captchabilan2017

Le méga-bilan rap français du premier semestre 2017

Avec la plupart des bêtes de foire de Captcha Mag :
Iron Sy
Alkpote
Triplego
Zuukou Mayzie
Kekra
Jason Voriz
Jorrdee
Criminls
Rekta
Rochdi
Prophecism
Despo Rutti
Eloquence
FK
Riski / Metek
H3RY LUCK
Kalash Criminel et Douma
Jok'Air, Laylow et Nusky
Ahmad
Sch
Virus
Jul
Mowgli
Willow

Iron Sy, massacre à la tronçonneuse vocale

 


L’auteur de ces lignes l’avoue difficilement : il ne connaissait pas l’existence d’Iron Sy avant son projet avec Dj Weedim, Question de générations, peut-être, d’affinités, sûrement. Et pourtant cet EP dense, mais éreintant, est un incroyable projet, sans temps mort et temps faible. La voix d’Iron Sy, caverneuse, d’une gravité et d’une violence prégnantes, s’adapte parfaitement aux mélodies simples et circulaires de Weedim. En résulte six titres noirs, sans compromis, où le sens de la formule du rappeur, pleine d’aphorismes brutaux et à la technique irréprochable, explose bruyamment et avec fracas la zone de confort de l’auditeur. 17 minutes qui semblent faire à la fois cinq et mille, où la bicrave routinière se conjugue avec un rap de pur divertissement égotiste. Un parallèle avec Isha pourrait être tracé aisément, et on ne peut qu’espérer que les chapitres ultérieurs sauront rendre justice à ce rap finalement en disharmonie avec les canons actuels, et pourtant d’une contemporanéité à toute épreuve. Amadou Malick Chapitre 1 est une parfaite porte d’entrée...pour regarder dans le rétroviseur et (re)découvrir la carrière d’un vétéran toujours dans la bataille.

Clément Apicella

13 à la douzaine

J'aurais bien aimé qu'Alkpote fasse trois Marches de l'Empereur supplémentaires parce que ça aurait fait une saison en 13 épisodes comme la première, mais le problème c'est que vos rappeurs du top Itunes ont peur de se faire déclasser.

Genono

Triplego, 2020

2020 est le dernier projet sorti par le duo montreuillois Triplego, après avoir publié Eau calme et Eau max. Les gars de Montreuil continuent sur leur lancée, et se projettent dans le futur, à l'ombre des têtes d'affiche actuelles. C'est d'ailleurs un bien mauvais procès que de les associer à PNL et à ce que l'on nomme le "cloud rap". L'univers de Triplego est en vérité plus liquide que cotoneux. Les productions de Momo Spazz associées à la tonalité caverneuse de la voix de Sanguee créent cette atmosphère si particulière de lenteur, de pesanteur, d'obscurité. Idéal pour aborder sereinement une journée chargée et pressée : sous perfusion d'un casque et d'un mp3, le rythme cardiaque ralentit et chaque pas demande un millier d'années. Et derrière ce sentiment de paix produit, peut-être se prépare à surgir le dernier souffle. "Blanche blanche colombe n'est plus si blanche."

Vladeck Trocherie

Zuukou Mayzie et le syndrome de Peter Pan

Pour comprendre l’album Disneyland du membre du 667, il suffit de s’en remettre à la pochette : au premier abord, l’univers est coloré et enchanteur mais en second plan, à l’intérieur des murs du château, un enfant roi rumine. Zuukou signe là un beau projet sur l’acte de grandir avec une ambiance sucrée et douce-amère que l’on retrouve contrastée par quelques productions déconcertantes où la notion de bpm n’a plus de sens : Zelda Eurodance vol. 2 ou encore Tinder. Prenez garde toutefois si vous pensez avoir affaire à du rap d’adulescent générique. À la douceur apparente de Zuukou se mêle suffisamment d’étrangeté pour se permettre de ne pas être si catégorique. À destination de tous ceux qui feraient Danse avec les Stars juste pour frotter Alizée.

