captchaune2017

Le grand bilan 2017 de Captcha Mag : Triplego, Makala, Niro, Lala &ce ...

L'heure des bilans a sonné, et les trois quarts des médiocres médias rap vont se battre pour savoir qui placera Damso le plus haut, et qui citera le plus de fois Niska.

On aurait pu se contenter de la même chose, faire deux ou trois jolis visus, et inviter le public à voter pour son album de l'année, mais 1/on n'a pas de graphiste 2/on n'a aucun lectorat 3/on a préféré continuer à faire ce qu'on fait de mieux : vous présenter d'obscurs rappeurs soundcloud, citer Alkpote, et donner de l'amour à des vrais mecs tah la rue. Y'a même un rédacteur qui s'est fendu d'un paragraphe sur le rap italien, a priori il a pas trop compris le concept de "bilan rap français 2017", mais après tout, qui sommes-nous pour le juger ?

Et aussi y'a pas 13Block parce que tout le monde s'est dit "ah c'est bon, quelqu'un d'autre va forcément le mettre dans sa liste", ce qui constitue une excellente preuve du fait qu'il ne faut jamais compter sur personne dans la vie.

Et à la fin de l'article, vous trouverez un extraordinaire mix de nos morceaux préférés de 2017, préparé par le doux et talentueux Jocelyn Anglemort

Sommaire :

Triplego
Beny
Hyacinthe
Isha
Blanka
Makala
Slim Lessio
Philippe Katerine
Scylla
H3RY LÜCK
Siboy
Lala &ce
Le rap italien (?)
Butter Bullets
Alpha 5.20
Rochdi
Nusky et Vaati
Niro
Guizmo


Triplego, 2020

Sanguee et Momo Spazz ont sorti l'album 2020 en mars 2017. Si le succès est surtout d'estime, l'attention du public ne cesse de croître depuis Eau calme. Le duo plonge toujours plus loin la léthargie de l'auditeur, bercé par les prods et les sonorités arabes propre à Triplego. A l'instar de Butter Bullets, le duo s'est fabriqué une image d'orfèvre : les deux membres sont indissociables, les featurings sont plutôt rares, et l'univers est désormais reconnaissable entre mille. Et il est heureux que le rap français puisse compter sur des groupes de ce type qui savent où ils vont, et qui suivent leur direction dans un certain mutisme (ils ont certes donné quelques interviews déjà, mais cela ne lève pas totalement le mystère qui les accompagne), en privilégiant d'abord la musique et en laissant les fans, les auditeurs et les journalistes spéculer sur leur compte. En cette fin d'année, il n'est jamais trop tard pour (ré)écouter 2020, avant qu'ils ne nous lâche le futur et intriguant Machakil.

Vladeck Trocherie

Beny – Pépito est grand

Un peu ermite dans sa montagne, le rappeur d’Annecy disparu des balises du rap français nous est revenu solide comme une paroi rocheuse. Avec Pepito est grand, les chamailleries disparaissent (de même que l’enfantin «Le Brownies» accolé initialement au nom du rappeur), et, du long de cette petite demi-heure, se déploie un panel certes sans surprise, mais réjouissant. Si le tout a l’allure finalement assez austère du projet-témoin, qui doit prouver autant que plaire, la voix chaude et claire de Beny colle avec moiteur aux productions caribéennes (le beau Cuba Business) ou hivernales (le formidable Curlimane) qui accompagnent ses textes emplis de poésie de la désespérance. Sans être parfait, le projet, à la ligne aussi directe qu’accomplie, offre une belle carte de visite pour un artiste aussi placide et néanmoins poétique que le lac de sa ville.

