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Dixon, Symptôme Vol.1 : retour sur un traumatisme | + bootleg à télécharger

Il y a quatre ans et six mois que le second projet solo de Dixon est sorti, en juin 2011 (le premier projet étant la tape "La Main"). Quatre ans et six mois, c'est un laps de temps assez long, et surtout suffisant pour que la mixtape ait infusé profondément l'esprit des auditeurs. L'un d'eux, le dénommé Igor Illitch, a décidé de revenir sur cette claque musicale, d'actualiser les impressions qui ont posément proliféré dans son inconscient comme des streptocoques mentaux. Petite séance de psy. (psychologue, psychiatre, psychanalyste, c'est au choix)

BONUS A LA FIN DE L'ARTICLE : UN SUPER BOOTLEG A TELECHARGER

LE PSY

Bon, eh bien je vous écoute, Igor Illitch.

IGOR ILLITCH

Eh bien, je crois que tout commence par une pochette d'album. Enfin, une pochette de mixtape, plus exactement, si l'on veut jouer sur les mots... Bref tout commence par ce visage esquissé dans une mare de sang, sur fond blanc...

LE PSY

Et que vous évoque cette image ?

IGOR ILLITCH

...Je ne sais pas, c'est assez confus... Je dirais un condensé d'innocence et de violence...

LE PSY

Le blanc, le rouge, effectivement ce n'est pas très compliqué comme association d'idées... Bien ! Démêlons donc tout ça...

IGOR ILLITCH

Bon. Déjà, le point de départ de ce projet, à mon sens, c'est sans aucun doute l'enfance. L'origine.

LE PSY

Ca m'aurait étonné...

IGOR ILLITCH

Nan, je crois que vous ne saisissez pas tout... Il ne s'agit pas chez Dixon de faire l'étalage abusif de sa propre enfance... Ou de la cacher... Mais il y fait suffisamment allusion pour qu'on sache que cela joue un rôle clé : entre les coups de couteau de son père, la daronne qui charbonne sans répit et les petits frères à nourrir, je pense qu'il est assez clair que les premières années de sa vie auraient pu être plus joyeuses... Du moins, plus innocentes...

LE PSY

Vous savez, il n'y a pas d'enfance insouciante... On a tous quelque chose de coupable, il faut juste mettre le doigt dessus...

IGOR ILLITCH

Si vous le dites. Après tout, c'est vous le psy. C'est vous qui sonder les âmes. Si tant est qu'elles soient sondables... Cela dit, on ne peut pas nier que Dixon livre tout de même, en filigrane de son projet, une quantité assez conséquente d'informations sur son enfance pour s'en faire une vague idée...

LE PSY

Alors, allez-y, Igor Illitch... Que pouvez-vous me dire sur cette enfance ?

IGOR ILLITCH

Ce qu'il y a de notable à retenir, j'ai envie de dire, c'est qu'il a grandi en Seine-Saint-Denis, sous les coups de son père. Du coup, vous verrez peut-être un complexe d'Oedipe dans la manifestation de son amour pour sa mère...Bon, là on arrive vers une lecture particulière de son album... dans "Orange mécanique", Dixon nous dit qu'il ne se prend pas la tête avec Freud... Mais le boug' est très fûté, très malin, très sournois ! Il nous pousse vers Freud sans arrêt ! Un titre comme "Homme-enfant" par exemple ! Les allers-retours entre le passé et le présent ! Ou les name-dropping de "Freud", "Oedipe", et les références aux névroses... "Prozac"... Il veut qu'on pense à Freud, j'en suis persuadé !

Mais revenons-en au sujet : je crois que c'est la relation père-fils, ou plutôt père-famille qui est au coeur de son rapport avec la famille et l'enfance... D'ailleurs faut pas oublier que la scission se fait entre d'un côté le père, et de l'autre la mère et les frères... C'est loin d'être un rapport mère-fils égoïste ou un truc du genre. C'est juste qu'il y a un mouton noir dans la famille et qu'il faut l'éliminer... Et ce mouton noir, c'est le père.

