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Interview : Prince Waly | "Jeunes, coupables et libres (X-Men) a changé ma vie"

Junior de Prince Waly et Myth Syzer est une sortie pleine de promesses. Livrée dans un format EP traditionnellement court, la brièveté et l'efficacité de ce projet ne le rend pourtant pas avare en surprises : on y découvre désormais un Waly tout terrain, souvent hors de sa zone de confort, toujours aussi pimpant. Syzer y étend sa palette sonore, alliant comme à son habitude facilité, diversité et bon goût. Les invités ne sont pas en reste, la cerise sur le gâteau pouvant être attribuée à la prestation de Loveni sur le morceau Vinewood, un Jeune Love encore trop discret compte tenu de son talent. Enthousiasmé par le projet, c'est dans son studio en plein cœur de Montreuil que Waly et son équipe m'ont reçu, l'occasion  de revenir sur son actualité chargée, et sur toutes ces promesses présentes dans Junior qui ne demandent plus qu'à être tenues.

Propos recueillis par Le Jeune Did le 13/11/2016

Sortir un projet parallèle à ton groupe, c'était essentiel pour toi ?

Bien sûr, dans le sens où ça m'a permis de m'émanciper on va dire. De montrer d'autres choses, nouvelles, je ne vais pas rester éternellement dans mon terrain jeu. Ce qui est cool dans ce nouveau projet avec Myth Syzer, c'est qu'il a justement réussi à m'amener dans de nouveaux univers. Je pense tout de suite au morceau Vinewood avec cette prod complètement dingue et vraiment moderne, on est à mille lieux du boom-bap. J'ai posé mon couplet dessus tout en gardant mon style, on a vu que ça fonctionnait, on s'est donc dit continuons dans cette direction. Ça permet surtout d'explorer de nouvelles pistes.

De nouvelles créations sous l'entité Big Budha Cheez sont donc toujours envisageables ?

Évidemment, Big Budha Cheez de toute façon c'est jusqu'à la mort on va dire ! C'est avec Fiasko qu'on a crée le groupe, c'est lui-même qui m'a appris à rapper. Tant que je ferai du rap, Big Budha Cheez ça restera. Maintenant, tant que je suis capable de faire d'autres choses, que ce soit en solo ou dans d'éventuelles autres collaborations, pourquoi me priver ?

Source photo : Jéremy Esteve
Source photo : Jéremy Esteve

Pour préparer la sortie de Junior tu as enchaîné les scènes : que ce soit à La Maroquinerie avec Joe Lucazz et Triplego, le festival Canal 93 à Bobigny et aussi la première partie de Jazzy Bazz à La Cigale. Quelles ont été tes impressions ou sensations autour de ces différentes apparitions?

Dans l'ensemble de ces dates, tout s'est super bien passé. Le contexte varie à chaque fois, par conséquent, les ambiances aussi. À La Maroquinerie c'était en tant que Prince Waly, en tête d'affiche partagée avec Joe et Triplego. Il y avait donc une partie du public venue pour Prince Waly. Du coup c'était le feu, vraiment top, il y avait des gens de Montreuil, pleins de gens de Paris que forcément tu ne connais pas ! Et en général le public s'est bien pris les sons, sachant qu'ils n'étaient pas encore sortis (le concert a eu lieu le 19 Octobre ndlr) excepté les deux premiers extraits que sont Soudoyer le maire et Junior tous deux clippés. Les autres sons, le public les découvrait, et ça a bien pris.

Au Canal 93 c'était différent car c'était avec Big Budha Cheez. Comme dans chaque festival, le public n'est pas forcément acquis à ta cause et s'est peut-être déplacé pour quelqu'un d'autre. Donc non seulement on te découvre, mais surtout tu dois les convaincre. Il y avait donc logiquement un peu moins d'ambiance, c'était pas le feu comme à La Maroquinerie où des gens sautaient dans tous les sens ! Ils étaient beaucoup plus attentifs et tu te dois de les convaincre afin qu'ils applaudissent, ce qui a été le cas ! Donc c'était cool et réussi.

Pareil pour La Cigale, le public te découvre pendant la première partie. Une première partie c'est toujours très dur.

Pas trop d'appréhension de monter sur les planches d'une grande scène comme La Cigale ?

J'ai toujours ce petit truc avant de monter sur scène, ce petit trac. Mais c'est du bon trac que tu transformes par la suite en énergie. De toute façon, une fois que tu y es, il ne faut pas avoir peur d'y être. Une fois que tu es en plein dedans, il faut y aller à fond et c'est ce qu 'on a fait, le public s'est bien pris le truc, on a réussi à bien chauffer la salle avant le concert. Donc ambiance encore différente que les précédentes dates mais tout aussi cool et enrichissante.

