butter bullets x thedude

Ça alors ! Air Mès et Hermax (Butter Bullets), chroniqué par Moïse the Dude !

Le nouveau Butter Bullets est arrivé, et cette question à chaque sortie du groupe : quelle diablerie le terrible binôme nous a-t-il encore pondue ?

Car force est de constater que si le groupe (Dela à la prod / Sidisid au micro) creuse indéfiniment le même sillon d’egotrip vachard de tête à claques en Ralph Lauren, chaque album contient sur la forme son lot de variations et d’intentions nouvelles. A ce titre, Air Mès et Hermax est exemplaire.

Les prods de Dela, d’abord, sont encore plus froides, synthétiques et minimalistes (faussement minimalistes en réalité, il est beaucoup question de détails et de textures). Musique futuriste, glaciale et dépouillée. On notera d’ailleurs que Dela, d’une certaine manière, se taille la part du lion sur cet album : plages instrumentales, fins de morceaux qui laissent la musique libre de s’écouler un peu plus longtemps que ne le veut la norme (quelle norme ?).

Un peu comme si, entre autres postulats, les deux s’étaient mis d’accord pour que le beatmaker prenne plus de place. Le signe qui ne trompe pas : il est présent sur le visuel de l’album, au premier plan. C’est d’ailleurs la première fois qu’ils se mettent en scène pour une cover. Cette dernière est en outre parfaitement cohérente avec le contenu de l’album : ton(s), couleur(s), atmosphère, poses/postures, etc.

Autre élément : le travail de Sidisid sur la voix. Evidemment, l’autotune saute aux oreilles, il me semble que c’est le premier projet où il est utilisé de manière aussi systématique et ostentatoire. Mais c’est un parti pris qui n’a rien de hasardeux car le travail vocal ne se limite pas à ça, loin de là.

Sidi pousse ici au maximum les possibilités de sa voix nasillarde. Il part dans les aigus, l’étire et la malaxe jusqu’à rendre des mots incompréhensibles façon chewing gum codéiné. Il en fait l’instrument principal de son insolence, les textes en complément. Le plaisir d’un tel travail d’interprétation est palpable. Jouer avec cette voix particulière et reconnaissable, la rendre plus infernale que jamais, dans son genre. Cartoonesque aussi, comme une touche de dérision, comme s’il n’en avait plus rien à foutre.

On note également un gros boulot sur les backs et ambiances dont les couplets sont truffés, et par conséquent le gros boulot sur le mixage de tous ces éléments vocaux. L’autotune sublime cette démarche globale, corrige peut être certaines intonations - seule l’écoute des morceaux sans l’effet permettrait de le dire. Anyway, cette (ces) voix ci avec ces prods là, rendent l’album totalement cohérent, conceptuel, et confère à certaines punch’ un côté burlesque.

En parlant textes, c’est peut être la partie la moins surprenante. Sidi fait ce qu’il a toujours su faire, classic Butter Bullets. Grosses vannes cyniques, name dropping, ode au luxe et à sa propre personne, bref du rap, avec ce petit supplément d’érudition et de finesse caché sous le vernis de grossièreté qui fait de Sidi un peu plus qu’une gachette habile. Il enfonce par ailleurs le clou dans le registre des gimmicks et refrains répétés jusqu’à la nausée, ayant bien compris qu’un morceau efficace est d’abord un morceau dont l’auditeur moyen retiendra une phrase, deux max et se gargarisera avec jusqu’à plus soif. Pratique également en concert pour communier avec le public.

A titre personnel, j’entends une poignée de morceaux dispensables, ayant une préférence pour les albums qui n’excèdent pas 12 ou 13 titres maximum, mais c’est mon problème d’auditeur. On ne peut reprocher à un groupe, qui malgré tout se fait rare, de vouloir nous en donner pour notre pognon et surtout de vouloir se faire plaisir en étant toujours un peu plus - subtilement - créatif.

Le dernier projet de Moïse the Dude n'est pas du rap, mais vous pouvez aller l'écouter quand même.



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