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OU2S, ou les rouages de la vérité (Interview)

C'est hier qu'est sorti le second volet de "La Machine", net-tape gratuite de OU2S, rappeur franco-comorien résidant à Villiers-le-Bel (95). Pour cette occasion, nous avons parlé de sa carrière en groupe, puis en solo, pour ensuite abordé des thémes comme l'amour, les faits divers, le rap du Queensbridge et d'Atlanta, l'Afrique, ou encore des skyblog (pour les vieux de la vieille).

Photo par Maoni Corner Photographie
Photo par Maoni Corner Photographie

M : A la base, tu formais un duo avec Kila Kali (le neveu de Calbo et Lino d’Arsenik, et de T-Killa du K.Ommando Toxik), qui s’appelait Max-R…

O : C’est ça. On a sorti 2 mixtapes : KnockOut Mixtape Round 1 et KnockOut Mixtape Round 2, et un EP.

M : Et niveau exposition, c’était plutôt pas mal il me semble.

O : A l’époque c’était bien, c’était à l’époque des Skyblog, du coup, on était parmi les premiers artistes à faire des 50 000 vues sur Youtube dans le 95, c’était déjà énorme. Dans le coin, Villiers-le-Bel, Goness, Garges-Sarcelles, tous le nord du 95, on avait une très bonne réputation.

M : Quand t’étais avec Kila Kali (de 2007 à 2014), je me rappelle que t’avais fait une apparition dans l’unique album du K.Ommando Toxik, dans un son qui s’appelle « Memory »…

O : Non, le titre où j’avais posé en fait c’était « Nouvelle Génération », c’était une sorte de grand cypher, et en fait… je vois pourquoi tu me dis « Memory », c’est parce qu’à l’époque (aux environs de 2009), sur la version iTunes, ils m’ont credité sur « Memory », mais sur la version mp3, sur la tracklist de l’album, j’apparais bien sur « Nouvelle Génération ».

M : A quel moment justement vous avez décidé de former un duo, Kila Kali et toi ?

O : Pour t’expliquer brièvement notre histoire, Kila et moi, nous nous sommes rencontré au lycée, nous sommes tombés dans la même classe. Il s’avérait qu’il faisait du rap de son coté, et moi du mien. On a décidé un jour de faire un morceau ensemble, puis on en a fait un deuxième, puis un troisième… On a vu que ça collait bien donc on a décidé de faire une mixtape en commun, ensemble. On a commencé à enregistrer la mixtape, et au fur et à mesure, on a remarqué qu’il y avait des automatismes qui s’étaient créés, des habitudes aussi, puis tout naturellement c’est devenu un groupe.

M : Mais à l’époque, en 2007, t’avais quand même sorti un solo si je ne me trompe pas.

O : C’est ça, mais c’était avant de me mettre avec Kila Kali, quelques mois avant. J’avais sorti une net-tape qui s’appelait « 16 Mesure Express ». C’était un concept en fait, il fait une vingtaine de titres, et dans chaque titre, je posais que des 16 mesures.

M : T’étais quand même jeune à l’époque, t’avais 15-16 ans. Sortir un projet à cet âge là, c’était quand même assez rare…

O : Ouais mais tu sais, j’étais très productif, donc c’est pour ça que j’ai sorti un projet directement.

M : Pourquoi avoir décidé de partir en solo maintenant ? Continué sans Kila Kali.

O : Ca s’est fait naturellement en fait, comme la formation du groupe. Arrivé à un moment, je pense qu’on arrivait aux limites des collaborations. Il tirait à gauche, je tirais à droite, on n’avait plus les mêmes perspectives au niveau artistique. Il voulait faire un type de musique, moi je voulais en faire un autre, du coup on a décidé chacun de partir de son coté.