Clément Apicella

Hyacinthe, zone sensible 

Dans son Anatomie de la Mélancolie, Burton écrivait : « S’il existe un enfer dans ce monde, il se trouve dans le cœur d’un homme mélancolique ». Les projets solos et en collaboration de Hyacinthe nous ont déjà offert un large aperçu de l’enfer nécrosant le palpitant du membre de DFHDGB ; une fournaise où se chevauchent injures gratuites, défonces mémorables, culbutes en positions improbables et pluies de cyprine de femmes douces comme des nuages gris. Un monde sans père aussi, dans lequel Hyacinthe se fait le porte-parole d’une jeunesse aux abois et sans avenir. Avec Sarah, le jeune rappeur apparaît plus serein, moins déchaîné, animé d’une force autrement plus tranquille. Pourtant, sous le calme apparent de l’album se dessine les turpitudes habituelles de notre anti-héros. Certes, Sarah fait sortir Hyacinthe de ses marais poisseux et ténébreux d’où il puisait son inspiration au clair de lune et au son des loups, mais pour autant, le rappeur n’en réchappe pas seul : ses démons dansent toujours une ronde frénétique autour de leur victime tourmentée.

Hachill YS

Isha - La vie augmente vol. 1

Le diastème le plus reconnaissable depuis celui de Vanessa. Oui, ici il va s'agir d'Isha.

A l'heure des bilans je crois bien que ''La vie augmente vol, 1'' est le projet que j'ai le plus écouté cette année. Dix titres mais tellement plus complet que 90% des gros albums épaulés par des majors, cette mixtape prouve bien que le talent fera toujours la différence. Enregistré avec l'aide de JeanJass (seul featuring du projet), LVA ne joue ni la carte des sonorités à la mode, ni celle d'un pathétique passéisme. Les prods. sont simple pour mieux appuyer le propos et le flow unique d'Isha. Et c'est ça la grande force de ce projet ; son efficacité. En dix titres on sait à qui on a à faire, c'est brut et personnel. Ce qui devrait être une obligation pour chaque artiste (se démarquer, ne pas faire comme les autres... pour résumer avoir une personnalité) est ici une évidence.

Crem

Blanka lâche des étrons dorés sur le rap français

En 2017, le rap mongol a accouché de nouveaux sales gosses, la plupart reposant encore en couveuse dans les méandres de Soundcloud. Devant l’explosion de Vald ou encore Lorenzo, de nouveaux noms ont fait leur apparition tels que Léo Roi et Alain dans son jardin. Problème : à vouloir trop forcer dans la mongolitude, les rappeurs prennent le risque de s’enfermer dans leurs propres stéréotypes et il n’y a rien de plus beauf que d’imiter le beauf. Le secret réside donc dans le bon équilibre des ingrédients. Parmi cette engeance déglinguée, Blanka se révèle bon cuisinier et a proposé pas moins de 4 projets depuis le début de l’année sur son Soundcloud. Au menu, le rappeur élabore des EP colorés mélangeant les références à l’imagerie des 90’s et à la lubricité en associant trap cru et chansons sucrées. Autre élément intéressant, au fil des EPs, Blanka n’a de cesse de s’améliorer et de peaufiner son style. Bien sûr, le rap de Blanka ne révolutionne pas le genre mais si le bonhomme poursuit cette évolution, qui sait jusqu’où il pourra aller ?

Hachill YS

Makala - Gun Love Fiction

La 17eme année de l'an 2000 a été riche en sortie en France et en Belgique, dont tout les projecteurs sont braqués depuis le succès de Damso, d'Hamza et l'intérêt que porte le public underground pour Caballero et JeanJass. Mais une autre scène nationale était à surveiller de près cette année, ce pays neutre qu'est la Suisse. En particulier la ville de Genève, là où les flingues brillent autant que les cadrans HUBLOT. Un jeune rappeur du nom de MAKALA nous a sorti un EP 6 titres, dont 1 solo de son comparse Varnish La Piscine (un blase comme ça, ça ne s'invente pas). Une bande originale de 19 minutes, où la capitale suisse serait la ville jumelle d'Harlem des années 70-80, et où Frank Lucas serait le voisin de palier de Makala. Les 3 premiers sons du projet nous rappelle les films de blaxploitations, là où les cadillacs sont étincelantes, les colles-roules blancs assortis au manteau en cuir marron en vachette et la paire de John Lobb tout juste lustré : on rentre dans une ambiance très funky, très nocturne, où Makala se balade sans trop de problème. Il nous fait comprendre que toutes les femmes de la pièce ne veulent que lui, qu'elles dansent pour lui, et qu'elles se balandent en maillot de bain de luxe plus pour attirer son attention que pour plonger dans sa piscine privée.

