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Vald : "On encule tous les festivals qu'on fait" (interview)

Certes, comme le dirait un éminent penseur de notre temps, "expliquer c'est déjà un peu excuser". Cependant, je persiste à croire contre toute attente qu'un certain contexte est nécessaire afin de comprendre un peu le déroulement pas très orthodoxe de cette interview.

Débutons par le facteur matériel : dans l'idée, je devais enregistrer l'entrevue sur un dictaphone, c'est à dire le matériel de base de n'importe quel journaliste (ou même blogueur). Mais la complexité mystérieuse de cet objet à deux touches demeurant impénétrable jusqu'à l'heure du rendez-vous, je dus me contenter de mon gars sûr, mon fidèle Huawei. Par ailleurs, mes questions étaient délicatement rédigées sur une copie-double, ce qui est un peu encombrant pour être honnête (même si cela m'a valu dans l'espace média une remarque tout à fait gratifiante : "c'est mignon tes copies-doubles, ça me rappelle le lycée...").

C'est donc armé de mon téléphone et de ma copie-double que Nicolas Lee (le photographe) et moi-même succédâmes au crew suréquipé de France 3 Champagne-Ardennes dans un petit spot tranquille du festival, où nous attendait Vald.

Bon, et parce qu'il faut que ça déconne un peu jusqu'au bout, il faut savoir qu'on a failli ne pas le faire, cet entretien : peu de temps avant l'heure fatidique, notre interview est annulée pour des raisons obscures par l'organisation du festival (comme on avait oublié de confirmer la chose ils ont pensé qu'on avait renoncé – encore fallait-il savoir où, comment, auprès de qui il fallait confirmer la chose) et c'est finalement en retard d'un quart d'heure et en passant par la petite porte des négociations de dernière minute qu'on réussit enfin à la faire, cette foutue entrevue.

Maintenant enquillons avec le second facteur, humain cette fois : Vald paraissant partiellement éméché, et moi-même l'intervieweur, qui possèdent précisément une expérience égale à zéro dans ce domaine. Dire que je suis novice en interview serait presque un euphémisme s'il existait un terme pour décrire un amateurisme plus amateur que l'amateurisme même. Il était à peine 20h00, et le rappeur venait de terminer deux interviews dans un état d'euphorie naissante. Il repartait pour un tour avec nous. Et puis comme nous c'était "Captchamag", ce serait un délire autre que la cordialité professionnelle avec France 3. Autre à tel point que les filles de l'organisation qui assistaient à l'interview ont littéralement halluciné : "Pourquoi ça s'est passé comme ça les gars?" Parce que "ça", c'est le rap français, ça joue, ça rigole, ça clashe, ça pique, et ça re-rigole. Univers quelque peu ésotérique pour qui n'y est pas plongé, effectivement. En ce sens, les didascalies indiquant "rires" dans l'interview ci-dessous ne font que souligner des éclats particuliers dans une atmopshère d'hilarité globale.

Bref, c'était un joyeux bordel en direct.

 

Vladeck – Vald, c'est au moins ton neuvième festival de l'été : quel effet ça fait d'être la coqueluche des festivals, à défaut d'être la "bête de foire de Captchamag" ? Il fallait la faire...

 

Vald – Il fallait même commencer par ça ! Écoute je suis très content, et j'aime que tu en parles en ces termes. Personne ne parle assez de moi en ces termes. Je suis d'accord qu'on encule tous les festivals qu'on fait. Écoute je suis très content. Je suis ravi... J'imagine que c'est parce que qu'on fait des bonnes performances.

 

Vladeck – Apparemment t'as réussi à séduire un public très large. Dans le camping [du festival], on a vu pas mal de jeunes porter de (faux) tatouages "NQNT"...

 

Vald – Yeeesss !

 

Vladeck - Comment expliques-tu cet engouement autour de toi alors que tu disais il n'y a pas très longtemps faire du rap "spé" ?

 

Vald – [S'adresse soudainement au photographe Nicolas Lee] Tu m'fais peur avec toutes tes photos fréro. Je vais mettre mes lunettes...

Alors répète-moi ta question fréro.

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Vladeck – Comment t'expliques cet engouement autour de toi alors que tu fais du rap que tu considères encore spé ?

 

Vald – J'imagine que je fais beaucoup de rap spé, mais je fais aussi des morceaux où je cherche à élargir et à toucher plus de gens pour les forcer à écouter mon rap spé. Mais tout ça s'explique aussi par la fidélisation. J'ai bien peur que tout ça soit scientifique... Il suffit d'envoyer de la qualité régulièrement pour que les gens accrochent et en parlent autour d'eux. Tu regroupes les troupes.

