et demi, mais en 2009, tu parlais déjà d’un projet en préparation.

Djé : Ouai, t’enregistres des sons, tu les sors pas, tu te dis que ça va faire un projet … Mais comme je t’ai dit tout à l’heure, le travail que je fournissais à l’époque n’a rien à voir avec le travail que j’ai fourni cette année. Là, je suis au labo du lundi au vendredi, écriture, flow, enregistrement, je rentre chez moi pour dormir, je me lève j’y retourne … Alors qu’en 2009, j’étais beaucoup moins structuré. J’avais beaucoup moins d’instrus à disposition, aucun support, et puis il n’y avait pas de cohérence. Un projet, ça doit être habité. Si tu fais un morceau, et deux mois après t’en fais un autre, et que le troisième arrive six mois plus tard … ça ressemble à rien.

Genono : Les sons que t’as enregistré à l’époque, tu les as zappé ?

Djé : Ouai, je les ai zappé. Après, y’a des phases que t’entends dans Traffic qui peuvent venir de ces couplets enregistrés il y a 5 ans, mais c’est retravaillé, réécrit. 5 ans, c’est beaucoup, il s’est passé beaucoup de choses depuis.

Genono : T’es satisfait des retours sur les premiers extraits que t’as balancé ?

Djé : Satisfait … on va dire oui. On a fait notre truc en indé, on a monté notre structure …

Genono : Quand tu dis que t’es satisfait c’est au niveau des critiques, ou en termes de visibilité ?

Djé : De visibilité, déjà. Quand tu jettes un truc, t’as envie que ça touche le plus de monde possible. Après, j’ai bien conscience d’être dans un certain créneau, d’avoir un certain style. Pour ce qui est des critiques, je les entends, mais je me fais plutôt un avis en fonction des gens que je côtoie. J’ai du mal à faire les choses et à regarder ce que les gens en pensent en même temps.

Genono : T’utilises beaucoup le vocoder tout au long de ta mixtape. Comment t’aurais fait si cet outil n’existait pas ?

Djé : Comment j’aurais fait … Je sais pas. Mais si demain j’ai envie de voir mon pote, et qu’il n’y plus facebook ou le téléphone, je vais me donner les moyens. Si y’avait pas vocoder, j’aurais fait sans, et j’aurais assumé le résultat. Je suis pas pro-vocoder, ou anti je ne sais quoi, mais il faut vivre avec son temps. Y’a des morceaux où y’en a moins, des morceaux où y’en a du début à la fin … On s’amuse avec. Toutes les torsions que t’entends dans les sons, c’est volontaire. J’aime bien le mélange des genres.

Genono : Traffic sort en physique, ou uniquement en digital ?

Djé : Physique et digital. Elle sort le 29 juin, et y’a surement encore un clip qui va arriver avant la sortie.

Genono : Tu peux déjà parler des projets qui vont suivre ?

Djé : J’ai déjà enregistré deux-trois morceaux pour enregistrer une nouvelle mixtape. Je vais pas t’en dire trop tout de suite, je pense qu’on aura l’occasion de se revoir pour en reparler.

Genono : La liste de tes collaborations hors 92i est super courte. Je me souviens de Dosseh, de LIM y’a très longtemps … C’est un choix de ne pas te mélanger, ou c’est juste que t’as eu peu de propositions ?

Djé : En fait, la musique j’ai presque été obligé d’en faire. J’aime trop ça, je ne pouvais pas ne pas en faire. C’est comme si j’avais pas eu le choix. Mais je me prenais pas au sérieux, je faisais ça en dilettante. Et quand je faisais un son, j’avais pas à chercher. Tu veux faire un son, tu tournes ta tête, tu tombes sur Mala. Bon bah vas-y, viens, on fait un son ! Tu vois, t’as pas besoin de chercher plus loin. A Boulogne, même quand tu veux rester dans ton coin, t’es pas tout seul. Tout le monde fait de la musique, c’est un coin particulier à ce niveau là.

Le Jeune Did : Ton intégration au sein de 92i, elle s’est passée comment ?

Djé : Heu …

Genono : (rires) Est-ce que t’as été bizuté ?