Hachill YS


Kekra - VREEL 2

Début 2016, "Pas Joli" est un petit séisme dans la sphère rap. Relayé par des sites comme Générations, Abcdrduson, Noisey ou OKLM Radio, Kekra commence à se faire connaître petit à petit après ses 2 tapes gratuites (FB1 et 2). VREEL est un véritable succès d'estime, au point de le mettre dans les meilleurs albums de l'année 2016, inversement proportionnel à ses chiffres de ventes mais apparemment qui satisfait tout à fait l'intéressé. Le 3eme volet de Freebase suis dans la même année, avec comme single Samosa et Roll Deep Style, histoire de nous faire patienter en attendant VREEL 2.

31 Mars de l'année 2017, le disque sort, et c'est un véritable ovni, pour plusieurs raisons : dans un premier temps, Kekra fait toujours preuve d'humour (et on en a bien besoin vu les temps qui courent), comme dans l'interlude de Hilguegue, "ils rêvent d'avoir mes idéaux, demandes au valche dans ma vidéo" dans Family, ou encore "T'as 40 ans, tu fais des dabs ?" dans Styliste; ensuite, les prods, beaucoup plus variés par rapport à Vreel premier du nom, sont choisis au petit oignon, Double X (qui ont notamment travaillé avec Damso, Kalash Criminel, Niska ou encore Lacrim) produisent plus de la moitié du disque avec brio, et les Picards Brothers sont à l'origine de 2 véritable bangers que sont "9 Milli" et "J'suis là pour..."; de plus, un mois après la sortie de la version digitale 12 titres, 5 sons bonus se sont rajoutés dans une version deluxe disponible en physique à notre plus grand bonheur; enfin, l'album a été défendu par Kekra pendant une semaine sur Skyrock, l'occasion pour que les fans d'Aya Akamura et consors écoutent enfin de la bonne musique 1h pendant 5 jours. On voit le bonheur où il y en a.

Golgoseize

Jason Voriz aime la vente de drogue

La bedaine moulée dans le maillot du Napoli, fin avril Jason Voriz débarque avec son nouveau clip ''Philanthrope''. Titre extrait du futur album ? Clip inédit balancé entre deux projets ? Aucune indications.
Tout ce que l'on peut constater c'est que la première livraison après la mixtape Trap Manstrr est très lourde. Sur une prod. minimaliste à souhait de Cody MacFly le zin du 06 est brillant. Un refrain entêtant qui glorifie la revente de stupéfiant, et un clip tourné au cœur de la Zaïne à Vallauris. Tout est ici de très bonne facture.
Mais le plus flagrant reste cette progression. A chaque fois que Jason Voriz publie un clip le résultat est de plus en plus marquant. Et l'alchimie entre MacFly et l'amateur de Chang Beer ne fait que croître. On se plaît alors à imaginé un album chapeauté par Cody parsemé de deux, trois productions du duo G Snype/Frencizzle (s/o ''Winston Wolf'')...