Côtoyer d'autres artistes durant les concerts : quelle expérience en tire-t-on et quelle ambiance règne entre vous ?

C'est un peu comme de la concurrence tu vois ? On ne va pas se mentir (rires). Tu essayeras toujours de faire mieux que le précédent. À La Maroquinerie c'était différent car avec Triplego on vient tous de Montreuil donc c'était plus en mode on va se donner de la force réciproquement. Hormis ce cas de figure, j'essaye toujours de ne pas trop faire attention à ce qu'il se fait à côté. Même si je kiffe l'artiste en question, je déteste regarder ce qui se passe sur scène avant que ce soit mon tour. Je me prépare sans trop faire attention à tout ce qui se passe autour, j'y vais et je fais mon truc.

On t'aperçoit entouré de ton équipe Exepoq, du collectif Bon Gamin, Jazzy Bazz, Alpha Wann etc. On ressent cette effervescence collective autour de toi. Est-ce que selon toi c'est cet effet de groupe qui permet de se motiver mutuellement et donc d'avancer ?

Je pense, oui. Quand tu côtoies et travaille avec des génies, toi-même tu es amené à progresser et à en devenir un tôt ou tard on va dire (rires). À force d'apprendre avec les meilleurs, tu fais ensuite partie des meilleurs. Autant tous s'entraider et monter en même temps.  Je travaille avec des personnes dont je kiffe le taff. Tout se fait naturellement au final, rien n'est calculé, on peut tous se soulever les uns les autres, à condition de toujours bien travailler.Après il n'y a pas de magie, seul le travail récompense.

Sans tout cela, Prince Waly aurait-il existé ?

Prince Waly n'aurait jamais existé sans Fiasko (membre de son groupe Big Budha Cheez ndlr). Sans Big Budha Cheez. Vraiment. C'était au collège, je m'en rappelle très bien. C'est le jour où il m'a filé le cd des X-Men, Jeunes coupables et libres. Ça a tellement changé ma vie. Je ne le connaissais pas du tout, pour moi c'était comme un ovni.

Qu'est-ce que les X avaient de plus que les autres pour toi ?

(enthousiaste) Attitude ! Flows ! Charisme ! Paroles ! Tout en fait, ils avaient tout de plus que les autres. C'était tellement cainri. Comme ils le disaient, ils ne faisaient pas du rap français, il faisaient du rap en français. C'est la grosse différence. Rien que leurs placements, leur façon d'articuler, ou alors au niveau visuel, leur façon de bouger, leurs fringues... c'est ce qui fait toute la différence, le souci du détail sur absolument tout.

Comment est née ta rencontre avec Syzer qui a donc abouti sur votre EP commun ?

C'était lors d'un gros plateau à l'International (bar à concert vers Oberkampf dans le 11ème arrondissement parisien ndlr) vers 2013 je crois, et il y avait Bon Gamin de programmé. On jouait chacun de notre côté, et je me suis dit « allons voir ce qu'ils font ». J'ai donc assisté à leur concert, et exactement pareil pour lui de son côté. Et on a chacun kiffé ce qu'on faisait en fait. À cette époque Syzer enregistrait chez Grande Ville (studio basé à Montreuil ndlr) juste à côté de chez nous. Je le croise donc là-bas et me dit qu'il a quelques trucs à me faire écouter. Du coup on monte ensemble au studio, il me fait écouter ses instrus, et là je me souviens, il y avait la prod de Clean Shoes qui sortait du lot. Et là mec, ça a fait comme un truc dans ma tête (rires). Comme je t'ai dit, d'habitude je ne rappais que sur les prods de Fiasko. Parce que je n'arrivais tout simplement pas à écrire sur autre chose. Et sur cette prod de Syzer, bizarrement, j'ai ressenti de l'inspiration. C'est depuis Clean Shoes que j'ai commencé à vraiment composer en solo ou pour des collabs.

Pour parler de son travail sur ce projet, j'ai trouvé les prods très éclectiques. J'aurais aimé qu'il soit là pour confirmer ou non et surtout répondre à la question mais tu vas le faire pour lui (rires). ça m'a fait rappeler pleins de producteurs east coast : Buckwild, les Beatminerz, J Dilla, ou même Pete Rock et pleins d'autres. Selon toi donc, quelle serait la patte ou la touche Syzer qui le distingue de tous ses illustres aînés ?

