Bootleg Siboy

Siboy : Bootleg Marabout en attendant Spécial

Remarqué par les amateurs de rap à partir de fin 2014, Siboy, le rappeur cagoulé le plus violent du rap jeux, a frappé fort pendant quelques mois en sortant freestyle sur freestyle via la désormais classique chaîne youtube Daymolition ou celle de son clippeur  James Cam'rhum. Dans ces vidéos à la mise en scène minimale (qu'on qualifiait encore il y a peu de street-clip), on voit le rappeur né au Congo faire preuve d'une rage infinie, développant clip après clip une gestuelle bestiale, saccadée, enchaînant des dabs improbables comme s'il était victime d'un sortilège vaudou (marabout !). Puis en avril 2015 il signe sur le label 92i de Booba. Après quelques morceaux montrant une rapide évolution (Barbarie, Exécution et Ennemi) et deux énormes banger, Mollo et Fucked up, en feat avec Juicy P pour l'un et avec Cahiips et Gradur pour le second, le rappeur originaire de Mulhouse disparaît de la circulation. Stupeur et frustration emplissent le petit cœur des adeptes de sa trap sauvage (pas de maladresse !).

 
Il déchaîne à nouveau les enfers plus d'un an plus tard (grosse gaaaaarce !) en sortant ce qui semble être le premier extrait de son tant attendu premier album (en fait non), Éliminé, puis enchaîne avec Mula un featuring au refrain très efficace, obligeant le Duc de Boulogne à sortir de son confort et à lâcher un vrai couplet. Son album est enfin annoncé, il sort le 30 juin prochain et a pour nom Spécial (ou Trap Life, comme vous voulez). Afin de se mettre en bonne condition physique avant ce choc thermique musical en approche (trap !), j'ai rassemblé tous les feats et freestyles du gaillard ainsi que quelques sons plus anciens (2011-2012) dans le bootleg mixé que vous trouverez plus bas.

 
Si vous n'avez jamais écouté du Siboy (bon déjà vous avez raté un vrai truc mais je vous pardonne parce que 1) vous lisez mon article et que 2) vous allez forcément devenir accro à cette trap de barbare aussitôt après), permettez-moi de vous présenter succinctement (c'est trop tard) ce joyeux drille. Pour faire plus simple on va le comparer à l'autre rappeur cagoulé du game, qui a d'ailleurs émergé pendant son absence et que vous connaissez forcément : Kalash Criminel. Bon, c'est sûr que la comparaison est foireuse, paresseuse et super attendue mais de vrais journalistes rap (ceux qui ont un compte twitter certifié, les bâtards) la font aussi, donc je vais me le permettre (et si vous n'êtes pas d'accord voilà ce que j'en pense). Pour rythmer le tout je vais faire des ad-libs tout au long de mon article à la manière de Siboy, qui ponctue tel le grand Alkpote (d'ailleurs j'ai fait un double-bootleg des sons hors-album de l'empereur, allez l'écouter bande de putes) ses couplets de sympathiques invectives telles que "enfoirés", "grosse garce", ou de "Marabout", en référence à son crew Marabout Gang et au label Marabout Music qu'il avait entrepris de monter. J'ai d'ailleurs également utilisé ce procédé dans mon mix (ainsi que dans les précédents) afin de créer une sorte de cohérence globale, même si cela énerve certains auditeurs (enfoirés !). Mais bon vous l'aurez compris, à l'écrit comme dans mes mix je fais carrément mon truc comme je le sens (gang's !).

 
Du coup pour débuter cet amusant comparatif Siboy/Kalash Criminel (oui oui je vais vraiment le faire bougez pas), restons sur les ad-libs : en plus de ceux déjà cité, Siboy a souvent usage du désormais mythique "pas de maladresse !" quand l'autre rappeur cagoulé préfère des gimmicks plus simples tels que "sauvage", "sauvagerie", "Oyoki" et autres "ta-ta-ta !". Oui à l'écrit c'est assez chelou, c'est le but (trap !).