Djé : J’ai du ramener un cadavre pour entrer dans le gang. Un cadavre par personne ! (rires) Nan mais c’est la vie de quartier, t’es là, les gens sont là … Au début t’es plus jeune, puis tu grandis, tu te retrouves avec les grands … voila. Y’a pas vraiment de genèse à raconter. Des fois je lis des trucs, les gens se rappellent de tout vingt ans après, ils peuvent te décrire comment était habillé le mec la première fois qu’ils l’ont rencontré … Nan, nous on était du même quartier, on a grandit là-bas, et y’avait un peu des têtes de gondoles : Malekal, Sages Po’, Lunatic. Moi, je trainais souvent avec Sir Doum’s, qui était dans Beat de Boul …

Le Jeune Did : En fait, y’a une telle effervescence que t’es plongé dedans, que tu le veuilles ou non.

Djé : C’est un peu ça. C’est un vivier, sans être une école. C’est ton problème, ça te motive de voir les gens faire, mais quand tu rentres chez toi pour écrire t’es tout seul. Donc t’as ça, plus les influences cainri … et puis la vie qu’on a mené en dehors de la musique. Tout ça, c’est des choses qui nous ont rapproché.

Le Jeune Did : Après On Contrôle la Zone, il y a eu une période où les fans attendaient un album commun du 92i. Est-ce que ça a été en projet à un moment donné ?

Djé : En projet, oui et non. C’est pas comme si on l’avait commencé, et que ça s’était arrêté. Mais c’est un truc qui aurait fait plaisir à tout le monde, c’est sûr.

Mala : Après, c’est compliqué. Y’a des gens qui vont te dire « j’aurais aimé un album du 92i de telle époque », d’autres « non, de telle époque ». C’est impossible de mettre les gens d’accord.

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Le Jeune Did : Là vous êtes tous les deux sur le label « OG », c’est ça ?

Djé : En fait, j’avais commencé à monter une petite structure quand j’ai commencé la mixtape. Et puis finalement, on a eu l’occasion de créer ce label, OG. On est content, on peut sortir Traffic dessus, et on a déjà prévu de lancer les prochains projets par le même biais.

Genono : OG, c’est juste vous deux, ou il y a d’autres artistes ?

Mala : Pour l’instant, c’est juste nous deux.

Djé : Après, on verra. Il y a d’autres artistes qui nous disent qu’ils veulent travailler avec nous, qui nous envoient des sons tous les jours. Mais tant qu’il n’y a rien de bouclé, je préfère ne pas en parler. Quand ce sera fait, ça fera une occasion de se revoir !

Genono : Est-ce que tu connais Le Blavog ?

Djé : Le Blavog … le nom me dit quelque chose.

Genono : Les faux dialogues entre rappeurs …

Djé : Ok, ouai je vois. Je sais plus si j’ai lu le truc, ou si on me l’a rapporté … Ils m’ont torpillé, nan ?

Genono : Nan …

Djé : Si, si, si. Genre on est des mecs de bande dessinée. Tu vois ce que c’est, Mala ?

Mala : (silence)

Djé : Ils nous ont torpillé.

Genono : Du coup, tu penses quoi de la caricature qu’ils font de toi ? Y’a un fond de vérité ?

Djé : Ils nous connaissent pas ces mecs ! C’est comme si tu demandais à Johnny si sa caricature des Guignols avait un fond de vérité … t’es un ouf toi ! Quand tu te bases uniquement sur ce que t’entends dans des sons, sur des lyrics … tu peux pas prétendre connaitre quelqu’un juste par rapport à ça. C’est juste une facette, c’est biaisé sur plein de choses. Et toi t’es là, t’interprètes … Après ça peut être marrant, j’en sais rien.

Genono : En fait je te demande ça parce qu’il y a certains rappeurs qui se sont tellement reconnus dans leurs caricatures qu’ils pensaient qu’il y avait une taupe dans les studios, ou que les mecs qui écrivaient les dialogues étaient des proches à eux.

Djé : Dans mon cas en tout cas, nan, pas du tout. Après, ça m’avait pas énervé non plus, mais bon … j’ai pas trouvé ça super marrant. Je trouve que c’est plus du torpillage gratuit qu’autre chose. Ils tirent sur des ambulances. Attends, mais toi t’as écrit là-dedans ?

Genono : Nan, mais je les connais.

Djé : Et ça existe encore ?

Genono : Je sais pas si c’est officiellement terminé, mais ça fait un moment qu’ils n’ont plus rien publié.

Djé : Faudrait que je relise, mais dans mon souvenir … C’est peut-être aussi le fait d’être concerné.