Et d'ailleurs, il y a quand même un truc qui est marrant... L'ami Freud nous fait toute une thèse sur le "meurtre du père" par ses fils... Ces mêmes fils qui, après l'acte fatal, chercheraient à s'en repentir en honorant la mémoire du père... Mais chez Dixon, c'est l'inverse ! C'est le père, l'assassin ! Alors, par voie de conséquence, le meurtre du père par les fils n'est pas seulement un fantasme ou une envie légitime, c'est une nécessité ! Ce n'est pas un parricide dont l'origine serait la jalousie, ou quelque chose de cet ordre, absolument pas !

Enfin, on pourrait avoir une écoute, trop restrictive à mon goût, de sa mixtape comme une variante musicale et plus violente de la "Lettre au père" de l'immense Kafka. Les morceaux "Métamorphose" et "Homme-enfant", que l'on trouve à chaque extrémité de la tracklist, reprennent tous deux le thème du passage – douloureux – de l'enfance à la vie d'adulte. Entre ces deux titres, les autres morceaux cachent des références au père qu'il est inutile de recenser, le fait est qu'elles sont là. Mais ce rapport particulier au père, je pense qu'il s'agit plus d'une amorce qui lui permet d'avoir un regard acéré sur le monde dans son ensemble.

LE PSY

Allez-y, poursuivez, il y a peut-être une once d'intérêt dans ce que vous dites, sait-on jamais.

IGOR ILLITCH

Eh bien alors, on reprend depuis le début, l'origine. Et alors, on arrive à un constat très surprenant, déroutant même. Ce n'est pas lui qui devrait suivre une thérapie. Ce n'est pas lui qu'il faut aider, qu'il faut "ré-adapter" au monde. Lui il va très bien. Il est très clairvoyant. Et que dit-il, dès les premières phases de l'introduction "Métamorphose" ? "J'ai vu un chat mort, dégueulasse, peut-être qu'il avait froid, peut-être qu'il est tombé de l'arbre. Maman m'a montré du doigt : "ceux qui l'ont tué, ce sont ces deux là". Elle dit que le monde, il est pas trop sûr, il met les chats dans des boîtes à chaussures". C'est le monde qui va mal, pas lui ! C'est la civilisation ! Les structures de l'individu sont ce qu'elles sont, mais celles de la civilisation, ne sont-elles pas modifiables ?

Dixon nous oriente vers un autre problème, en fait. Un problème d'autant plus palpable qu'il parle à tous. De ses propres soucis, des rapports avec son père, ses frères, sa mère qui lui sont personnels, il en arrive très logiquement à une autre souffrance, la souffrance sociale de tout un chacun. Grandir dans la marge, ça permet sans doute d'avoir un regard inédit et perçant sur les relations humaines, j'imagine... Sur la société... L'idée de "progrès", c'est quelque chose d'étranger à Dixon, semble-t-il... "Viens à la fête : métro, boulot, clodo !" dit-il dans "Passé"... C'est bien de la "frustration culturelle" chère à Freud dont il est question ! Le plaisir et la fête, ce sont des mythes ! Tenez, parlons du "bonheur" : c'est une idée tellement galvaudée et si peu concrète, si peu consistante, que celui qui évoque ce terme s'expose nécessairement à la moquerie collective. De toute façon, il suffit d'écouter "Genèse" pour se rendre compte à quel point ce que l'homme institue n'est jamais qu'une valeur ajoutée à sa souffrance... "Si ça tire dans le quartier, c'est qu'il est construit à visage humain"... Et les névroses ne touchent pas que les individus qui ont un vécu difficile en apparence... Et Dixon d'enchaîner : "Nous ne sommes que des grandes gueules, rattrapé par nos fantômes, des Pac-Man en puissance !". Le rappeur nous englobe tous dans ce difficile constat. D'ailleurs, en ce sens, le morceau "Aquarium" est impitoyable ! Il n'y a de répit pour personne, et si tu es dans le déni, si tu crois t'être affranchi de tes douleurs, si tu crois mener une vie paisible, attend la chute qui te guette... "La vérité est belle sous son make up", dit-il dans "Prozac". Mais sous les boutiques de porcelaines, ce sont des réserves de pachydermes qui sont prêtes à se dévoiler...

LE PSY

Vous me semblez bien pessimiste... N'y a-t-il vraiment aucune issue ?