Mais ce jeune mac a d'autres passions que les femmes plantureuses : son flingue, son oseille et le poulet yassa. Mais surtout son flingue. Il le dégaine pour te faire parler, voir plus si affinités, si ça peut lui faire connaître la victoire qu'il convoitise tant. Mais "Oui oui xtndo", le dernier morceau du projet, nous dit que c'est pas maintenant qu'il va se ranger. Sur un Beat très inspiré du son de la bay area des années 90, elle fait l'effet d'un sot dans le temps, et il nous fait comprendre qu'il est toujours dans le circuit pour casser des crânes. Ou plutôt, un sot dans la réalité, vu que depuis le début, toute cette vie de gangster n'était qu'un rêve. Un rêve où Makala parlait à voix haute et où ses potes se fouttent de sa gueule. Expérience à vivre en tout cas. Pressez le bouton play et fermer les yeux.

Golgoseize

Slim Lessio – Fruit de paix

Où s’arrêtera la Belgique du rap ? Si on ne le sait pas, une chose est certaine : la France est toujours aussi complexée, et ne se gêne pas pour classer à l’emporte-pièce tous les artistes du plat pays dans des cases aussi arbitraires qu’inopérantes. Ainsi a-t-on pu lire qu’Isha ressemblait à Damso, ou que Slim Lessio, avec son projet Fruit de Paix, offrait des réminiscences d’Hamza. Si une première oreille distraite peut laisser planer le doute mimétique (probablement «à cause » des splendides prods de Ponko), le jeune belge fait vite déjouer cet horizon d’attente. Le principal atout, et signe distinctif de Slim Lessio tient de sa voix éteinte, pas tant éraillée qu’endormie, faible, comme s’il rappait une dernière fois avant l’extinction. Le micro planté dans la gorge, mais jouisseur sans frein, il découpe les syllabes comme pour mieux avancer entre les volutes de fumée, comme s’il fallait survivre en portant un masque de jeune fêtard à travers le brouillard. En cela Slim Lessio est plus proche du plus grand chuchoteur morbide de l’histoire récente du rap francophone, faucheuse originaire d’Aubagne, Sch. Et c’est dans son morceau le plus introspectif, l’excipit Tu Piges, tout en menaces arrachées et en raclement de gorge démoniaque, l’air de rien, que les ressemblances se font jour. Premier projet très solide, Fruit de paix ne semble augurer que du bon, à moins que le très talentueux Slim Lessio ne ressente dans le futur l’appel vicié d’une Anarchie de salon. On ne lui souhaite pas.

 Clément Apicella

Le regard de Philippe Katerine quand il découvre Alkpote

Le mec est partagé entre stupeur et admiration, un mélange d'innocence et de fascination malsaine, on sent que 1000 questions se bousculent dans sa tête. Un moment que tout auditeur de rap a forcément connu : personne n'oublie sa première fois avec Alkpote, car rien n'est jamais pareil après ça.

