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Mais qui est Sfera Ebbasta, ce rappeur italien en feat sur Anarchie ?

Le premier album tant attendu de Sch sortira le 27 mai -rappelons qu'A7 n'était qu'une mixtape. Au début du mois, le premier single, Anarchie, est sorti accompagné d'un clip, et dans la foulée, le rappeur marseillais-ou-presque a publié la tracklist de ce premier projet, plutôt étonnante : en effet, le seul featuring s'appelle Sfera Ebbasta, un nom quasiment inconnu de la part du public français. Jeune artiste italien, il forme un duo fixe avec son producteur, Charlie Charles, lui aussi présent sur le tracklisting et crédité pour la production de la piste 4, Cartine Cartier.

Le rap italien et le rap français ont connu quelques rapprochements timides l'année dernière, grace à Gué Pequeno et Fabri Fibra. Le premier avait accueilli Joke sur le titre Tu non sai, pour l'une des meilleurs pistes de son dernier album, intitulé Vero (Vrai en français, Vrai Vrai en grygnois). Quelques mois plus tard, Fabri Fibra décrivait de la meilleure des manières ce qui allait se passer en collaborant avec Youssoupha :

“Vuoi la prova che si è aperto il mercato?
Sulla stessa base c'è Fibra con Youssoupha”

En somme, et sans vous faire l'affrontt d'une traduction littérale : le marché des transferts entre rap français et rap italien est enfin ouvert. 2015 a donc été une mise en bouche de ce qui allait se passer l'année suivante, et qui, pour un rappeur italien, n'était pas arrivé depuis belle lurette -à un niveau suffisamment mainstream, avec implication des majors et tout le tralala. La passion -ou du moins l'intérêt- de Sch pour l'Italie s'est révélé avec l'un des singles extraits d'A7, Gomorra, dont le clip a été tourné entre Marseille et Scampia -donc Naples, donc l'Italie.

Mais ce que beaucoup prenaient pour un simple one shot matérialisant la passion de Sch pour les Savastano et l'univers du milieu napolitain était en fait un prélude à une collaboration internationale. Evidemment, à ce point, vous vous demandez qui sont Sfera Ebbasta et Charlie Charles. On y arrive.

En novembre 2014, une première vidéo a été publiée sur Youtube par Sfera, la première d'une longue -et heureuse- série de vidéos. Sfera Ebbasta est un rappeur milanais, qui compte alors à son actif une seule mixtape, dont plus personne -ou presque- n'a de trace aujourd'hui. Il est accompagné de Charlie Charles, un producteur qui s'est fait remarquer avec quelques productions comme celle-ci, mais qui, à cette époque pas si lointaine, n'était encore qu'un illustre inconnu.

A partir de cette première vidéo, les noms de Sfera Ebbasta et Charlie Charles ont fini sur les bouches de tous les italiens de moins de trente ans en quelques mois seulement -le genre d'explosion soudaine que l'on pourrait comparer à celles de Niska ou MHD en France. La recette du succès : un projet en téléchargement gratuit, une signature chez Roccia Music -un roster dont la tête d'affiche s'appelle Marracash, l'un des plus gros vendeurs du rap transalpin-, mais surtout un personnage jamais vu en Italie.

S'il fallait vraiment trouver une signification et une raison à l'explosion du phénomène Sfera et Charlie -en plus de la musique- il faudrait s'intéresser à leur imagerie, et à la manière dont l'univers du personnage s'est deployé. Ce qui était jusqu'ici quelque chose d'assez commun pour le reste du monde a fait en Italie l'effet d'une révolution, en se présentant à la fois en avance sur les tendances du moment, mais aussi en reprenant et en remettant au gout du jour des codes un peu vieillots et oublié par tous.

C'est cet univers fait de vestes Marcelo Burlon -genre de Philippe Plein local- et de Sprite codéiné -c'est là que tu vois que les mecs sont en retard- qui a probablement contribué à créer un intérêt très neuf pour le duo. Sfera et Charlie ont  adopté des attitudes typiques du rap français, mais largement inspirées par des rappeurs comme Future ou Lil Durk, et des producteurs comme Metro Bloomin. S&C ont jusqu'ici parfaitement géré leur background et leur promotion, avec une attention toute particulière portée à leur stratégie, qui se place exactement à mi-chemin entre le calcul réel et la spontanéité.