M : Moi personnellement je t’ai connu en 2011, avec le clip "Nouvel Air" avec Kila Kali et T-Killa. Et justement, à la fin du clip, ya un mec qui tente un switch, vous coupez au moment même où on allait voir s’il met le panier ou pas. J’imagine qu’il l’a pas mis si ya eu coupure…

O : Ah non, il l’a pas mis [Rires]. Il l’a pas mis du tout…

M : En plus ça se voyait il était concentré, il avait la pression…

O : [Rires] Ah non, il l’a pas mis, on était obligé.

M : Pour revenir à notre époque… En 2015, t’as sorti 2 projets en moins de 4 mois : « La Machine Vol.1 » en août et « Verum » en décembre. Pourquoi avoir décidé de sortir ces projets aussi rapidement ?

O : Déjà, « La Machine Vol.1 », c’était un pack on va dire, j’avais réuni plusieurs freestyles que j’avais sortis les mois précédents, il y en avait à peu prés 7 ou 8, que j’ai réuni parce qu’on me les réclamait en mp3 dans les réseaux sociaux, et j‘ai rajouté des inédits, ça a fait un projet et je l’ai sorti sur HauteCulture, ça s‘est bien télécharger à l’époque. Et en parallèle j’étais en train de bosser sur « Verum », que j’ai lancé quelque temps plus tard. Je l’ai enegistré en 6 mois, j’ai pris mon temps. Je mettais des sons, je les enlevais, j’ai vraiment pris mon temps. 6 mois je trouve que ce n'est pas mal pour un EP.

M : « Verum » en latin veut dire Véritable. Pourquoi ce titre justement ?

O : Parce que ma musique est basé sur ça, j’essaye d’être le plus vrai possible dans mes propos. Par exemple si je dois dire dans un morceau que je suis faible, je le dirais. J’essaye d’être le plus honnete possible quand j’écris.

M : J’t’avoue un truc, à la base je lisais Venum.

O : Vénum ?

M : Ouais. Donc quand j’ai écouté l’EP et remarqué aucune référence au méchant de Spiderman, j’étais déçu [Rires]

O : [Rires] Non gros, c’est Vérum, c’est Vérum.

M : T’as justement clippé le dernier son de l’EP qui s’appelle "Véritable", dans ton pays d’origine : les Comores. C’était important pour toi de tourner un clip là-bas ?

O : Pour moi c’était important parce que je le prône, c’est chez moi. Et tu sais, le fait de clipper là-bas ça donne beaucoup de plaisir aux habitants. Pendant le tournage, les gens étaient contents, étaient joyeux, et c’est pour ça que ça me tenait à cœur d’aller tourner là bas. J’avais tourné à la même periode que Sultan tournait son clip « Je viens d’en bas », mais je l’ai sorti plus tard car j’étais resté beaucoup plus longtemps au bled, et après le montage s’est passé ici.

M : Dans les 3 premiers sons du EP, le thème de la trahison revient souvent. Tu te présentes comme un solitaire, même un peu plus quand dans « La Machine Vol.1 »…

O : Bah comme je t’ai dit, devant la feuille c’est mon ressenti, j’essaye d’être le plus vrai possible, et ce sentiment c’est ce que je ressentais à l’époque où j’enregistrais ces 2 projets. Du coup, c’est bien que tu me le dises parce que c’était vraiment ce que je vivais à l’époque.

M : Dans « Le Deal » avec Bess, tu abordes le thème de la rupture, qui est un sujet assez rare dans le rap français. Donc je te le demande : ecoutes-tu du zouk ?

O : [Rires] Non, jamais. [Rires]. J’pense que c’est la seule musique de je n’écoute pas. Pour revenir au son, c’est une histoire totalement fictive. Enfin… la première partie, quand la meuf se plaint être délaissé, c’est un peu du vécu car quand j’étais un couple, on me reprochait de ne pas être souvent là, par rapport à la musique, par rapport aux enregistrements, ça faisait partie des reproches qu’on me faisait. J’ai décidé d’aborder ce thème dans le morceau. Après, j’ai poussé le délire encore plus loin en parlant de rupture dans le second couplet.