Crem

Jorrdee, un adieu (?) entre deux feux

Figure éminemment complexe de la sphère du rap français, Jorrdee a toujours fait de la surprise, de l’éphémère et de l’effacement sa marque de fabrique. Sa poésie sibylline, grinçante et arrachée, a toujours naviguée entre tubes exigeants (Rolling Stone en étant le paroxysme) et expériences misanthropes (on ne compte plus les projets fascinants mais abscons sortis, puis effacés). L’hyperactif lyonnais a donc profité de la nouvelle année pour sortir deux albums comme deux synthèses parfaites -time is a flat circle-, qui bouclent et ouvrent à une autre voie. Premier opus : « Avant ». Si le projet n’est pas irréprochable, il représente une belle percée un peu plus grand public, porté par une interprétation plus franchement chantée, comme sur le refrain de l’entêtant California ou sur la complainte inaugurale (l’une des plus poignantes chansons de Jorrdee), Mamen. Les moments de grâce distribués sur l’album laissait penser à une refonte de l’échiquier, et que le fou bête de foire de Captcha Mag se muerait en roi de la pop-rap gothique. C’était sans compter sur le côté imprévisible à la limite du kamikaze de Jorrdee. Un mois plus tard, sort « Belle de jour », un projet débridé, retors, sombre et pour tout dire assez inécoutable, où Jorrdee pousse clairement son dernier soupir de dépit et son dernier râle de créateur, lui qui a dit avoir peaufiné ici son ultime album. Ainsi va la vie de Jorrdee, tout à la fois autiste génial, musicien de bric et de broc, figure fantomatique mais précurseur, qui n’aura jamais trouvé la place qu’il n’a jamais cherché, et qui laisse (peut-être, un revirement subit n’est pas à exclure) un vide pour l’auditeur tenté de se pencher d’un peu trop près dans l’abysse bouillonnant, jamais fade, d’un véritable artiste total.

Clément Apicella

Criminls - Tarantino

Le 93 a toujours été un vivier de talents, et le 3/4 du temps sous-estimé ou totalement inconnu, passant sous les radars. C'est le cas la seconde mixtape de Criminls, "Tarantino". Ce jeune rappeur de Drancy nous fait profité d'un 6 titres pleins de violence, de réalité cru, au sonorité trap assez sombre, plus proche de Memphis que d'Altanta. Pendant 25 minutes, on a l'impression d'être dans un entrepôt où Criminls serait en train de torturer un mauvais payeur à coup de lame de rasoir tout en étouffant les cris de douleurs avec des prods de DJ Squeeky en boucle. Ce qui n'est pas une image déplaisante.

Golgoseize

Rekta : Profession PIMP

Fidèle à ses influences, le dernier album de Rekta, Hustle Life, propose à l’auditeur un circuit dans les rues crasses de la Cité des Anges, entre Long Beach et Compton. Au programme : G-Funk, vie de PIMP etjantes chromées. Pour l’accompagner, Rekta s’entoure d’authentiques gars de Los Angeles: RBX (cousin de Snoop Dogg, passé entre les mains de grands labels californiens comme Aftermath, Death Row), des fils d’Eazy-E (Lil Eazy-E et Baby Eazy-E – ce genre de blaze ne s’invente pas) ou encore Tray Dee. Côté français, on y retrouve également son comparse Twareg et même Seth Gueko avec qui il signe l’un des hits du projet.De par l’ambiance obscure de certains morceaux, l’album propose davantage qu’une musique d’été débordante de clichés. Au contraire, Hustle Lifes’inscrit en dur dans la pure tradition West Coast. La PIMP life n’attend que vous !

Hachill YS

Rochdi, Mélodies de la cave : les cavus du couvent

Le projet a été enregistré, selon son auteur, entre 2003 et 2007. Il a donc entre dix et quinze piges. Rochdi nous sort son millésime, et on approuve à la dégustation (la métaphore est facile, mais toujours efficace). On s'abîme dans l'univers rochdien. On tombe de Charybde en Scylla, et on chavire à chaque syllabe sous le raz-de-marée constant de métaphores et de références nouvelles.

"Enivrez-vous les amis !" Voilà l'injonction rochdienne. Entre narration précieuse, et ciselage hardcore (moins hardcore cependant que les projets plus récents du rappeur) , il s'agit de relier la Sorbonne et la rue Chevaleret. Voilà donc près de vingt ans bientôt que le rappeur du 13ème s'échine à creuser son boulevard.

Vladeck Trocherie

Prophecism – Glitch Theory

Des projets de beatmakers sur Soundcloud, il en existe pléthore. Alors pourquoi Glitch Theory plus qu’un autre ? D’abord parce que le EP s’ouvre sur les sifflements d’Elle Driver dans Kill Bill, ce qui devrait déjà en soi achever de vous convaincre, et aussi parce que contrairement à la majorité des projets de ce genre, Prophecism a été assez malin pour y incruster du rap sur certains morceaux, là où d’autres privilégient le 100% instrumental souvent lassant. Non seulement Prophecism a beaucoup de talent, mais en plus sa bio Soundcloud le rend très attachant de par sa candeur : « Please, don’t steal my beats ». Comme si les rappeurs en avaient quelque chose à foutre.