L'une des autres raisons de ce parcours qui sent bon la réussite est la volonté de s'appuyer sur une équipe ressérée de collaborateurs : à la base, le duo ne s'est appuyé que sur lui-même et le réalisateur de clips Alessandro Murdaca. Ensemble, les trois compères ont réussi à créer un univers très cohérent.et facilement identifiable, en balançant une vidéo par mois, et en créant ainsi une petite hype parfaitement nourrie et parfaitement exploitée.

On ne peut cependant pas résumer tout ce buzz à la puissance de l'univers visuel et imaginaire de Sfera Ebbasta. Les thèmes ont évidemment un rôle prépondérant, et si l'on demande au rappeur quel est son titre préféré parmi sa discographie, il repond sans l'ombre d'un doute “Ciny” :

“Le signe C (avec la main), c'est d'où l'on vient, Ciny, Ciny (c'est à dire Cinisello Balsamo, un quartier de Milan)” est le gimmick favori du duo, un peu comme le YOLO de Drake, le Ouloulou de Booba, ou le signe Jul. La raison pour laquelle ce titre a si bien fonctionné est très simple : toute l'Italie est divisée entre quartiers, “”bourgs”” et banlieues, et pourtant le fameux rap de rue, l'identité des quartiers, était quelque chose qui était en train de disparaitre -du moins, au niveau mainstream. Ramener les mecs du ghetto et les blocs de banlieues dans ses vidéos est un retour à un immaginaire unique, parce que même s'il n'existe pas deux quartiers identiques, la plupart se ressemblent, et les histoires des ghetto youth se ressemblement toutes un peu.

Il y a quelques jours, Sfera a évoqué cette collaboration improbable : “Effectivement je suis le seul et unique featuring présent dans le nouvel album de Sch, sur une co-production de Charlie. J'ai encore du mal à y croire, parce qu'il ne s'agit pas d'un arrangement entre label et manager … il nous écoute tout le temps, et c'est bien lui qui nous a voulu sur son projet. Nous sommes le seul featuring de son album, tu comprends ? C'est absurde ! Shablo (manager de S&C, et beatmaker célèbre en Italie) m'a appelé à 3 heures du matin et m'a dit “Mon pote, demain tu pars pour Paris, Sch te veut sur son disque”. Je réponds “QUOI ?” et quelques heures plus tard, je suis en train de discuter avec lui, en train de me dire qu'il tourne dans Marseille en voiture avec Ciny à plein-volume. La même chose que nous faisons avec ses morceaux, parce que franchement, qu'est ce qu'on en a à foutre de comprendre les textes ? Ce genre d'artiste, on peut l'écouter aux Etats-Unis, en France et même pourquoi pas au Japon.”

Comme le prouve le clip ci-dessus -BRNBQ, son dernier single-, on retrouve chez Sfera comme chez Sch ce même style très ancré street à la base mais de plus en plus ouvert sur d'autres univers. Le titre est un acronyme de Bravi Ragazzi Nei Brutti Quartieri, ce qui signifie très simplement “Des gentils garçons dans des vilains quartiers”. Il y aurait énormément de choses à dire à propos de ce titre, mais en tant que français vous n'en avez probablement rien à foutre … et puis surtout, cette image vaut tous les discours :

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Heureusement pour tout le monde, la voiture est louée pour les besoins du clip, mais voir quelqu'un rapper assis sur le toit d'une Alpha Romeo de la Police, est une image qui a beaucoup d'impact pour nous en Italie. Et cette manière de monter d'un cran à chaque fois dans l'envie de surprendre avec ce genre de petit détail, est probablement l'un des plus grands mérites de Sfera. Finalement, il n'est pas si étonnant qu'il se retrouve à collaborer avec un rappeur comme Sch, qui s'est quasiment donné pour mission de surprendre à chaque apparition.

Texte : Tommaso Naccari
Traduction : Genono



  • 3 thoughts on “Mais qui est Sfera Ebbasta, ce rappeur italien en feat sur Anarchie ?

    1. Franchement au top votre article . Ca permett de comprendre pas mal de choses surtout quand on comprend rien au texte . Mais surtout ce rappeur est très très performant

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