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Interview : Billy Joe | "Un visage marqué par la souffrance, c'est une belle histoire à raconter"

C'est avec un certain plaisir que nous avons accueilli le 2 décembre dernier La petite maison de la tuerie de Billy Joe, le dernier effort en date du label Néochrome.

Écurie en pleine implosion, symbolisée par le différend entre les anciennes têtes d'affiches du label, Zekwé et Alkpote ; Néochrome serait à bout de souffle pour certains, voire synonyme d'un âge d'or désormais révolu pour d'autres. L'exigence des auditeurs n'est après tout que le résultat d'un catalogue bien fourni, étalé sur plus d'une décennie, aux réussites artistiques et commerciales reconnues. C'est dans ces conditions délicates que Granit, le producteur exécutif du label, tente tant bien que mal de garder le cap, à la tête d'un navire de plus en plus menacé par la houle.

Après quelques sorties en demi-teintes, voire disons-le, totalement passées inaperçues, la machine semble en passe d'être relancée par la dernière trouvaille du label. À la fois héritier et familier de ses pairs de par certaines analogies, Billy Joe vient grossir les rangs du label en apportant non seulement du sang frais, mais surtout un nouvel univers, très personnel, jusqu'à présent inédit dans le rap français. La petite maison de la tuerie, replacé dans son contexte, est donc un EP haut en couleur, un ultime pari un peu fou offrant au projet un capital sympathie non-négligeable. La bonne surprise, c'est qu'au travers de ses six morceaux, Billy Joe nous invite à plonger sans réserve dans son univers, et qu'en y jetant une oreille attentive, on s'aperçoit assez vite de la richesse et du potentiel dont il regorge. Le rappeur girondin nous y offre quelques envolées lyriques qui nous rappellent bel et bien que nous avons tout d'abord affaire à un pur produit Néochrome : brut, cru, sale et violent, puis, comme toujours dans un second temps, bien plus subtil et délicat que de premier abord. Avec ce premier essai solo, Billy Joe s'invite ainsi à la table des artistes à suivre pour l'année 2017. Avant cela, nous  souhaitions en savoir un peu plus sur sa musique et son parcours, c'est donc retranché dans sa cabane que Billy Joe a soigneusement accepté de répondre à nos questions.

Symbole ultime de la grande tradition du rap français respectée jusqu'au moindre détail : le beau visuel annonçant une sortie le 25 Novembre ... pour finalement sortir le 2 Décembre. Neochrome, pour toujours et à jamais

Propos recueillis le 21/12/2016

Le Jeune Did : Avant d'officier en solo pour Néochrome, tu as rappé avec ton groupe, BuchWood Family. Dès le départ, ton style assume ouvertement une tendance pour le white trash. En France, on l'assimilera plus facilement à des courants musicaux comme le punk ou la country. Tu mélanges habilement tous ces univers pour nous en livrer ta propre version sous forme de rap. Qu'est-ce qui t'a amené sur cette voie ?

Billy Joe : C'est sans doute générationnel. Comme toi, j'ai grandi avec le rap. Même si j'ai toujours écouté d'autres trucs, je suis vite devenu fou de ça. Plus jeune, je pouvais claquer toutes mes économies dans les disques. Et même plus tard en travaillant, il m'arrivait de claquer toute ma paye là-dedans. J'ai toujours écouté beaucoup de rap français, j'écoutais les disques jusqu'à les rayer, particulièrement ceux de la FF. Dans leur cas, je me rappelle très bien que de l'extérieur, au delà de la musique, leur travail me faisait rêver. Voir cette bande d'amis prendre du plaisir à travailler ensemble en studio, tout en s'amusant, ça me rendait envieux. Ce sont des images qui sont restées imprégnées dans ma tête.

Quel a été l'élément déclencheur qui t'a fait basculer du statut de spectateur, à celui d'acteur ?

Par une rencontre de premier abord assez anodine, mais qui s'avérera au final déterminante. Un mec de chez moi un peu fou, qui rappait. Tu pouvais le croiser par-ci par-là, qui traînait, toujours équipé de son carnet, sans cesse en train de gratter des lignes. À force de le croiser, de le voir écrire et rapper, ce gars-là m'interpellait. Il a senti l’intérêt que je pouvais lui porter et m'a en quelque sorte initié à l'écriture. De commencer à écrire, spontanément, et devant quelqu'un d'autre, c'était assez intimidant. Je me rappelle que ce mec avait une sorte de micro/oreillette qui te permettait de t'enregistrer et de t'écouter instantanément. Et en m'écoutant les premières fois, je dois dire que le résultat me plaisait assez (rires). Je prenais beaucoup de plaisir à écrire et à poser mes lignes. Je me suis donc dit pourquoi ne pas continuer tout en essayant de m'améliorer, en toute insouciance. C'était juste un petit hobby parmi tant d'autres qui, au final, m'aura définitivement donné goût pour l'écriture.