IGOR ILLITCH

Eh bien, finalement, je crois sincèrement que non. La névrose est structurelle. Tenez, reprenez le morceau "Prozac" et ce passage : "Trouve un taf au SMIC pour cesser de réfléchir huit heures"... Travailler, si c'est peut-être une réussite sociale, ce n'est en rien un accomplissement personnel. C'est un moyen de surmonter ses propres désirs insatiables en oubliant, en trouvant des préoccupations superficielles mais efficaces à la mise en veilleuse de l'esprit. Quoi que l'on fasse, nous sommes toujours dans une dynamique de substitution... : "personne ne crie "aux armes !", tout le monde prend du prozac"... L'alternative proposée est très, voire trop, radicale, pour qu'on saute pieds joints dedans. Le prozac, ça ne requiert aucun effort, la révolte, ça nécessite un engagement, et un engagement violent... C'est pas vraiment la priorité quand on recherche juste un peu de paix...

LE PSY

Et quant à ce cher Dixon ? Que propose-t-il, ce trublion-là ? C'est bien beau de parler, mais lui, il en est où ?

IGOR ILLITCH

Il compose avec. Il baigne dedans, il nage avec aisance, il se "pavane" dans l'aquarium, tout "bariolé" qu'il est. La névrose, c'est son "moteur", dit-il dans "Prozac". Quand je dis qu'il compose avec, c'est à tout les niveaux. Il vit avec, et il crée avec, il crée à partir de ça. C'est l'avantage, lorsqu'on prend conscience de sa condition merdique. On trouve un moyen d'en tirer quelque chose. D'ailleurs, écoutez ça : "Dans ma tête, un architecte / monte des boutiques de porcelaine sur des réserves de pachidermes " ! Est-ce une trace de fragilité ? Le croyez-vous ? Peut-être ! Mais c'est avant tout une composition des plus puissantes ! Ces réserves de pachidermes, ces troubles, ces abîmes qui menacent, Dixon ne les ignorent pas, ne les esquivent pas, il les actualise en en faisant son fondement ! Sa base ! Et il compose avec ! Il compose dessus ! Il prend le problème par les veuchs, et l'expose au grand jour, sans filtre, comme une pute belge démaquillée, en fait.

D'où les punchlines acerbes, les phases cyniques, les piques caustiques. C'est gratuit mais ça découle d'une logique parfaitement claire. Une forme de gratuité justifiée. Les phases qui feraient douter ma mère quant à mes références musicales du type "j'encule le monde parce qu'il tournerait bien mieux sur l'axe de ma bite" trouvent tout leur sens, en vérité. Il se permet d'être dégueulasse en mots, ce qui lui fortement déconseillé en société... La musique, de toute évidence, c'est une expression de sa revanche... "J'te mitraille sur du Beethoven, maintenant danse fiston". D'ailleurs, fait amusant, ce bon vieux Freud détestait la musique... Peut-être parce qu'il ne savait pas l'expliquer, comme s'il s'agissait d'une terre d'asile, inaccessible à l'entendement, et que toute démarche scientifique était vaine à son égard...

LE PSY

Peut-être parce qu'en un certain sens, la musique transcende, elle libère la folie qui nous est inhérente à tous...

IGOR ILLITCH

Ah, là je vous rejoins ! Enfin, c'est vous qui me rejoignez ! Et c'est le sens de tout egotrip ! "Merci qui" et "Après moi le déluge" sont des titres assez explicites à ce propos ! "Electron libre" finit avec cette sentence : "j'pars faire un bowling for Columbine"... Mais que veut-il dire ? Faire un massacre, métaphoriquement s'entend, ou faire une oeuvre à l'instar de Michael Moore ? Ou les deux ? La réponse se trouve dans "Merci qui" : "J'réconcilie rap et tuerie, alors on dit merci qui ?".

D'une certaine manière, le rappeur nous propose une possible échappatoire à la névrose, qui est inévitable si l'on s'en tient aux propos du célèbre psychanalyste. Alors préférons donc aux antidépresseurs de synthèse des stupéfiants plus naturels, agissons pour la planète, c'est le leitmotiv actuel... Et puis, pour vraiment apprécier notre condition de sous-merde, pour faire quelque chose de sa merde quoi, il nous reste aussi la musique, ce qu'a parfaitement compris Dixon, cette "douce narcose", pour citer jusqu'à l'overdose notre cher professeur autrichien... Enfin lui l'a compris, nous, ça dépend de ce qu'on fait de nos maigres billets... : "avec l'équipe je vise la scène, quand avec l'aiguille tu vises la veine", nous assène-t-il dans "Orange Mécanique".