C'est dur de répondre pour lui , en tout cas pour moi ce mec c'est un génie tu vois ? Il y a toujours un petit détail dans ses prods qui va te rappeler que c'est lui qui l'a composée, tout se passe à l'oreille. Mais surtout, il sait s'adapter à tellement de styles différents. Il a placé des prods pour Damso, pour Hamza, des univers totalement différents. Il a sûrement dû écouter tous ces producteurs, et aussi pleins d'autres. C'est ce qui fait sa force, il a une palette de dingue !

Et dans la diversité des 7 prods sur Junior, tour à tour planante, rugueuse, granuleuse, oppressante ou plus dynamique : où se situe pour toi la difficulté de t'adapter à toute cette palette ?

En vrai il n'y a pas vraiment eu de difficulté. Dès qu'il me faisait écouter ses prods, je me les prenais directement, et de suite j'avais des idées qui m'arrivaient très spontanément. M'adapter à ces différentes atmosphères, ça m'a confirmé que c'était quelque chose que je savais faire en fait. C'était déjà le cas avec les prods de Fiasko, puis j'ai posé sur une prod de Hologram Lo avec Alpha Wann, puis ensuite est venu Clean Shoes... Tu ne cesses de t'adapter au fur et à mesure de ta progression, j'ai cette capacité à m'adapter à tout type de prods.

Comment décrirais-tu votre façon de travailler ?

S'il y a un seul mot pour la décrire ce serait feeling. Tout se fait naturellement, on ne s'est pas mis de pression, on ne s'est rien imposé. Il me fait écouter des instrus. Je lui fais écouter mes textes. Il me donne des pistes à explorer sur tel ou tel thème. Le projet a été élaboré en 2 ans, petit à petit, sans aucune pression, et au bout de tout cela Junior est né.

Quand tu dis que ça fait 2 ans ça ne m'étonne pas car on peut déjà entendre certains des couplets présents sur votre EP dans le freestyle Grunt #23 enregistré fin 2014.

Exactement, il y a des couplets qui étaient crées dès cette époque. Syzer est vraiment perfectionniste, le morceau pouvait déjà être enregistré, ça ne l’empêchait pas de revenir sur la prod afin de la gonfler, la booster ou la retaffer. Le produit ressortait toujours amélioré. Avoir pris notre temps a permis de rendre un projet de grande qualité.

Qu'est-ce que Syzer t'a apporté de plus, ou de nouveau dans ton rap ?

Je dirais la diversité. Mais aussi la prise de risque, ne pas avoir peur de tenter des nouveaux trucs. J'aurais très bien pu lui dire que je ne savais faire que du boom bap, donc qu'il ne me fasse que des instrus boom bap. Je lui ai vraiment fait confiance. Et à chaque nouvelle prod reçue, je n'ai jamais été déçu. À chaque nouvelle expérimentation, je me disais « mais qu'est-ce que les gens vont dire? » et au final en travaillant ensemble je me suis dis qu'on s'en foutait, on fait ça parce qu'on kiffe ça tout simplement.

C'est vrai qu'il y a un bel équilibre dans cet EP entre des sonorités volontairement anciennes et d'autres plus modernes ou contemporaines. Au final cet espèce de clivage old school/new school, vous l'avez bien pris à contre-pied.

Je crois que ce qui permet aux différents publics de se réunir sur ce projet, c'est qu'une partie va s'identifier au côté old school et d'autres au côté new school c'est vrai. Inutile de rester bloquer dans une ambiance. De jour en jour tu découvres d'autres sonorités, d'autres univers, actuels ou plus anciens, qui vont te faire kiffer. Inutile donc de rester bloquer sur une influence ou une période, à moi de bien les digérer, de continuer d'avancer et d'évoluer.

Au niveau de tes influences justement, celles-ci font la part belle aux années 90. Pourquoi d'avantage cette période et moins les années 80 ou 2000 par exemple ?

Pour moi, ces années-là représentent vraiment une période où la créativité ne serait-ce que dans la mode, était vraiment marquée. À tel point qu'aujourd'hui, la mode réutilise des créations de cette époque. Refaire du neuf avec du vieux. C'est le principe des rééditions des chaussures par exemple. On retrouve d'avantage de rééditions que de créations. Avec pleins de modèles, que ce soit les Air Max chez Nike par exemple ou plus récemment les Uptempo.  Je n'sais pas, les années 80 me parlent moins, à commencer par les sonorités rap de cette époque. Visuellement parlant, cette période me parle juste plus que toutes les autres. C'est un tout, clips, sapes, ciné, il y a des codes visuels et musicaux qui me parlent d'avantage tout simplement, il n'y a rien de calculé. Les fringues de notre époques sont plus lisses, moins fantaisistes, ça ne me parle pas du tout. Même pour les clips d'aujourd'hui, je n'en retiens que très peu, alors que ceux des années 90 je peux en regarder à la pelle.