Tu pourrais situer cette période ?

Je venais d'avoir 18 ans, c'était il y a un petit peu plus de 10 ans déjà. Après je vais pas te mentir, bien que restant toujours auditeur et fan de rap, j'ai un peu perdu le truc. J'ai commencé à enchaîner les soucis, les galères, toutes sortes de conneries... bref, l'école de la vie. Je ne m'y suis remis sérieusement qu'il y a 4 ans. Et dès ce moment, je me suis dis que j'allais m'y mettre à fond. Que ce soit dans la productivité, la créativité, mais aussi dans la façon de travailler mon style. Peaufiner le flow, soigner les placements, garder le sens du rythme... Au final, sans forcément m'en rendre compte sur le coup, tout a commencé à devenir très appliqué.

Et à travers tous ces efforts, ce travail, cette recherche stylistique : à partir de quand penses-tu avoir trouvé cette griffe, qui a abouti sur ce rap redneck qui te caractérise aujourd'hui ?

À vrai dire, j'ai commencé dans l'écriture mélancolique. Dans la pure tradition de l'époque, le fameux piano-violon. J'aime l'écriture mélancolique, très introspective. Le fait de ne pas avoir eu de mère par exemple, (fait évoqué dans son freestyle #NeoWood 2 ndlr.) raconter ce genre d'aléa de la vie, l'évacuer artistiquement par l'écriture, sous forme d'exutoire. C'est quelque chose d'ancré en moi. Par la suite, le délire redneck et un peu plus rentre-dedans est arrivé naturellement. En vérité, la première question que je me suis posée était la suivante : dois-je l'oser ou non ?

Pourquoi ? Parce que personne d'autre en France ne l'avait fait avant toi ?

Affirmer musicalement sous forme de rap ce côté rural, ce n'était pas évident ! Une partie de ma famille vient vraiment de la campagne profonde. Dans ce milieu-là, tout le monde se connaît. J'appréhendais la réaction des gens que je côtoyais, surtout de ma famille, proche ou lointaine. Si tu ajoutes à cela le côté très caille-ra et bien street du rap français d'il y a quelques années, le contexte ne facilitait pas les choses ! Seulement, à force de cogiter, tu n'avances pas. Tout se fait donc finalement étape par étape : tu enregistres tout d'abord un morceau, et tu observes autour de toi, tu vérifies si ça prend. Si ce n'est pas le cas, alors tu continues de peaufiner ta musique, tu lui fais subir quelques arrangements jusqu'à ce qu'elle puisse évoluer positivement. C'est un long cheminement.

Qui a abouti sur un appel de l'écurie Néochrome. Quelle a été ta réaction lorsque la DA du label t'a abordé ?

Tout d'abord forcément surpris. Comme tout le monde qui s’intéresse de près au rap français, je connaissais très bien ce label. Jusque-là j'avais toujours fait de la musique dans mon coin. De Paris, et disons de l'ensemble du rap français, je m'en suis toujours senti assez loin. Donc qu'on vienne me chercher directement de BuchWood, ça m'a dans un premier temps surpris, forcément flatté, mais aussi interrogé. D'autant plus que pour ceux qui me connaissent suffisamment bien, dans la vie, je suis un éternel poissard ! Je n'ai jamais réussi à me dire que j'étais un bon rappeur car je ne suis jamais satisfait de ma copie. Je ne comprenais donc pas leur offre qui m'a vraiment mis la pression, on parle quand même de Néochrome, label phare et historique du rap français.

Comment expliques-tu que Néochrome t'ait choisi, et pas un autre ?

Ça a d'abord été une curiosité de leur part. Ils ont apprécié les différents projets sortis avec la BuchWood Family, le potentiel artistique que je pouvais dégager, mais aussi ma créativité sans borne, car des idées, j'en ai à la pelle. Ils ont voulu voir si je correspondais à ce qu'ils pouvaient voir et entendre à travers ma musique. Là encore, tout ne s'est pas fait du jour au lendemain, mais après maintes discussions espacées sur plusieurs mois. Je suis finalement monté à Paris pour les rencontrer et enregistrer dans leur studio. Cela aura tout de même pris près de 6 mois.