Genono

 



Scylla, l’autre Belgique

Cette année, le drapeau belge s’est hissé bien haut sur le rap français, à tel point que le terme « rap francophone » a été beaucoup plus utilisé pour rendre justice à ceux qui ont tant donné en 2017. Il faut dire que les prestations d’Isha, de Jean Jass et Caballero, ou encore d’Hamza, et de la grande star de l’année Damso, ont de quoi laisser pantois. Pourtant, si ces noms reviennent souvent lorsque l’on évoque le meilleur de 2017, une injustice demeure et concerne le nouvel opus de Scylla. Evidemment, le style de ce dernier se révélant moins dans l’air du temps et plus classique que ses concitoyens, l’oubli se comprend. Pourtant, Masque de Chair est l’un des albums les plus réussis de la désormais longue carrière du belge d’OPAK. Simplicité, sobriété et musicalité priment sur tout le reste. Ainsi, Scylla n’est jamais aussi bon qu’au sein de ce cocktail pour prendre le temps de se raconter en toute intimité. Dans Masque de Chair, c’est la notion d’identité que questionne Scylla, la sienne, celle des autres, les identités multiples, la manière dont les autres nous voient aussi. L’accent est encore une fois mis sur les textes et l’auditeur habitué de Scylla sera ravi de retrouver un rappeur qui n’a pas changé d’un iota : textes aboutis, boucles de piano et voix pitchées. Ce que lui reprocheront d’autres…

Hachill YS

H3RY LUCK, Forces multiples

Pour Force 1, 2 & 3, les trois premiers opus d'une quadrilogie (et dont on espère voir le dernier sortir un jour) le rappeur mérite toute notre attention. Concrètement, c'est un alliage chant/rap fort bien maîtrisé, une forme épanouie pour conter le cap pas forcément évident de la trentaine, entre souvenirs de gosse, délire de potes, galère de taf, et au milieu de tout ça la question de la paternité. Malheureusement, le rappeur ne s'est pas trop exposé cette année, avec seulement trois clips mis en ligne, un par projet. Mais comme le dit si bien l'adage : loin des yeux, loin du buzz.

Vladeck Trocherie

Siboy - Spécial

Bah juste c'est l'album de l'année et personne n'en a parlé dans ce récap, donc je me suis posé en vrai rédac chef avec des grands "vous inquiétez pas, je vais le faire", donc voila, c'est fait.

Merci à tous !

Genono 

En attendant Lala &ce

La part féminine du 667 possède en elle tous les attraits pour intéresser les auditeurs déjà accrocs aux effluves du collectif lyonnais : mystérieuse, sensuelle et vaporeuse. Malheureusement, jusqu’ici la rappeuse s’est révélée être quelque peu avare en projets estampillés de son nom, préférant apparaître de-ci de-là sur d’autres projets. Pourtant, cette année, Lala &ce a donné naissance à un EP 5 titres « En attendant xx », un projet très court qui n’enrayera pas l’attente d’un opus plus consistant. Si En attendant xx nous laisse entrevoir davantage l’univers de la rappeuse et nous offre notamment un sublime morceau, ATLantis, il faudra en effet plus que cette simple mise en bouche pour rassasier le public. Pour autant, peut-être est-ce là la stratégie de la chanteuse ? Affâmer ses auditeurs pour les voir se jeter avidement sur un projet solide en 2018 ? Espérons-le.

Hachill YS

Ghali, Sfera Ebbasta, Izi et les autres : le rap italien sort de son insularité

Le rap italien a le vent en poupe, et comme Captchamag compte en son sein les deux seules personnes de France qui semblent véritablement s’y intéresser, pourquoi ne pas faire un (rapide) balayage de ce qui se fait dans la botte, et des liens qui unissent la langue de Despo Rutti et celle de Guè Pequeno ?

La figure tutélaire, du moins du point de vue français, c’est Sferra Ebbasta. Il illuminait déjà Cartine Cartier avec Sch en 2016, et il a marqué de son empreinte l’année 2017, même en France, s’invitant sur un son de Coyote Jo Bastard (Daddy), ou se faisant déposséder de son tube estival Figli di papà par un Lacrim plutôt fâché avec l’inspiration. Sorte de diablotin au succès fulgurant, son album éponyme, sorti en 2016, laissait entrevoir une palette extrêmement large. En 2017, auréolé de succès, il est devenu une sorte de point matriciel, vers qui tout rappeur italien doit se tourner pour booster n’importe quel single. Ses textes d’une simplicité désarmante semblent parfois le rapprocher plus de Jul que de Sch, bien qu’il garde du rappeur d’Aubagne l’ampleur tragique. Complètement passe-partout (son dernier gros single Tran Tran, tout en guitare et en ritournelle, pourrait être une balade kendji girachienne), il apparaît bien comme la sphère autour duquel tout tourne.

