triplego ppp

Triplego – PPP : sombre et pur

Dans l'album 2020, PPP tient une place à part : le morceau succède aux sons 50 et Ketama, dont les prods sont oppressantes, obscures et le verbe de Sanguee caverneux. PPP arrive comme une bouffée d'air (ou d'herbe) frais : Momo Spazz façonne pour l'occasion une prod apaisante et lente, agrémenté d'échos infinis. Et de l'écho comme effet sonore à la mélancolie comme tonalité existentielle, il n'y a qu'un pas que Triplego franchit. La prod agit en accoucheuse de tourments, et Sanguee se livre comme un élève docile de Socrate.

PARADIS PERDU ?

Le morceau débute sur la sempiternelle complainte, répétable chaque matin : "Plus jamais comme avant, plus jamais comme hier..." Mais au lieu de se limiter à ce constat qui, somme toute, vaut pour tout un chacun, Sanguee chatouille la plaie du passé : "On aurait fait la pair, sur la Terre entière." L'usage du conditionnel, la mégalomanie : le diagnostic est clair, Sanguee est pathologiquement mélancolique ; on en a interné pour moins que ça. Mais le gars se fait discret, garde la photo cachée dans sa poche, pour rendre présent à tout instant les vestiges du passé, d'un amour passé, ose-t-on s'imaginer. Le clip met en scène l'enfance dans tout ce qu'elle a d'idyllique : des gosses qui courent, qui jouent, qui nagent ; un autre gosse qui retourne dans les bras accueillants de sa mère (évidemment, on pense à Auparavant, dans Eau max). Sont-ce des larmes que le duo attend de nous ?

PARADIS PERDU.

Des larmes de tequila, à la limite, et encore. On passe à autre chose, on pense à la villa. Le coeur est vide, le stade est vide : on se laisse sombrer dans une profonde léthargie, on cherche l'oubli. Car il y a aussi du shit dans la poche : la source de la douleur est accompagnée de son anesthésiant. Le clip montre un autre gosse, un adolescent, faire tourner son handspinner avec un ennui palpable ; les adultes fument un joint et s'affrontent sur Fifa. Avec l'âge l'excitation s'atténue, les contradictions et les dilemmes naissent ; et pourtant les sourires persistent. C'est simple, tout se résout dans la seule phase à retenir du morceau : "Frère, peuf peuf passe...". Le joint, les frères, le partage. Calumet de la paix intérieure, paix intérieure que rien ne saurait plus ébranler : "L'amour est mort dans le coin, mais je brûle mon joint."

C'est sombre et pur.

 

 

 

 

 

 



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