 

Vladeck – En un sens, est-ce que tu ne serais pas devenu le porte-voix d'une génération complètement désaxée ? En tout cas, quand on regarde le visuel de ton album Agartha, il y a l'idée du prophète...

 

Vald – J'imagine que je suis le porte-parole d'un... pan de la nouvelle génération. Effectivement.

 

Vladeck – Donc la politique tu t'en branles pas finalement ?

 

Vald – [il hésite] Nan parce que quand on parle des politiques, on parle des représentants qu'on a en ce moment. Et il est sûr que tous ceux qui parlent en ce moment n'inspirent rien. Alors du coup, effectivement, la politique, en ce sens... Je m'en fous profondément. Ils me font peur, ils me font terriblement peur.

 

Vladeck – Mais t'as pas peur de la concurrence de Macron par exemple, sur scène ? Des mecs comme ça qui lors des meeting, dégagent un certain charisme ? [La question n'a absolument pas de sens, sort d'on ne sait où, mais elle suscite tout de même une réponse]

 

Vald – J'ai plus de voix que Macron. J'ai aucunement peur. Et idéologiquement je suis plus préparé. Peut-être qu'il a deux-trois notions économiques qui me dépassent, mais je le foudroie sur le reste [rires].

 

Vladeck – Plus sérieusement maintenant, tu as du rencontrer pas mal d'artistes sur les festivals cet été. Est-ce que des connexions se sont faites et doit-on s'attendre à des featurings pop ?

 

Vald – Ecoute, ceux que j'ai en tête c'est ceux que j'ai rencontré sur le dernier festival. J'ai rencontré MHD, Vianney, Justice... Et on a tous parlé avec beaucoup de sympathie. J'espère pourquoi pas faire de la musique avec ces gens, ils font de la bonne musique. Et puis ils ont un audimat énorme... Alors si je peux leur gratter leur public moi je suis là !

 

Vladeck – En parlant de featuring, maintenant on va revenir vers le rap français [mauvaise idée]. Est-ce qu'il y a quelque chose de concret qui va sortir avec Freeze Corleone ?

 

Vald – Ecoute, pas pour le moment. Je ne le connais pas, il habite loin de chez moi. Voilà. Je me suis retrouvé à beaucoup parler de lui parce que j'écoutais son album pendant la période de promotion. Il faut savoir que les périodes de promotion sont courtes... Sans vouloir réduire mon amour pour Freeze Corleone.

 

Vladeck – Et autres question d'auditeur de rap spé, ne devait-il pas y avoir un morceau avec Dixon qui devait sortir un jour, où c'est dans les oubliettes ?

 

Vald – Ecoute, j'ai bien peur, par la force des choses et par la tragédie de la vie, que ce soit Dixon qui soit aux oubliettes.

[Un petit malaise s'ensuit, puis le rappeur réaffirme sa pensée.]

Je l'ai dit, hein. J'ai dit que j'avais bien peur que ce soit par la tragédie de la vie et par la force des choses... C'est lui, il rappe plus quoi.

 

Vladeck – Autre chose qu'on voudrait tirer au clair...

 

Vald – [me coupe et s'esclaffe] C'est mes copains ils rigolent aussi...

 

Suik'on Blaz AD – [s'approche de nous] Captchamag ! "J'suis pas la bête de foire de Captchamag", vous en avez parlé de ça ?

 

Vald – On a dit bonjour là-dessus !

 

Vladeck – Donc autre chose qu'on voudrait tirer au clair : ton sweat Redskins, il est finalement parti aux enchères ou pas ?

 

Vald – Nan... J'attends qu'un Saoudien soit fan de Vald !

 

Vladeck – Il est à quel prix en ce moment ?

 

Vald – Dix-mille-eu-ros ! Mais comme je ne le mets pas dans les nouveaux clips le prix n'augmente pas. Je suis à deux doigts de faire mon prochain clip avec...

[ici manque la question cruciale : "quel est ce prochain clip ?" Grossière erreur de novice]

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Vladeck – Ceci étant réglé, je voudrai aborder un aspect de ton personnage qu'il serait intéressant d'éclaircir...

 

Vald – Eclaircissons.

 

Vladeck – Dans ton titre "Si j'arrêtais", tu dis qu'il est impossible pour toi "d'arrêter de faire semblant". Le philosophe Levinas disait que la parole ne peut être absolument sincère. Est-ce que c'est ce que tu voulais dire ? En gros, est-ce que tu te sens obligé de faire constamment du second degré ? Être constamment dans l'excès ?