M : On va parler du son "Wesh" avec Sultan, tu dis que rapper comme Migos c'est trop facile, Sultan dit qu'il aime pas trop la trap, et Rohff en interview dit qu'il a pas rappe 15 ans pour reprendre le flow de Migos. Vous vous rendez compte qu'on va croire que les comoriens détestent le rap d’Atlanta ?

O : [Rires] Peut-être les gens vont le croire, mais moi en vrai j’aime bien la musique de Migos, c’est même pas une attaque. C’est une remarque en fait, comme on peut en faire tous les jours. A l’époque où le morceau est sortie, 97% des rappeurs français reprenaient le flow des Migos. C’est même pas méchant, c’est juste une remarque comme une autre.

[On parle après des comoriens et de leurs amours pour le rap californien, je suis à 2 doigts de taper des pas de C-Walk et de faire des signes bizarres avec mes doigts]

O : Moi, de base, j’écoute beaucoup plus le rap de la East Coast. J’ai été bousillé par Mobb Deep. Après, comme je t’ai dit, j’ai rien contre Migos, c’est de la musique de j’écoute. Moi je vise juste les gens qui rappaient comme eux.

M : Ca tombe bien car tu dis dans le son que t’es plus rap du Queens que la Trap.

O : Moi, j’me suis pété au rap du Queensbridge, j’adore Mobb Deep, Infamous Mobb et Nas. C’est ma base ça, c’est mon école.

M : Ca me fait penser qu’un autre rappeur justement à New York s’appelle La Machine : c’est Conway The Machine, de Griselda Record. Ya moyen de faire une connexion là.

O : Ah ouais ? Bah pourquoi pas.

M : En parlant de collaboration, dans la mixtape « La Machine Vol.1 », il y a un beatmaker qui a produit une bonne partie du projet, c’est 2050 Beat. Il a notamment travaillé avec Sofiane (qui a produit Savastano), PSO Thug ou encore DTF. Comment vous vous êtes mis à travailler ensemble ?

O : Je l’ai rencontré sur internet. J’ai écouté ce qu’il faisait, j’lui ai envoyé un message, il a aimé ce que je faisais aussi, du coup ça s’est fait tout naturellement, puisqu’on a les mêmes influences, on a les mêmes manières de penser par rapport à la musique… Du coup après ça a collé directement. La connexion était totalement naturelle. Il m’envoyait des prods pratiquement tout les jours, et c’est pour ça que tu retrouves beaucoup de ses instrus sur mes projets. Parce qu’il a pas produit que dans « La Machine Vol.1 » mais aussi dans « Verum », il a placé beaucoup de prods dans ce projet.

M : Ya 2 phases dans "Brille" qui m’ont interpellés et que j’aimerai qu’on développe : à un moment, tu dis « j'ai l'african credibility, nique celle de la street »…

O : Ouais, parce que je m’en fous de la street credibilité, ça m’apporte rien… A mes yeux. Après pour d’autres c’est peut-être important mais pour moi, l’african credibility est plus importante, car je suis né au bled, donc pour moi, c’est ce qui est plus important. Par exemple, je me reconnaissais et écoutais beaucoup Alpha 5.20, qui se revendiquait clairement venir d’Afrique. D’ailleurs, VIVRE ET MOURIR A DAKAR c’est un des meilleurs albums du rap français pour moi. Dans les discours et les principes qu’il degageait, je me retrouvais beaucoup.

M : D’accord. Tu dis aussi qu’"un homme sans opinion reste un homme sans identité"…

O : Oui.

M : Si on doit remettre dans le contexte actuel, avec l’affaire Adama Traoré (paix à son âme) et de Théo, tu penses justement que les rappeurs devraient donner leurs opinions et dire clairement leurs positions sur ce genre de d’histoire ?

O : Ca dépend de ce que tu penses sur ce sujet. Après, moi j’pense que les artistes qui sont bien exposés, ce sont des hauts-parleurs du ghetto, comme a pu dire Sofiane dans une interview. Donc c’est à nous, qui venons des quartiers, qui devons parler de ce genre de chose, parce qu’on a un grand auditoire, il y a beaucoup de gens qui nous écoutent. Et donc c’est important qu’on parle de ce genre de chose, que ça ne se noit pas dans les multitudes d’informations qu’il peut y avoir.