Hachill YS

Le coeur dans les mains, jusqu’à la nausée

J’aime tellement la musique de Despo Rutti que je n’arrive à en parler qu’à la première personne, et sans filtre, sans mesure. Un an après le grande cicatrice béante Le coeur dans les mains devait poursuivre la folie créatrice d’un artiste aux failles touchantes, bouleversantes même. Résultat, un album honteux d’indécence, avec une seule chanson à sauver (Nuance, qu’on dirait une chute des Sirènes), et beaucoup à jeter, entre slam insupportable, paresse d’écriture, instrus d’une faiblesse inédite et intimité dévoilée jusqu’au malaise. Je ne sais pas si Despo est fou, en tout cas, il manque sans aucun doute de discernement artistique. Et c’est bien pire.

Clément Apicella

Despo Rutti ou la chute du prophète

Majster était un disque grandiose. Il s’agissait d’une œuvre sainte, à l’instar d’une bible musicale. Despo s’y posait en prophète transmettant la parole divine. Les propos ésotériques et conspirationnistes délivrés par le rappeur avec sérieux lui ont porté préjudice et peu d’auditeurs ont vu en Majster un album écoutable, imaginant sans doute qu’il valait mieux s’en écarter comme pour ne pas justifier les démons de Despo. Pourtant rarement un album qui fait la part belle au divin n’aura semblé aussi humain, à la fois poignant et désolant. Il y a dans cette œuvre dérangeante le même ADN que dans Mémoires d’un névropathe de Schreber où celui-ci racontait de manière autobiographique ses délires paranoïaques, entre lucidité et folie. Un nouvel album de Despo en ce début 2017, intitulé Le Cœur dans les Mains, avait donc de quoi animer les apôtres du prophète. Malheureusement, Le Cœur dans les Mains se révèle être bien moins intéressant que son grand frère en grande partie parce que moins musical. Sur plusieurs pistes, Despo ne rappe pas, il justifie de ses actes en parlant. D’autres fois encore, il invite l’auditeur à épier ses conversations téléphoniques avec une femme à laquelle Despo, garant de la morale, donne des leçons de vie moyenâgeuses. Finalement, ce qui différencie Majster du Cœur dans les Mainsest la manière dont Despo mettait sa folie au service de son rap pour le sublimer dans le premier cas. Or, sur ce dernier album, la musique n’est plus du tout au cœur des préoccupations de Despo, il a simplement choisi comme canal de communication celui par lequel il avait le plus de chance d’être écouté pour transmettre la « sage » parole. Pour autant, l’album n’est pas dénué d’intérêt. Quelques morceaux viennent sauver le naufrage, tels que Le sourire du Joker ou l’excellent Comme un Dali, que tout aficionado de Despo se doit de connaître.

Hachill YS

Elo Chapo

Eloquence... A chaque fois que quelqu'un évoque ce nom une image vient immédiatement à mon esprit ; la pochette du premier N*E*R*D. Rien à voir musicalement mais dès qu'Eloquence se met a poser j'ai l'impression qu'il joue à la Play en claquettes. Tout est tellement facile, le flow coule sur n'importe quel type de prod. Et c'est peut-être un des seuls reproches qu'on peut faire à cette tape, le manque de prises de risque niveau productions. L'influence Zaytoven est un peu trop présente à mon goût (flagrant sur ''Royal'').

Cependant cette collaboration comporte de grands moments. Notamment le premier titre ''Le haut du pavé'', avec son instru épique mêlée à la justesse de l'utilisation de l'autotune. Puis, vient le triplé gagnant ''Larry Bird'', ''Totem'', ''Randy Savage'' (mention spéciale à ce dernier titre aussi efficace qu'une descente du coude depuis la troisième corde).