Est-ce que tu penses coller à l'image du label ?

Ce qui est intéressant, c'est qu'on est venu me chercher avant tout pour mon style d'écriture très mélancolique, mais aussi technique, bien avant le côté fougueux et très énergique. De plus, vu mon passé, j'ai beaucoup de choses à raconter que je pourrais éventuellement mettre en musique. Combiner la fougue et le texte : ce sont ces deux points qui répondent aux critères Néochrome. On peut retrouver ces critères chez des artistes passés par le label comme Alkpote ou Jason Voriz. Tu t'aperçois de leur similitude, car ils sont complets : que ce soit dans l'écriture, leur personnage, et leur folie.

Que ce soit Alkpote, Jason Voriz, ou même Joe Lucazz, vous avez encore quelque chose en commun : ce sont vos références respectives, américaines, digérées et assumées jusqu'au bout. Exactement comme toi. Ce qui rend à tous votre rap pleinement maîtrisé, et surtout décomplexé. Tu as été le premier en France à apporter le style redneck au rap, or , j'ai l'impression que de plus en plus d'artistes reprennent ces codes-là sans forcément les maîtriser autant que toi, ce qui rend leur musique grossière et caricaturale, contrairement à la tienne, qui relève plus de l'hommage. Se sentir plagié ou copié, au delà de la frustration que cela puisse créer, n'est-ce pas au final une première victoire en soi, ou une première reconnaissance ?

C'est une question que je n'ai effectivement cessé de me poser ces derniers mois. J'étais dès le départ frustré par le manque de moyen dont je pouvais bénéficier afin de diffuser au maximum ma musique. J'ai donc vu défiler des copies plus ou moins conformes, sous mes yeux. Que ce soit chez des rappeurs assez confidentiels, jusqu'à certains beaucoup plus hauts placés. Tout ça, je le vois, et mon équipe aussi. Donc forcément, au départ cela m'a frustré, mais de ouf ! Tu ne peux que te sentir impuissant dans cette situation. Puis, à force d'en discuter entre nous, on a effectivement ressenti cela comme une première victoire car je suis évidemment copié, et non l'inverse. Au bout d'un certain temps, le public finira bien par s'apercevoir que j'étais le premier sur ce créneau là. Aujourd'hui, je ne peux que le prendre à la rigolade, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Après tout, si je commence par plaire aux rappeurs, je ne peux que, par la suite, plaire au public. Je ne me fais aucun souci, car j'ai l'ambition d'aller toujours plus loin, et je sais que mes idées, qui se renouvellent sans arrêt, m'y amèneront. De par mes influences bien assumées, je sais où je vais, cela finira bien par payer, que ce soit maintenant ou plus tard. Mon style, je ne le cherche pas vraiment car je l'ai dans le sang, au plus profond de moi.

Comme tu dis, au delà de toutes les influences dont tu peux te revendiquer, et avant de l'interpréter en tant que tel, ne serais-tu pas toi-même un peu redneck ? Quelle part d'authenticité dans tout cela ?

Complètement, je suis redneck comme je suis white trash. C'est ce que je suis et ce que tous ceux qui m'entourent sont. On est juste des pauvres blancs, issus du milieu rural. On est de la raclure, des pauvres au premier sens du terme, que les classes sociales plus aisées ne veulent pas voir. Ce schéma social est valable partout, dans les grandes métropoles, jusqu'aux petites communes plus ou moins reculées. Avant une quelconque couleur, ou une quelconque religion, tu as deux sortes d'individus : le riche, et le pauvre. On vit en marge, et les quartiers plus huppés se gardent bien de se mélanger à nous. Ce schéma apparaît autant aux états-unis que chez nous, en France ! Voilà pourquoi l'identification aux rednecks américains a pu être aussi forte, mais pas seulement. La zone géographique a également beaucoup joué. On vient d'une zone forestière, sauvage, où tu peux encore trouver aujourd'hui des cabanes de ceux qu'on appelle les résiniers, les mecs qui extraient la résine des arbres. Ces cabanes existent depuis des siècles, sans cesse retapées et transmises de génération en génération. Encore aujourd'hui, des gens y habitent, à l'écart de tout, ce sont d'authentiques rednecks. Donc au delà du facteur social, il y a également le facteur géographique qui fait naturellement de nous des rednecks pur jus.