Ghali, vendu par Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, comme l’un des meilleurs poètes italiens actuels, est peut-être le deuxième « nouveau » rappeur le plus influent. Son album, là aussi éponyme, sorti cette année, offrait toutes les qualités et les défauts du rap italien : des tubes imparables, emplis de la poésie un peu surannée typique de la variété de la péninsule (Happy Days et son ode à l’hédonisme par exemple), mais aussi des morceaux terriblement génériques, comme Ninna Nanna, immédiatement plaisants mais vite digérés, aux influences francophones et américaines trop visibles pour emporter l’adhésion. Présent lui aussi sur l’album d’un ponte du rap français, Lacrim cette fois-ci, Ghali souffre du même problème que Sfera Ebbasta : la méconnaissance du public limitrophe de l’existence d’un rap transalpin.

Nous pourrions citer entre autres également, les tarés du Dark Polo Gang, supergroupe sous perfusion de lean, à l’extravagance et au mauvais goût d’un réjouissant baroque, Capo Plaza, qui avec son tube addictif «Giovane Fuoriclasse », aux allures pompières, a crée une brèche vers le succès, ou encore la toute jeune Priestess, rappeuse encore franchement perfectible mais à la niaiserie textuelle franchement émouvante, entre philosophie de comptoir et délinquance de pacotille. Tout cela pour dire que le rap en Italie connaît une expansion jusque là inédite, qui, si elle ne parviendra certainement pas à perforer la barrière des Alpes de manière durable, témoigne d’un retard qui est rattrapé à vitesse grand V sur les pays francophones. Et, rassurez-vous, Lacrim ira certainement piocher en 2018 dans le grand réservoir populaire de ces rappeurs enfin sortis de leur insularité.

Clément Apicella



Butter Bullets, Magnétisme Musical

Il y a mille façons d’écouter la nouvelle mouture du duo Butter Bullets : jouer à V-Rally 3 sur sa PS2 et flinguer l’asphalte pixellisé avec sa Polo 1.6L pour finir 1er devant Heikkinen et sa Subaru 2.0L, cuisiner les restes et finir par présenter une assiette étoilée dans l’écuelle d’un berger allemand, ou encore rentrer de soirée et traverser trois fois la ville avant de retrouver son appartement ou celui de son pire ennemi… Ecouter Air Mès et Hermax c’est se laisser happer par une musique étrange et hypnotique dans laquelle l’auditeur plonge et s’oublie, délaissant ce qu’il se passe autour, agissant de manière automatique, victime d’une distorsion des réalités. Une fusion se forme entre ses propres pensées et les suggestions morbides, dérangées et tyranniques de Sidi. L’ambiance musicale n’est pas en reste, au contraire, elle constitue le point d’orgue du projet. Dela fait osciller ses productions entre épilepsie et minimalisme, n’a pas peur de sampler des morceaux connus et se permet de produire des interludes tellement réussis que c’est un crime de ne pas poser dessus. Si Air Mès et Hermax trône au Panthéon cette année, c’est que rarement un duo n’aura été aussi génial dans son propre domaine. Les inspirations de Dela prennent la forme de nids en barbelé au creux desquels les chimères de Sidisid chient de beaux œufs putrides.