Fidèle à lui-même, Eloquence livre sans forcer de bons textes truffés de références classiques ayant le mérite de sortir de ce satané triumvirat : Tony, Sosa, Manny.

Crem

Le Rap’n Rolla de FK

A l’instar de Coppola avec The Godfather part.2, FK propose une suite à son Purple Kemet qui soit encore plus réussie que le premier. Si la formule ne change pas, FK apparaît encore plus consistant tout en mariant différentes sonorités. La trap (En Dedans) vient côtoyer les résonnances dance hall (Mamacita) et cloud (Solo). L’album se permet même de finir sur de l’afro trap (TMC 225). Ce melting pot musical aurait pu favoriserl’incohérence du projet et pourtant, au contraire, ce Purple Kemet 2 s’écoute d’une traite sans que les changements d’ambiance viennent gêner l’auditeur. FK étonne tant par sa capacité à chanter sans autotune dans les refrains que par son animalité dans les couplets. En ce sens, il n’est pas sans rappeler Dixon, malheureux grand absent de ce semestre. FK s’impose donc avec ce nouveau projet comme un futur grand sur lequel il va falloir compter dans le futur.

Hachill YS

Le fils de Metek

Perso cette année je retiens surtout les tweets de Riski, qui sont d'autant plus précieux qu'ils généralement éphémères. Ce serait bien de faire un peu plus de musique par contre, histoire de s'inscrire un peu moins dans l'instant et un peu plus dans l'histoire

 

Genono

H3RY LUCK, Force 2

Le rappeur originaire d'Aulnay-sous-bois distille au compte-goutte son talent avec la tetralogie qu'il a annoncé pour l'année 2017. Aujourd'hui, trois des quatre EP promis sont déjà sortis, disponibles sur Haute culture, chacun contenant quatre titres. La recette est travaillée, la formule entrée-plat-fromage-dessert servie par le chef est réussie. Le rappeur sait varier les formes, que ce soit au niveau du chant comme des atmosphères produites. On suit les pérégrinations d'un homme entre deux eaux : trop vieux pour traîner dehors, trop jeune pour la retraite et le confort.

La régularité et la qualité de ses morceaux nous amènent à conclure ceci : c'est un rappeur avec lequel il faudra compter désormais.

Vladeck Trocherie

Kalash Criminel & Douma : les Dushane et Sully du rap français

Pour ceux qui ne comprendraient pas la référence, Dushane et Sully sont les 2 protagonistes de la série anglaise Top Boy. 2 partenaires dans la vente de drogue qui se protègent mutuellement même quand cela n'a pas lieu d'être. Dushane est la tête pensante du duo, et Sully le hoodlum toujours prêt à crosser un renoi qui le matte un peu trop longtemps. Ici, Kalash Criminel et Douma (membre du groupe Bangladesh) sont tous les 2 des Sully. Les natifs de Sevran Rougemont et de Grigny la Grande Borne sont cousins, et partagent une vraie passion pour les coups de coude, de genoux et les écrasements de tête, aussi bien dans leurs textes que dans leurs gestuelles dans leurs clips. Ils ont eu l'occasion de croiser le micro 2 fois en moins d'un an : l'année dernière avec "Makila" (R.A.S) et cette année dans "Nada" (Oyoki). Et les 2 sons sont non seulement les meilleurs sons des projets de KalashCrimi, mais aussi parmi les sons les plus marquants de l'année de leurs sorties. L'alchimie prend directement aux tripes, une telle transmission de violence ne s'était pas vu depuis les 2 sons de DespoRutti et Escobar Macson (2 autres zaïrois, on ne laisse rien au hasard).