LE PSY

Trouver du plaisir dans sa misérable condition, effectivement c'est une solution. Mais je reste perplexe Igor... Votre Dixon, il ne semble pas vraiment en accord avec lui-même, à entendre cette inquiétante sentence : "D'un coup d'stylo j'ai réveillé le monstre qui derrière la cloison dort"... Les "symptômes" que je constate sont peu rassurants...

IGOR ILLITCH

Mais prenez aussi le dernier couplet de "Modèle" :"Je voudrai vider l'abcès, chercher l'accès pour que les idées abjectes s'effondrent [...] Je créverai de mes désirs obscènes, Jésus, Marie, Joseph"... Quoiqu'il fasse, les pulsions fantômatiques le poursuivent, l'enchaînent... Et c'est sans doute la raison pour laquelle il nous parle aussi de Jésus, de Marie, de Joseph... La religion apparaît souvent de manière tacite chez Dixon, mais jamais de manière superficielle. Parce que derrière les "Jésus, Marie, Joseph", les "existe-t-il un réel Dieu ?", dans "Homme-enfant", il y a sans doute l'espoir du Salut. Sur Terre il se sait condamné par ses désirs, par ses névroses... Il sait jouer avec, certes, mais il sait aussi qu'il est impossible de s'en débarrasser... Et lorsque le natif de Dugny pousse la chansonnette, comment ne pas voir le souhait de quitter le cynisme caractéristique de son rap ? C'est là l'ambivalence du projet ! Il rappe avec brio, il traite l'existence avec recul, avec cynisme, mais cela suffit-il ? N'y a-t-il pas une plénitude à atteindre, autre part ?

LE PSY

(il n'a rien de pertinent à dire, mais il faut bien relancer la conversation.)

C'est à voir. Vous dites qu'il chante ?

IGOR ILLITCH

Oui, il chante. Il rappe, il chante, il parle, aussi. Mais cette élasticité se retrouve aussi dans les productions du projet. Il serait vain d'y chercher une forme d'unité musicale ! Certes, l'ensemble paraît sombre, mais n'oubliez pas qu'il rappe sur des productions de Blastar, comme sur le sample d'un titre d'Alicia Keys ("Homme-enfant", dont le sample est tiré du morceau "Unthinkable"). Et dans "Aquarium", il plie dans les règles de l'art la composition éponyme de Camille Saint-Saens ! Et d'ailleurs, justement même, c'est dans ce morceau qu'il conclut : "...fier des couleurs qui me bariolent, je me pavane dans l'aquarium..." On peut très bien comprendre cette phrase comme l'acceptation du monde dans lequel il vit, et que les prises de risque ça le connaît, lui dont "aucune planque ne reste sûre"... Il se pavane dans l'aquarium, il s'amuse, et il nous perd en route. Enfin, après tout, c'est le sens même d' "Electron libre"...

Enfin, c'est ce que moi j'en retire... Et pour en revenir au titre même de la mixtape, les "symptômes" ne traduisent rien d'autres qu'eux-mêmes ! Ils ne révèlent absolument rien de précis. Et c'est pour ça que tout ce que je viens de dire s'écroule d'un coup... Il est tout bonnement impossible de cerner véritablement Dixon, à la fois imprévisible et indomptable, n'en déplaise aux psychiatres, à moi-même et à l'auteur de ces lignes...

LE PSY

Vous m'en direz tant... Quelque chose à ajouter ?

IGOR ILLITCH

Je vous emmerde, merci.

Sur ces derniers mots, Igor Illitch abandonna son auditeur. Il quitta le praticien, satisfait. Satisfait, car, qu'importait la valeur de son propos, cela lui faisait simplement du bien de le dire. L'expression de ses pulsions obscures lui avait apporté paix et soulagement. Car, nécessairement, cela doit sortir à un moment donné. Et Dixon nous le dit bien : "On m'a rotte-ca, je suis né avec une bite à la place du cerveau ; mais ça va, tant que les idées ne restent pas coincées dans la pote-ca !"

Pour télécharger le super-bootleg génialement intitulé 'Le pied', clique sur la super cover magique ci-dessous :
(c'est un lien dropbox, pour lasseu qui préfèrent 1fichier, c'est ici que ça se passe)



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