 

Vald – Alors moi je pense que c'est une erreur de promotion, et médiatique, et très certainement aussi de ma part de parler beaucoup de second degré, parce que finalement je ne suis pas beaucoup au second degré. Et quand je parle de "faire semblant", je parle de "faire semblant" quand je me prends des entités inconnues. Quand je me prends des inconnus je sais pas comment ils vont réagir et je suis tellement gentil que je veux pas les blesser. C'est comme ça que je fais semblant. Donc je peux pas m'arrêter de faire semblant, je suis trop gentil.

 

Vladeck – Quand je parlais d'excès, je parlais notamment de morceaux comme "Eurotrap", comme "Selfie", des morceaux qui font que tu as pu être catégorisé par certains médias dans le "Troll rap".  Qu'est-ce que ça te fait d'être comparé à des mecs comme Lorenzo ?

 

Vald – Ca me fait énormément de peine... Et à ce propos [rires et hésitation du rappeur]

 

Vladeck – On veut bien un propos sur Lorenzo ! [Appel à la paix dans la plus pure tradition de feu l'esprit hip hop]

 

Vald – [rires] Non, pas "sur" Lorenzo... Je suis très content de sa réussite. J'espère qu'il fait beaucoup d'argent avec ce qu'il entreprend. Mais maintenant me mettre dans la même catégorie que lui alors qu'on fait pas la même chose... Qu'on ne s'exprime pas de la même manière... On n'a pas les mêmes objectifs. Alors quand on me met dans la même catégorie que lui, je suis plutôt en colère [rires, encore]. Mais je contrôle ma colère, parce qu'il y a pire dans la vie. Et maintenant c'est vraiment les journalistes qui font mal leur boulot de me mettre dans le même sac que Lorenzo. Et si tu veux parler de "Eurotrap" et "Selfie" on pourrait faire des thèses pour que j'explique que ça n'a rien à voir avec Lorenzo.

 

Vladeck – Mais moi je suis d'accord ! [J'ai du oublier à cet instant que j'étais intervieweur et non pas une vieille groupie de base]

 

Vald – Je suis content que tu sois d'accord [rires] !

 

Vladeck – Enfin, il y a quelques années tu disais dans une interview pour Captcha que tu ressentais de la sérénité chez les gens qui avaient la foi [j'aurai pu dire plus simplement "les gens pieux", "les croyants", mais les aléas du direct ont rendu la chose autrement plus compliqué et inutile]. Je voulais savoir si tu avais évolué sur cette question-là, si tu t'étais rapprocher de la religion ou de quelque chose de cette ordre-là ?

 

Vald – Alors il est sûr et certain que je ne me suis certainement pas rapproché de la religion... Pour des raisons que je n'évoquerai pas pour ne surtout pas blesser les gens qui se retrouvent dans la religion. Maintenant il est sûr que je vois toujours beaucoup de sérénité chez certains religieux. Évidemment pas chez tous. Je suis content d'avoir découvert la sérénité chez l'homme, à travers des gens qui avaient la foi dans des dieux. Et sûr que je ne me suis aucunement rapproché de la religion... [Autre perche tendue non-saisie : "comment, toi, parviens-tu à la sérénité ?" autre grossière erreur de débutant]

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[Attention, ce qui va suivre est un contre-exemple total de la conclusion idéale pour une interview, âme sensible s'abstenir]

 

Vladeck – Bon eh bien moi j'avais pas plus de questions que ça...

 

Vald – Fais une conclusion mec ! Réfléchis à une conclusion...

 

Vladeck – Oui j'ai réfléchi à une conclusion mais... [C'est absolument faux, j'étais totalement perdu]

 

Vald – Ne fais pas une fausse conclusion que t'écriras après... Réfléchis à quelque chose. Moi, ben je te souhaite le meilleur.

 

Vladeck – Je te souhaite le meilleur... Et t'as un dernier mot pour conclure ? [Là je ne suis même plus rattrapable je dis de belles conneries. Conneries expliquables par un défaut de connexion au niveau des neurones sans doute]

 

Vald – Appuie sur "REC", te fous pas de ma gueule [rires]  !... Eh bien merci à toi frère !

 

[Question bonus adressée à Suik'on Blaz AD]

 

Vladeck – Où ça en est ton EP avec DJ Weedim ?

 

Suik'on Blaz AD – [rires de l'équipe] On va manger les frères ? Tu peux écrire ça : on va manger. [Il faut savoir que l'équipe de Vald et DJ Weedim ont récemment rompu les liens après de si belles et tendres collaborations... Information qui me manquait lors de l'interview et qui peut expliquer entre autres la réponse ci-dessus]

 

C'est donc sur cette sage parole manifestant un sens aigu des priorités de la vie que s'achève l'interview.

 

Crédit photos : Nicolas Lee.

 

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