En espérant un projet solo de Douma au courant de l'année, on peut patienter en ecoutant le très bon OYOKI de Kalash Criminel, et on milite pour qu'un album en commun puisse voir le jour (et que Douma Kalash sort un album aussi le même jour, la confusion serait totale) avant l'instauration de la VIème République et que l'on trouve une réponse à cette problématique : "Une actrice porno qui fait un enfant, est-ce que pour toi c'est un fils de pute ?".

Golgoseize

Jok’air/Laylow/Nusky: des cris dans la nuit

Trois trajectoires différentes qui se recoupent dans des thèmes communs : la nuit, le cri, le rêve, la douleur, l’amour, puis la joie, le retour, les excès.

Si Jok’air est aux années 2016-2017 ce que Niro a été au début des années 2010, c’est-à-dire l’invité indispensable voleur de morceaux, ici l’ancien soliste du groupe MZ fait entendre sa voix éraillée et éteinte avec une régularité qui force le respect. Sa plume est simple mais belle, et même si ces deux projets sortis dans l’année ne transforment pas l’essai (trop de superflu polluent encore sa langoureuse musique), son charisme et sa palette de chanteur-rappeur devraient le porter vers les sommets tôt ou tard. Sa chanson de l’année : La mélodie des quartiers pauvres, évidemment. Laylow n’a pas sorti d’album cette année, et ses feat sont encore rares. Mais son dernier projet, Mercy, a traversé le calendrier et continue d’essaimer sur son chemin. Rappeur de la rupture, amoureuse, mais aussi de la voix, hors-temps, hors réalité, qui s’expulse difficilement, à la limite de l’atone et du vide, penché vers le nocturne, Laylow est un chanteur élégiaque, qui pleure sur ce qui est déjà parti, sur les chimères, sur les femmes et sur la mort. Romantique et vertigineux, son art est l’un des plus excitants à suivre dans le rap français actuel. Sa chanson de l’année : son couplet dans T’en veux encore, des Alchimistes. Nusky est un peu l’intrus de la liste, en tous les cas pour 2017.Son excellent projet, l’un des meilleurs de l’année, avec Vaati, Bluh, conjuguait l’amour plus au futur qu’au passé, regard vers l’avenir, les enfants et le bonheur. Le rap de Nusky, un peu insolent, fait de blocs d’abstraction et de métaphores étranges, est probablement le plus évidemment poétique des trois. Porté par les productions sautillantes de Vaati, Nusky enroule sa voix comme un serpent autour de la musique, sans jamais entrer en conflit avec elle, rappelant plus les prouesses que peut réaliser Jorrdee au micro que les rugissements de Laylow ou les vocalises de Jok’air. Parti de plus loin niveau popularité, son côté hipster parisien l’a propulsé tout en haut de l’affiche avec un freestyle pour Konbini qui montre parfaitement son renouveau : drôle, survolté, inspiré, mais toujours dans le cri et la mimique, toujours dans les nuages et dans le feu. Sa chanson de l’année : Avec moi, sublime presque chanson d’amour.

Clément Apicella

Ahmad n’est qu’Amour

Avec Perdant Magnifique, Sameer Ahmad touchait le ciel. A chaque projet, la progression du montpelliérain n’a cessé d’étonner, si bien qu’à chaque fois, il faisait oublier l’album précédent, les rendant obsolètes. Problème : après une réussite telle que PM, il était difficile d’imaginer Ahmad faire beaucoup mieux et encore moins depasser Perdant Magnifique aux oubliettes. Pour résoudre l’équation, Sameer Ahmad se fait passer pour un nouveau groupe : Un Amour Suprême composé de Jovontae et d’Ezekiel. Le premier projet, Jovontae EP, est sorti début mars. Si la démarche a de quoi laisser perplexe, il n’empêche qu’Ahmad touche juste. Certes, Jovontae EP ne fait pas oublier son prédécesseur, loin de là, mais le disque est suffisamment costaud pour qu’on attende avec envie l’Ezekiel EP.