As-tu l'impression de toucher un nouveau public dans le rap ?

Je pense que je réveille quelque chose, enfoui depuis des années, je mets simplement la lumière dessus. Tous ces mecs de campagne qui m'écoutent, ont en réalité pour la plupart toujours écouté du rap. Le seul modèle qui leur est majoritairement parvenu aux oreilles était jusqu'à présent celui du rap de tess. Tu peux directement t'en apercevoir chez eux de par les expressions et le langage utilisé, l'accent caille-ra importé en campagne par exemple. J'ai toujours trouvé ça dommage, car ici on a également nos codes, nos expressions, seulement personne ne les a jamais vraiment mis en avant.

En France tout du moins. Je me rappelle que dès que je t'ai découvert, tu m'as directement évoqué  des artistes comme Yelawolf pour le côté purement country, et Skinhead Rob des Transplants pour le côté plus punk et rugueux.

Effectivement, Yelawolf est un des artistes que je trouve le plus complet. Il représente le haut du panier, car dans son œuvre, tout est maîtrisé artistiquement. C'est un pur white trash, chez lui tout sonne authentique, rien n'est faux, c'est tout simplement un pionnier. J'ai eu la chance d'échanger un instant avec lui lors d'un de ses concerts à Paris et c'est bel et bien lui qui m'a fait prendre conscience qu'on pouvait représenter le coin d'où l'on venait, quel qu'il soit, tant que tu transpires cette authenticité. Il y avait déjà eu auparavant des mecs comme Bubba Sparxxx, qui ont pu montrer la voie, Yelawolf l'a sublimée, sa musique est belle, saisissante, poignante, tout en gardant cette touche très professionnelle et carrée. J'ai pu saisir grâce à ce gars que même dans le rap, on pouvait s'assumer tel que l'on a toujours été.

Ton rap suscite un certain enthousiasme, mais aussi beaucoup d'incompréhension. Certains auditeurs ont d'ailleurs pu bêtement amalgamer ta musique à des courants racistes tels que le KKK, ou le White Power. Comment réagis-tu face à autant d'inculture, et aux fantasmes que ta musique peut renvoyer ?

Le mot juste et très propre est exactement celui employé : inculture. White trash ne veut pas dire White Power, l'amalgame doit sans doute venir de là. Ce que j'aime avec la musique, c'est qu'elle dépasse les frontières, et que n'importe qui peut y avoir accès. Ceux qui veulent diviser, chercheront toujours à diviser, ça ne changera pas. Ils ont justement sans doute peur de la plus grande force de la musique, qui est de fédérer et de rassembler les gens, quels que soient leurs origines.

Au delà du rap, quels ont pu être tes premiers liens avec la culture redneck ?

À travers le cinéma, notamment d'horreur. Au début je ne plaçais pas forcément de nom dessus, j'ignorais ce que pouvait signifier ce terme de redneck. Quand j'ai commencé à voir des films avec des personnages qui faisaient flipper et qui venaient de la cambrousse comme nous, ça m'a forcément marqué. C'est en côtoyant Koni K (membre de BuchWood Redneck Family ndlr) que ça m'a sauté aux yeux et que j'ai pu faire le lien entre la fiction et la réalité. Je lui disais qu'aussi bien lui que sa famille, c'étaient des purs rednecks, exactement comme dans ces films d'horreur ! Ça nous amusait, et à force de les regarder, on a pu s'y identifier. Les paysages, les cabanes, les gueules cassées, le style vestimentaire, le style de vie ! On aurait pu transposer tous ces films chez nous sans aucun problème. En plus de nous ressembler, on s'est finalement imprégné de tout cet univers jusqu'à en maîtriser les moindres codes. Il ne nous restait plus qu'à se les réapproprier, à les citer ou à les détourner, cette fois-ci sous forme de rap.

Visuellement il y a justement toutes ces références très cinématographiques. On pense évidemment à Deliverance, La Dernière Maison sur la Gauche, Détour Mortel, la liste est éminemment longue. Comment tous ces films sont arrivés jusqu'à toi ?