Tu nous livre un rap parfois fictionnel et décomplexé, que tu combines à une attitude naturellement cool, mais aussi saine : dans le morceau Rally tu dis « vivre d'amour et d'eau fraîche est la meilleure des solutions », ou dans le morceau Cherry à un moment tu sors « fruits et légumes chaque jour ». J'admire ton hygiène de vie et ta philosophie, malheureusement ne penses-tu pas que, par la suite, tenir ce discours ne te ferme des portes ?

Je calcule pas vraiment en fait, je ne fais pas attention. J'essaie toujours d'être le plus sincère possible et d'être en phase avec ce que je pense. Je dis tout ça car j'étais vraiment gros avant, j'avais une hygiène de vie dégueulasse, je mangeais n'importe comment et ne faisais pas de sport. Aujourd'hui par rapport à ça je me sens mieux, que ce soit physiquement ou psychologiquement, je suis donc content de pouvoir le dire en chanson.

Tu as pu être influencé par d'autres artistes, rappeurs ou autres, qui ont pu tenir ce discours ?

Je ne pense pas, peut-être Kendrick. Mais ces textes dont tu parles ont tout de même étaient écrits avant que je ne me mette à écouter Kendrick en fait. Je sais plus dans laquelle de ses chansons mais à un moment il y a une meuf qui dit qu'on a besoin que d'eau pour vivre, le reste n'est que superficiel. C'est vrai que ce genre de discours me parle en fait, car il me fait cogiter.

Tu laisses la part belle au storytelling dans certaines de tes compositions. Ça m'a ramené des années en arrière, ta façon non seulement de rédiger mais aussi de poser tout au long de cet exercice m'a fait penser à des mecs comme CL Smooth ou Masta Ace, deux noms parmi tant d'autres. Des références qui te parlent ?

Pour le storytelling en fait mes références seront vraiment exclusivement rap français, mais aussi cinématographiques. Pour le rap américain c'est différent, n'étant pas bilingue, je ne m'attarde pas assez sur leurs paroles. En fait celui qui me vient tout de suite à l'esprit, c'est Oxmo notamment dans Opéra Puccino, ou bien Ill des X-Men. J'ai du écouter Opéra Puccino des dizaines de fois d'affilée. Je me disais « je veux absolument faire ça moi aussi » , raconter des histoires de cette manière.

En renouant avec cette tradition, ton storytelling surprend agréablement. Le rap français a dans l'ensemble plutôt délaissé ce style de morceaux, ou plutôt devrais-je dire moins mis en avant, comment expliques-tu ce phénomène ?

À mon sens, c'est la difficulté de l'exercice. Ce n'est jamais très évident de pondre un bon storytelling. Pour cela tu dois vraiment te prendre la tête pendant un certain temps. Je pense que globalement les rappeurs en ont moins envie car tout va très vite aujourd'hui.

Volonté de ta part de remettre d'avantage de lumière sur ce genre ou alors c'est jute inconscient, naturel ?

C'était naturel, j'ai tellement aimé des morceaux comme Pucc Fiction ou Alias Jon Smoke d'Oxmo Puccino, qu'à mon tour à un moment je n'écrivais que comme ça. C'était cool et j'y prenais beaucoup de plaisir alors j'ai continué.

Tes idées narratives arrivent comment ?

Aujourd'hui c'est en regardant des films, ou des séries. Je n'ai plus qu'à les mettre en musique. Comme j'aime le dire des  fois, ma musique c'est en quelque sorte du TV rap, ou du rap télévisé. C'est vraiment visuel, j'ai envie d'imager mes lignes.

Après L'heure des loups avec Big Budha Cheez, Junior cet EP avec Syzer, tu te sens prêt pour un album solo ?

Je préfère me laisser encore du temps pour l'album. Je ne me sens pas encore prêt, je suis encore dans la recherche. J'ai trouvé les bonnes bases, tout en sachant que je peux m'améliorer encore beaucoup plus. Je me laisse encore du temps avant l'album solo. Il faut avant tout avoir une bonne fanbase, petit à petit. Un album c'est un investissement énorme, en énergie, en temps et en argent. Il te faut les moyens, que ce soit pour tes clips ou ta promo. Je n'en suis pas encore à ce stade, je dois encore travailler dur avant d'y arriver.

Merci à toi Waly, pour terminer, quelle est la question qu'un journaliste ne t'a jamais posé et que tu attends désespérément ?

Où est-ce que je trouve mes vêtements !

Alors ?

Je vous le dirai jamais ! Merci à toi et à Captcha !

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