Hachill YS

Deo Favente, chaos calme

A7 brillait par intermittence, projet bancal mais formidable. Anarchie délaissait la folie des grandeurs gothique au profit d’une bouillie américaine écrasante, mouroir artistique mais succès de label. Sorti de cette anarchie illusoire, autant dire que l’on attendait avec grande impatience le retour du S. Deo Favente n’a pas déçu. Plus projet matriciel que redite du précédent opus, Deo Favente déploie un éventail d’une diversité infinie, aussi bien au niveau des productions que de l’interprétation. Chanson française, comme dans « La Nuit », zumba endiablée dans « Temps Mort » ou terrifique ambiance mafieuse dans « Slow Mo » sont autant de petites capsules d’un grand ensemble à la fois complètement impersonnelle et d’une prégnance individuelle rare. Si le rappeur se livre beaucoup, sur la mort de son père, sur sa difficulté à gérer le succès, il ne faut pas oublier qu’il s’est construit grâce à une personnalité certes iconique, mais en tout points transformiste, où une ambiance équivaut à un avatar, tantôt dragueur plagiste, tantôt escroc impitoyable. De cette diversité atmosphérique, on pourrait craindre la dispersion, l’aplanissement de son charisme au profit d’une logique mercantile qui muerait chaque morceau en démonstration grand public. Mais au contraire, on y voit ici le remuement assez fantastique d’un artiste qui chamboule son univers de l’intérieur, sans se départir de sa volonté populaire, et qui préfère la remise en question calme et diffuse à la rediffusion perpétuelle des mêmes recettes. Et tout ça, en pompant (involontairement de sa part?) une rappeuse anglaise inconnue au bataillon et déjà oubliée. Preuve, s’il en fallait une, que Deo Favente va bien au-delà des considérations de label, et enterre bien la morgue pleine de déférence de cette Anarchie à jeter aux oubliettes.

Clément Apicella

Les Soliloques de Vîrus

Mettre au pilori Victor Hugo, ce profiteur de misère, argoter tout en poésie, siffler sa haine du monde moderne et de ceux qui se goinfrent de festivités quand d’autres n’ont pour sel que leurs seules larmes,voilà l’objet des Soliloques du Pauvre. Au départ, il s’agit d’un recueil de poésie portant attention au quotidien des miséreux dans une langue qui leur appartient. 120 ans après sa publication, Vîrus emprunte l’œuvre du poète Jehan-Rictus et l’adapte sur un disque complété d’un livre. Le résultat est impressionnant de justesse pour un projet qui s’annonçait casse-gueule sur le papier. Adapter LesSoliloques du Pauvre, c’est transmettre une idée préoccupante : la misère d’hier est aussi celle d’aujourd’hui. Ecrit il y a plus d’un siècle, l’œuvre de Rictus est donc toujours d’actualité. Mis en musique par l’acolyte de Vîrus, Banane, les productions assurent le mouvement entre les textes retravaillés par le rappeur et l’ambiance lourde du projet. En prime, le comédien Jean Claude Dreyfus y joue du purotin éprouvé, amer envers la bourgeoise, caché dans la solitude de l’hiver. Si l’œuvre est difficilement accessible, elle s’écoute en plusieurs fois pour apprécier chaque vers, chaque blessure, chaque coup que porte la pauvreté à celleux qui oublient que, dehors, le maroufle porte sa croix toute la journée.

Et parce que Vîrus est probablement l’une des plus belles plumes du rap français, il s’est aussi permis de sortir le meilleur morceau de ce premier semestre sur l’album d’Al Tarba, La Nuit se Lève.