Pour l'anecdote, quand j'étais petit, je flippais vraiment des films d'horreur (rires) ! Le premier choc ça a été L'exorciste, je me rappelle très bien n'avoir pas su terminer le film. Ce n'est venu que beaucoup plus tard. Comme beaucoup d'autres personnes, en grandissant tu souhaites revenir sur tes plus grandes peurs, tu veux alors comprendre comment la peur est conçue cinématographiquement. Tu enchaînes donc les grandes références du genre : Massacre à la tronçonneuse, les Vendredi 13, les Freddy etc. De voir tous ces films précédemment cités, sous un œil adulte, la peur s'estompe naturellement, tu apprends à l'apprivoiser, et tu te surprends même à ce qu'elle t'amuse !

Je ne suis pas pour autant un inconditionnel du genre, je connais les références et les apprécie, je ne vais pas forcément m'amuser à suivre toute l'actualité du truc. Ce qui m'a le plus marqué, c'était les points communs qu'on pouvait avoir avec certains protagonistes dans ces films, qui étaient rarement les victimes (rires). Ma vie est vraiment hardcore, elle peut-être lourde, sombre, pesante, angoissante... bref, exactement comme dans l'ambiance que peuvent dégager ce genre de films. Ma musique s'imprègne donc inévitablement de tout cela.

Qu'est-ce qui te plaît dans la cruauté, la brutalité, ou le côté parfois malsain qui se dégage régulièrement de ce cinéma ?

Paradoxalement, l'action se situe souvent dans un cadre magnifique. Je trouve ça tout simplement beau : les grands espaces, la forêt, la nature sauvage... C'est souvent elle qui a le premier rôle au final. Elle peut être magnifique, et très cruelle à la fois. Je suis absorbé par cela, et je m'en suis toujours nourri. La nature te rappellera toujours que le matérialisme auquel on se soumet, n'a aucune valeur face à elle. Il y a donc tout d'abord de la beauté dans le cadre. On en trouve également dans cet autre paradoxe : la mocheté des visages des culs-terreux, les gueules cassées. Ils ont souvent le visage marqué par la souffrance, et donc une histoire à raconter ; ce qui les rend beaux, si tu prends le temps d'écouter ce que ces visages ont à raconter. Tout ça, c'est exactement comme par chez moi. La beauté dans la mocheté, c'est d'ailleurs quelque chose que j'évoque dans le morceau La colique a des yeux, qui est celui sur lequel j'ai eu le plus de retours. Alors que je trouve ce morceau vraiment pas terrible (rires), les gens ont du se reconnaître dedans.

Il y a aussi ce refrain mémorable. Hormis cette belle référence cinématographique, comment t'es venue cette phase incroyable : « si je te vois à travers ma chiasse, c'est que la colique à des yeux » ?

Si tu veux tout savoir, je l'ai trouvée sur les chiottes. J'étais en train de faire ce que j'avais à faire, tout en réfléchissant à une idée de clip. Je pensais à un plan où on me verrait rapper sur les toilettes, en train d'astiquer le fusil de chasse. Ce refrain est tellement beau que je vais me le tatouer d'ailleurs.

Il te reste encore de la place ?

Sur les côtes et dans le dos seulement. Après ce sera fini, je pourrai enfin passer à autre chose !

source : Instragram Billy Joe
source : Instragram Billy Joe

T'as souvent besoin d'aller au bout des choses comme ça ? J'ai remarqué qu'il n'y a jamais de demi-mesure chez toi. Tu repousses sans cesse la limite, à l'extrême.

Que ce soit dans le rap, le tatouage, le skateboard... j'aime aller là où les autres osent moins. En skate par exemple, le street, le flat... c'est super, mais je préfère carrément le bowl ou les pools. Quitte à chuter et à se manger le bitume, autant le faire bien ! Tout va plus vite, les sensations sont plus fortes, c'est pareil dans mon rap, j'essaye de le pousser le plus loin possible dans l'extrême. Une fois que ce sera fait, très bien, ce ne sera donc plus à faire, je pourrai ensuite me consacrer pleinement à  quelque chose d'autre. Ça peut-être n'importe quoi, pourquoi pas le tennis tiens ! Ça doit sûrement être très défoulant.

Toute cette énergie que tu dégages, rend justement ta musique calibrée pour la scène. Tu as joué le week-end dernier à Bordeaux, comment ça s'est passé ?

