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Iceberg Slim : Proxo, Ghetto, Coco & C°

De Eightball & MJG en passant par Ice-T, Ice Cube, Snoop Dogg, Too $hort et Jay Z, tous sans exception ont reconnu l'influence de Robert Beck alias Iceberg Slim sur leur art, sur leur travail, sur leurs planétaires renommées. En gros, sans Iceberg Slim, pas de 6 ‘N The Mornin ou de Fuck Tha Police, encore moins de Pimps in The House ni de Late Night Creep / Too $hort (ci-dessous)

Je sais que tu es de Chicago, maque-la,

Fais-en une pute, et dicte-lui ta loi,

De cette petite fille d'église, fais-en une pécheresse!

Avant que les écrits de Slim étayent l'architecture verbale du 'pimp rap' ou nourrissent les scénarii glamours de la Blaxploitation, c'est la voix trop longtemps étouffée des marginalisés que les romans de Slim ont fait résonner haut et fort.

A la même époque, Malcolm X, Eldridge Cleaver ou James Baldwin ont décrit avec une verve analogue, une rare et semblable intensité, les destins des non-conformistes noirs dans une Amérique blanche profondément xénophobe, néanmoins Iceberg Slim tient une place à part dans la révolution culturelle populaire...

Au départ, Slim a un mentor nommé Albert 'Baby' Bell. Celui-ci est un proxénète un tantinet psychopathe de Chicago qui lui inculque le mal nécessaire d'être un mac noir, simplement parce qu'il incarne celui qui, par le biais des femmes noires, se donne enfin la possiblité d'arnaquer les hommes blancs. Un sentiment revanchard intimement lié au sexe et à la virilité que l'on retrouve également dans Soul On Ice d'Eldridge Cleaver, le futur membre des Black Panthers qui, avant d'être incarcéré en 1957, violait femmes noires mais aussi blanches poussé par cet irrépressible sentiment de compensation envers l'establishment entouré de barbelés dressés par les Blancs. Un professeur en psychologie d'ordre sociétale vous en dirait sûrement beaucoup plus que moi, mais il est clair qu'encaisser violences et mépris sans pouvoir broncher a agit de façon corrosive sur les encéphales de Cleaver et d'Iceberg Slim, les poussant à agir de la sorte envers la « femme », seul et unique sujet malléable à leur faible portée.

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Les responsables du mouvement des droits civiques et les Black Panthers ne sont pas encore descendus dans l’arène, et la génération de couards (sic) à laquelle Slim se dit appartenir n'a pas d'autres recours que de réagir à l'envol consumériste de l'Amérique des 40/50's par divers stratagèmes liés au maquereautage. Puisque la société ne laisse pas d’autres choix que celui du « poison de la rue », Slim, hypnotisé par les vêtements flashy, les poubelles rutilantes et les bijoux des macs de son quartier, a décidé qu'il voulait vivre la vie dangereuse et amorale d'un souteneur.

« Je voulais ce frisson, cette sensation voluptueuse de contrôler une écurie de femmes. » rajoute-t-il au sujet de ses motivations intimes.

Ici, Slim s'épanche sur ses premiers émois amoureux contrariés par les rapports de classes au sein de la communauté et autres affres dues à la pigmentation de sa peau. La description de ses incarcérations dans les 'cercueils en acier' tels qu'il les nomme, est d'un réalisme glaçant. Puis, il y a cette lettre poignante destinée à son père, Jack, qu'il a longtemps mésestimé, voire rabaissé au rang de pauvre nègre trimard, lui, le mac flambeur qui possède pas moins de cinq putes qui font chauffer la planche à biftons.

Catharsis brutale, poétique, Du Temps où J'étais Mac prend en compte le fait qu'il a raccroché une bonne fois pour toute son manteau en fourrure, qu'il s'est débarrassé à jamais de la coke qui l'aidait à arpenter le turf avant de se marier et d'entamer une carrière d'écrivain. S'il est question des rapports psychologiques avec les femmes de façon à mettre à profit leur sexualité, le racisme émasculateur et l'injustice sociale qui font le sel du livre font chambre commune avec la puanteur des boxons, avec la haine de la mère comme carburant secret, enfin, avec les 38 mm aux nez retroussés... Par instant, c'est donc en tant que proxo repenti qu'il peut jouir d'une belle notoriété, allant jusqu'à louer la noblesse, le courage et la jugeote révolutionnaire de Melvin X, jeune black panther qui vient de tomber sous les balles des assassins de la liberté.

Quoi de plus naturels que de donner des conseils de tempérance aux rookies noirs du maquereautage qui fatalement le vénèrent, l'idéalisent... Comme il en concédera quelques uns à un admirateur du nom de Mike Tyson qu'il rencontra en 1988 grâce à l'acteur Leon Isaac Kennedy. L'histoire raconte que lorsqu'ils se retrouvent dans un appartement de South Central pour baratiner, Slim met Tyson en garde. Lui expliquant clairement que tout comportement anarchique envers les femmes peut mettre n'importe quel homme, qu'il soit champion du monde de boxe ou pas, en danger. Voilà, seulement Tyson vient de se marier et la psychologie féminine n'est pas son fort... En ce sens que sa femme va bientôt l'accabler de tromperies et de violences domestiques, jusqu'au piège (du viol) tendu par Desiree Washington en 1992, précipitant dans le gouffre sa carrière de Roi incontesté du ring de la fin du XXème siècle. « J'aurai souhaité le rencontrer avant de me marier avec Robin. » dira plus tard Mike Tyson au sujet d'Iceberg Slim. « Il m'aurait sûrement aidé à filer droit. »

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