 
Les deux sauvages cagoulés du game posent la plupart du temps sur des prods trap, Siboy rappe souvent sur ses propres beats (bien qu'il n'en ai produit aucun pour son premier album) alors que Kalash Criminel collabore avec des producteurs. Pas mal d'instrus présents dans le bootleg ont été composés par Siboy, ils sont identifiables à son tag "We live in a special kind of space". Comme tous les trappeurs (ou trapézistes), Kalash et Siboy ont des textes très egotrip, le Mulhousien va tout de même plus loin en pratiquant une forme d'arrogance hyper assumée, comme dans Kiubb 2 : "Du trap, j'en fais, j'vous baise, et ça vous plaît" ou Mirinda : "Masta j'te l'ai déjà dit, j'suis pas au max de mes capacités". Cette affirmation de soi peut prendre aussi la forme d'un positionnement politique : "L'état j'm'en tape, c'est pour moi que j'veux militer" (Doué).

 
Comme son homologue encagoulé (et 99% des rappeurs), Siboy aime à parler de ses ennemis et autres haters : "Si Facebook avait le mode ennemi, j'aurai plus de 100 000 demandes d'ajout", "On m'a dit baiser ses ennemis, c'est rentable" (Mirinda), "Mes ennemis me soupçonnent de vaudou, cagoulé avec un boubou" (dans Exécution), et bien sûr n'oublions pas l'entêtant refrain du morceau Enemy : "J'ai beaucoup d'ennemis, Mama j'ai beaucoup d'ennemis..."

 
Il partage également avec lui un talent dans une forme d'écriture simple, spontanée, faite de lignes efficaces, souvent courtes : "Quand j'baises, j'suis happy comme Pharrell Williams" (Mailler) ou le fameux "Détruire pour reconstruire, quoi, t'as cru que j'étais portuguais ?" (Barbarie). Il tombe parfois dans la facilité : "J'vais faire un tabac, comme les buralistes", mais il se rattrape par des lines plus inattendues comme "Nous tout est carré, comme Laure Manaudou" (Fucked up). Ce sens de la formule qu'il dit pratiquer sans aucun calcul fait jaillir pas mal de fulgurances comme la punch "J'veux baiser des jumelles, negro comme Oussama" présente dans Kiubb 3. Le marabout de Mulhouse fais beaucoup plus souvent preuve de cruauté que Kalash, comme dans Mailler : "Si réversible negro est ta veste, j'espère qu'électrique negro sera ta chaise", Mollo : "J'baises l'infirmière qui vient te soigner" ou dans Exécution avec le désormais classique "Tuer sans la torture, je trouve c'est du gâchis".

 
Bon là je me rend compte que je vous ai pas mal parlé de l'écriture du bonhomme (pas de maladresses !), du coup je n'ai pas encore évoqué une caractéristique qui a son importance : l'interprétation. Alors que le Sevranais a acquis ses lettres de noblesses en rappant nonchalamment, avec calme, posant sa voix sans se presser sur le beat (même s'il fait preuve d'une certaine fureur dans les ad-libs que j'ai évoqué précédemment), Siboy déverse sa rage dans le micro sans s'empêcher quoi que ce soit, c'est pour lui comme une forme d'exutoire.  Bien qu'il rappe de façon énervée dans la plupart de ses sons il affirme ne pas répéter de formule définie et qu'il peut interpréter ses morceaux de multiples façons, selon son humeur. Il arrive souvent qu'il varie les intonations de sa voix : dans Mirinda elle se fait désespérée, presque plaintive. Dans d'autres morceaux (dont le trio Low/Jia/Lelo qui s'enchaîne dans mon mix) elle est plus calme, permettant de rendre le texte plus intelligible, d'aborder des thèmes moins egotrips.