M : Parlons de « La Machine Vol.2 » que nous venons d’écouter. J’ai remarqué que au niveau des prods tu t’es plutôt diversifié. Par exemple « C’est maintenant » fait très afro-trap. Ce qui n’est pas péjoratif…

O : Oui car depuis mes débuts je suis un rappeur qui fait de tout... À un moment je m’étais enfermé dans un créneau très dark queens bridge parce que j’étais en groupe et automatiquement il faut faire des concessions, mais en vrai moi je suis un rappeur tout terrain, dés qu'une instru me parle je la "tabasse" [Rires]. Je n'ai aucun problèmes avec les styles. Dans le projet je voulais montrer ces facettes un peu cachées de mon art.

M : Il y a aussi « Waves » qui ressemble à de la cloud…

O : Oui c'est ça... encore une fois l'instru m'a parlé et je suis parti en studio, et tu sais c'qui est bizarre c'est que c'est l'un des morceaux qui revient le plus lorsque je fais des sessions d'écoutes de la mixtape.

M : En regardant la tracklist, j’ai remarqué que les freestyles que t’avais fait pour Daymolition sont aussi présent. Comment s’est faite la connexion avec eux justement ?

O : C'est super simple je connais un des membres de leur équipe depuis super longtemps... j'ai eu l'envie de faire un freestyle chez eux je lui ai envoyé un message et ça s'est fait la semaine d'aprés ! Big à lui d'ailleurs il va se reconnaitre.

M : Dans "Illusions", dés le début tu dis que la musique pour toi à la base était un oxygène et que maintenant, c’est elle qui t’asphyxie. Cela voudrait dire que la retraite est pour bientôt ?

O : Comme j'ai dis dans "Enfant du soleil" "le rap a parfois des allures de corvée", ça prend beaucoup de temps même à notre petite échelle. Des fois je craque j'aimerai sortir avec mes potes ou avec Madame quand il y en a une (rires) mais j'peux même pas car j'ai studio ! Mais pour répondre à ta question je ne pense pas que la retraite soit pour maintenant j'aime beaucoup trop le rap et j'ai encore beaucoup de choses a prouver a faire dans la musique.

M : On arrive bientôt à la fin de l’interview, je vais donc te demander quels ont été tes influences ? Les artistes ou les albums qui t’ont donné envie de rapper.

O : Déjà, au bled, le premier rappeur que j’ai écouté, c’était Cheikh MC. Big up à lui d’ailleurs. Après, le premier vrai album que j’ai écouté c’est « Nastradamus » de Nas, et ce qui m’a vraiment mis une gifle c’est « La Fierté des Nôtres » de Rohff.

M : Et qu’est-ce que t’écoutes en ce moment ? S’il-te-plait, fais pas le rappeur français qui dit ne pas écouter de rap français, ça me fait mal d’entendre ça…

O : Si, bien sûr que j’écoute du rap français. J’aime beaucoup Dosseh, Sofiane, Sadek aussi. Après les comoriens du game aussi :  Rohff, Sultan, Croma, Soprano, Alonzo…

M : Même 3010 ?

O : Ouais, ce qu’il fait ça me parle.

M : (se gratte la tête et fait une grimace)…J’ai vraiment du mal.

O : Ouais mais moi j’aime bien. J’écoute vraiment de tout. Après en rap américain, j’reste sur mes bases : Mobb Deep, Nas, j’écoute beaucoup The Game aussi, Rick Ross, Meek Mill, Drake, euh… Tory Lanez j’aime beaucoup ce qu’il fait.

 

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Aussi disponible :

- La Machine Vol.1 : https://www.hauteculture.com/mixtape/6587/ou2s-la-machine-vol-1

- Verum : https://itunes.apple.com/fr/album/verum/id1061142778



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