Le Jeune Did : Pour conclure, on entend souvent « les gangsters dans le rap, ça n’existe pas ». Dans ton projet, tu parles beaucoup de narcotrafic, de grand banditisme, etc. Où se situe la frontière entre fiction et réalité ?

Djé : Les rappeurs qui disent ça, je pense que ça les dérange de ne pas vraiment être comme ça. Moi, je prétends pas avoir tout fait. Mais dans ce que je dis, tout est vrai. Y’a des trucs que je peux illustrer par des histoires qui me sont arrivées, et d’autres que je peux illustrer par des histoires qui sont arrivées à des amis avec qui je suis tous les jours. Si y’a une commission rogatoire, on se fait péter, et mon pote prend quatre ans de prison, alors que moi je m’en sors … c’est la même chose. Et puis, une fois que t’as eu un certain style de vie, que t’as mangé ton pain noir dans différentes situations … ce qu’on raconte, c’est un hommage à cette vie. On a pas le droit d’avoir vécu ces choses, et d’en parler en assumant ? Quand Rick Ross dit « Seigneur, je sais que je suis un pêcheur », personne lui dit rien. Les mecs parlent de kilos de drogue toute la journée alors qu’ils ont été matons pendant des années. Les rappeurs aux States, on sort des dossiers de fou. Ils ont fait des écoles d’art, des trucs de fou … et pour nous, on vient chercher la petite bête ? Mais jamais tu trouveras de dossiers sur nous !

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BONUS : DELTA ECHO JOKER - BOOTLEG CAPTCHA MAG MIXE PAR TIS

Tracklist :
01 - Djé - Alpo
02 - Djé - Schmozonizi freestyle
03 - Djé - 187
04 - Sir Doum's - Zik à fond feat. Djedo & LIM
05 - Djé feat. LIM & Sir Doum's - Double violences urbaines
06 - Booba - Salade, tomates, oignons feat. Djé
07 - Mala - Bande à part feat. Djé
08 - Dosseh - Summer crack mothafuckaz feat. Djé
09 - Booba - On contrôle la zone feat. Djé, Brams & Mala
10 - Booba - Si tu savais feat. 92i
11 - Djé - Monnaie dans le crâne
12 - Djé - Quoi qu'il arrive feat. Booba
13 - Djé - Life feat. JC of The Finest
14 - Booba - Me-ca feat. Djé
15 - Soma - Sex prime feat. Djé
16 - Booba - Izi life feat. 92i
17 - Djé - O.G.H.N. feat. Mala

12 thoughts on “Djé : « J’aime les assonances, les double-sens, triple-sens » | Interview + Bootleg

  1. Bonne interview centrée sur les textes de Djé. Et me concernant je trouve que c'est son point fort. Je trouve vraiment qu'il a un truc en écriture c'est simple mais très imagé efficace puissant. J'attends de voir ce que va donner sa mixtape. Les premiers extraits sont bons sans être excellents musicalement parlant.

  2. Sympathique cette petite interview, je vais procéder à l'écoute de la botte jambe. Bootleg, vous l'avez ? Ahahahahahahahah

  3. salut,
    très bonne interview, vous auriez du demandez clairement une fois si il allait refaire un jour des sons avec booba, ou le nouveau 92i (40k gang, shay, gato et siboy).
    pour moi déjà pré-commandé la mixtape de djé ! et j'attends mala surtout !

    1. Merci ! Pour les nouveaux sons avec Booba, on sait déjà que la question sera posée par tous les sites qui vont l'interviewer au moment de la sortie de la mixtape, donc tu auras ta réponse. On a volontairement évité le sujet, parce que Djé est un artiste à part entière, et que le voir uniquement comme "le mec qui fait des feats avec Booba" nous semblait très réducteur. C'est également pour ça qu'on ne pose quasiment aucune question à Mala : cette interview est pleinement centrée sur Djé, sa musique, sa mixtape.

      1. c'est vrai et il mérite le gars. J'espère vraiment qu'il aura d'autres interviews pour sa promo vu qu'il est pas très "bankable" j'ai un doute...
        Pour son projet j'espère aussi qu'il y a des sons comme sur A4 et avec Soma pour qu'ils soient pas que street/sombre..

  4. Très bonne interview j'aime énormément cet artiste, il a une plume très spécifique avec un vocabulaire très recherché, sans parler du bon choix des prods que je kiffe. et ca donne un second souffle au rap Français j'aurais bien entendu sa mixtape dans ma voiture.

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