C'était merveilleux, le seul problème disons technique, c'est qu'on est passé en dernier, et qu'entre temps la bière nous était offerte. On est peut-être arrivés trop alcoolisés, ce qui ne nous a pas empêché de voir les retours en direct du public. Il réagissait comme dans un concert de punk : les gens pogotaient, se sautaient dessus les uns sur les autres, c'était vraiment beau. Dès que le public commence à se taper dessus, c'est toujours bon signe ! J'en aurais fait tout autant à leur place (rires) !  Le public s'est bien amusé, défoulé, on les a fait rire, il y a eu une belle interaction, c'était une super soirée. Tout BuchWood réuni sur scène, c'est vraiment quelque chose à voir.

Au niveau de tes impressions ou sensations sur scène : comment tu t'y sens et est-ce que cet espace d'expression te plaît ?

J'ai un seul problème qui n'en est peut-être pas un pour ça, au final. J'ai vraiment du mal à canaliser mon énergie. Une fois sur scène, est-ce toujours du rap ? (rires) L'ambiance est clairement plus semblable à un concert de rock'n'roll. À la fin, tout le monde sur scène et tout le public était trempé, c'était énergique du début à la fin.  La scène c'est unique, tu y rencontres ton public, de nouvelles personnes, de nouveaux artistes. Donner vie à ta musique, et faire venir des gens jusqu'à toi puis les faire bouger, c'est une sensation complètement folle, sans doute la meilleure que la musique puisse t'offrir.

Une partie du public n'était pas trop déconcertée ? Vu que l'affiche était partagée, certains non avertis n'ont-ils pas eu trop peur ? (rires)

J'ai terminé le concert par un freestyle qui doit bientôt sortir, Original Perdant 2. Un freestyle que j'ai enregistré comme ça, sur un coup de rage. Je l'ai posé et toute la salle s'est arrêtée, comme choquée. À ce moment j'étais vraiment satisfait, je me suis dit que ce freestyle allait être très efficace quand Neochrome le diffusera (rires).

Tu vas bientôt ré-enregistrer sur Paris, quels projets pour la suite, maintenant que Billy Joe a été présenté ?

On va partir sur un nouvel EP, une mixtape, puis je l'espère un album.

Granit a-t-il prévu de te faire de nouveau collaborer avec des artistes du label ?

Pour l'instant avec 25G et Jason Voriz.

Tu parles du morceau Chevrotine ?

Non cette fois-ci ce sera deux morceaux différents, un feat par morceau.

Aura-t-on la chance de voir Koni K réapparaître sur le projet ? Sur ce premier EP, j'ai trouvé que les morceaux qui sortaient le plus du lot étaient ceux sur lesquels il apparaissait. Et que votre combinaison avant d'être artistique est également humaine, on ressent donc naturellement une bonne alchimie.

C'est quelque chose que je souhaite. À la base Koni K était prévu sur tous mes projets, pour le moment il est en stand-by. Je pense que le monde du rap le laisse vraiment dubitatif. C'est dommage car c'est vraiment le rappeur avec qui je souhaite aller le plus loin possible, c'est le plus redneck d'entre nous, c'est un ancien bûcheron, sa famille vient des bois...  il dégage cet aspect redneck plus que quiconque. Je ne vois personne d'autre de plus authentique que lui pour représenter ce mouvement.

Comment as-tu vécu cette première sortie sous Néochrome, et comment as-tu perçu les retours ?

Avant même d'être satisfait, je dirais très surpris. Il faut savoir que l'enregistrement de cet EP commence à dater. Il a surtout été élaboré par nos soins et nos propres moyens à BuchWood, c'est à dire un peu à l'arrache. Je ne m'attendais pas à autant de retours, un premier cap a été franchi c'est évident. Vu ce qu'on a déjà enregistré depuis avec Néochrome, qui est d'une toute autre qualité, le public ne pourra qu'apprécier d'avantage.

Cette nouvelle exposition contraste encore avec ta discrétion dans les médias. Une volonté du label ?

La première étape c'était cet EP, disons en guise de présentation. Cela étant fait, tout devrait suivre logiquement petit à petit. J'explique plutôt cette discrétion par la distance. Il va donc falloir s'investir encore d'avantage, que ce soit dans la création de futurs projets, mais aussi dans leur diffusion, à travers toutes sortes de médias, comme de futurs concerts.

En espérant que toutes ces prochaines entreprises rencontrent le succès escompté, merci beaucoup pour tes réponses.

Merci à toi et à Captcha, à Genono de nous avoir relayé sur d'autres médias, et à tous ceux qui nous supportent de près ou de loin.

 

 

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