Hachill YS

Le rêve marseillais et Véronique Sanson : Jul way of life

L’album gratuit troisième du nom de Jul est fidèle aux deux premiers et aux albums payants du Stackhanov marseillais : humble, dansant, touchant et populaire, alternants entre musique de fête foraine tout néons dehors et freestyle particulièrement réussis. L’auditeur y picore une ou deux chansons maximum, et réitère la manœuvre deux mois plus tard. La chanson épiphanie de 2017 est donc ce Lacrizeotiek (quel titre!), sorte de long freestyle à l’instru d’une simplicité et d’une vieillesse indécelable au carbone 14, mais où Jul démontre plusieurs choses :

- qu’il est véritablement, n’en déplaise à ses plus vifs pourfendeurs, un rappeur plus qu’honnête

- qu’il sait bien écrire, la chanson étant un long couloir d’assonances et de métaphores, sans tomber dans la démonstration multisyllabique la veine au front Ils ont mis un contrat sur l'instru, appelle-moi l'tueur à gage/ J'ai dribblé le gardien, y'a plus qu'à rentrer dans la cage/J'arrive en dérapage avec les p'tits qui pètent la tâche/ Alors tu voulais jouer à la vache, j'suis pas comme vous, j'sniffe pas la mâche )

- mais surtout, que Jul est parfaitement conscient de ce qui l’entoure et qu’il gère parfaitement le succès bigger than life de sa musique, sans calcul, avec une simplicité désarmante. Être aussi dénué de cynisme fait de Jul le parfait – et seul- représentant d’un rap pop(ulaire) qui confond parfois sincérité et calcul froid pour écouler des disques. Dans cette chanson, cette gentillesse et cet émerveillement constant mais non niais se voit dans une avalanche de noms, où sont convoqués Renaud, Cheb Khalass, Fabolous, et Véronique Sanson aux Victoires de la Musique. Et magie de la rime, Véronique est déjà introduite dans le vers d’avant, à la faveur d’un jeu de mots assez pénétrant et bouleversant de beauté inattendue « Dis-toi que je suis rien sans son ». Se trouvent ainsi liées, presque involontairement, la prosaïque réalité d’un jeune galérien devenu superstar française, et l’ascension presque fantastique de celui-ci, amené à côtoyer les plus grandes stars (?) à la sueur de son front. Bosseur invétéré, au succès amplement mérité, Jul prouve chaque année, disques d’or et de platine pleins les mains, que parfois la gentillesse et la passion triomphent sur le reste. Et vu la niaiserie de ma dernière phrase, on peut dire que son pouvoir est contagieux.

 Clément Apicella

Le singe de PNL dans son propre clip

pnl-mowgli

C'est sans doute la banane du mois. Une instru (que certains ont qualifié de plagiat, une fois n'est pas coutume comme on dit), un singe. La France entière attendait la quatrième partie de la série de clips entamée avec Naha, la France entière s'est faite Fred de skyiser.

Vladeck Trocherie

Willow ressuscite Los Santos

Avant qu’Haute Culture ne change de peau pour devenir un site clickbait, il était très agréable de voguer au gré des mixtapes, de parcourir les premiers jets de jeunes rappeurs et surtout de découvrir une pépite cachée et inconnue laissant à l’auditeur ce sentiment propre à l’archéologue lorsqu’il met à jour un objet de valeur enfoui depuis des millénaires. Ainsi, chaque année, quelques énergumènes sortaient du lot et proposaient des projets intéressants. En début d’année, un rappeur du nom de Willow a pondu un EP à la cover aguichante pour la génération qui a passé ses nuits sur le jeu GTA San Andreas. Sur un fond d’écran laissant apparaître la maison de Carl Johnson, en lettre rose fluo se dessine le célèbre quartier du jeu : Grove Street.Cheap, mais terriblement excitant. Mais que vaut le projet une fois l’effet nostalgique envolé ? Willow propose un rap plutôt orienté West Coast, dansant, avec de bonnes idées d’écriture. Sans être dépourvu de défauts, le EP est rafraîchissant et c’est bien là le plus important. Si aujourd’hui la tape n’est plus disponible sur HC, Willow en propose une version allégée sur son Soundcloud, à laquelle il manque deux morceaux dont le très efficace Ballas. Dommage donc, seuls les archéologues chanceux du net en auront la copie originale.

Hachill YS



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