 
En effet, comme l'autre rappeur cagoulé du 93 (trap !), Siboy aborde parfois, le temps d'une ligne ou d'un couplet, des sujets plus politiques (avec le très succinct "l'Afrique, l'Europe, tout ça ne me semble pas fair-play" dans Kiubb 2 par exemple) ou personnels : "Si je crie dans mes chanson, c'est le cœur qui parle" (Exécution), "Le respect c'est mieux que la monnaie : impossible d'le voler" (Lelo). Les rares fois où le thème de la religion est abordée (on se souvient de cette énorme line de Kalash), les punchs touchent juste, comme dans Doué par exemple : "Pas de religion dans la musique, phrase à méditer", "Les rappeurs j'vous croie pas, sur ça je suis athée". Le membre du 92i évoque par brèves allusions son enfance : "Au Congo le Père Noël est mort, depuis le début/ Les cadeaux qui venaient par la cheminée, c'étaient des obus" (Mollo), "Connu la guerre, le bruit des armes dorlote/ Mon cœur un vaisseau, et il y a peu de place à bords" (Fucked Up). Bien qu'il pratique une forme de trap très egotrip où il est bon d'exacerber sa puissance virile (gang's !), il n'hésite pas à dévoiler ses doutes, son rapport à la mort, comme dans Jia : "On fait tous l'erreur de répondre, quand la mort nous appelle en inconnu" ou Mailler : "La mort vient toujours après la fête". Il parle également de ses responsabilités, assumant ses motivations bassement pécuniaires : "Mes negros comptent sur moi, mon futur compte sur le biff de la SACEM" (Barbarie), "Tous victimes du système, il faut taffer, pour être quelqu'un, je regrette mon enfance à chaque pépin" (Jia), et en dit plus sur sa vie privée "J'ai un marmot sur le dos, pour lui j'ai mis la cagoule sur la tête" (Mirinda).

 
Pour finir avec cette comparaison on remarque que nos deux rappeurs viennent du Congo, ce qui se retrouve un peu dans leur musique puisqu'ils émaillent leurs couplets de phrases en lingala, Siboy rappant également une bonne partie des refrains de Lelo et de O'Yebi en cette langue.

 
Voilà, on peut dire que j'ai fait le tour de la comparaison entre les deux rappeurs cagoulés ayant émergés ces dernières années en France. Bon, j'avoue que c'est un peu laborieux (pas de maladresses !) et que certains rapprochement sont un peu faciles (trap !), mais au moins vous voilà bien rencardés sur Siboy (bien que je doute que vous ne le connaissiez pas si vous traînez souvent sur ce site), et ça m'a permis caser un max de grosses lines du bonhomme (sorry pour le spoil les gars). Trêve de bavardage (enfoiré !), la musique !

 

 

TRACKLIST :
Siboy - Mailler (Intro)
Booba - Zer feat. Siboy
Siboy - Exécution
Siboy - Mirinda
Cahiips - Fucked Up feat. Siboy
Keydou - Keydou'ble violence lyrikale feat. Siboy (Interlude)
Siboy - Enemy
Siboy - Low
Siboy - Jia
Siboy - Lelo
Siboy - Morceau inédit (Interlude - fin O'Yebi)
Siboy - Doué
Siboy - Kiubb 3
Siboy - Ouragan
Siboy - Barbarie
Juicy P - Mollo feat. Siboy
Siboy - Morceau inédit (Interlude - début Mirinda)
Freestyle Frenchman - Konbini
Siboy - O' Yebi
Siboy - Crazy
Siboy - C'est faux
Siboy - Kiubb 2
Siboy - Kiubb 4
Cahiips - Maudit ou béni feat. Siboy
Siboy - Morceau inédit (Interlude - fin Kiubb 2)
Siboy - Kiubb 1
Siboy - Pas de maladresse (Outro)

Le bootleg est disponible en téléchargement, découpé piste par piste ici !

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