Hachill YS

Butter Bullets,  Air mès & Hermax

Avec la sortie de Air Mès et Hermax, Sidisid et Dela poursuivent leur digression musicale dont on ne sait plus au juste quand elle a bien pu commencé. Chaque production semble être une expérience nouvelle, et Sidi Sid prend son temps, laisse traîner sa voix nasillarde : il y a vraiment un côté "essai" dans cet album, un refus d'achever les morceaux, une volonté de tenter des mélanges inédits. On peut facilement caser l'album dans la catégorie "rap expérimental". De ce fait ça part dans beaucoup de sens, et de "Gallagher" à "Sport", il y a un écart qui ne peut se justifier que par cette démarche propre au groupe, démarche que je ne saurai pas caractériser cependant. Tout ce qu'il y a à dire de cette démarche, c'est qu'il en résulte des coktails sacrément explosifs, dont la recette m'échappe totalement. Butter Bullets fascine comme un tour de magie de Houdini.

Vladeck Trocherie



Le bref retour d'Alpha 5.20

Le génocide des Rohingyas, l'esclavage des noirs africains en Libye, le traitement des Mauritaniens dans leurs propres pays et au Maghreb... Énormément d'événements qui ont touchés les musulmans, les africains, et qui ont poussés Ousmane Badara, ex-Alpha 5.20, a ressortir son stylo bic, son cahier et l'homme qu'il avait enterré 7 ans auparavant, le temps de 3 minutes pour rapper, et 4 minutes d'interlude pour nous parler directement. Sorti le 28 Novembre dernier, date de la fête d'indépendance de la Mauritanie, Ousmane nous dit dès le début de son couplet que c'est la haine, et rien d'autre, qui la poussé à sortir de sa longue retraite. Un cadeau inattendu pour ses fans, mais quelques choses dont Ousmane se serait sûrement passé. Sur une face B de "Aggravated Robbery" de Project Pat, le texte de ce son est clairement revendicatif et sensibilisateur sur la situation dramatiques des mauritaniens. De plus, certains messages d'Alpha font écho au son de Shone d'Holocost "Mafia Kainfry" dans la compilation "La Cité des Pariah", comme les musulmans et l'Islam, le racisme, l'honneur, le respect et l'union des peuples. Des valeurs qui ont toujours été les points névralgiques des textes du Ghetto Fabulous Gang. Bref, tout ça pour dire que le retour d'Alpha, même le temps d'un morceau sans refrain, nous a fait un réel plaisir. Et on espère toujours que le livre autobiographique du concerné est toujours d'actualité.

Golgoseize



Rochdi, Mélodies de la cave

Il n'y a pas meilleure purification que l'écoute des Mélodies de la cave de Rochdi pour clarifier les choses en ces temps incertains d'usurpation constante. Tout le monde se veut le chantre du sale, l'empereur de la crasserie. Et si Alkpote a déjà réglé son compte au prétentieux vassal rennais, il est temps de se replonger dans l'univers du rappeur de la rue Chevaleret pour rendre à César ce qui lui appartient, et reconnaître en lui le digne héritier de la tradition française du sale, dans la veine de Sade et du trop sous-estimé Georges Bataille. L'album, intégralement disponible sur Youtube, regroupe des sons enregistrés entre 2003 et 2007 et est peut-être moins violent et hardcore que L'exorciste cénobite, sorti en 2016, mais on y trouve déjà tous les thèmes de prédilection de Rochdi : le diable, le sperme, le champagne et les étoiles.

Vladeck Trocherie



Nusky et Vaati, le rendez-vous raté

Un nouvel album de Nusky et Vaati en 2017 sonnait comme la promesse d’un projet que l’on retrouverait au mieux dans les tops de fin d’année, au pire comme une copie de SWUH, un moindre mal tant ce projet était génial. Ni l’un, ni l’autre, BLUH s’avère franchement décevant. Certes, le duo ne s’est pas reposé sur ses lauriers et a su proposer une nouvelle version de leur musique, on ne peut nier le travail effectué, notamment par Vaati. Cependant, passer d’un EP à l’identité marquée telle que SWUH, dans lequel Nusky apparaît langoureusement meurtri, passionné, servi par une musique suave mais mélancolique, à un projet aux sonorités plus pop et colorées et surtout un Nusky qui semble avoir laissé son âme au vestiaire, est surprenant mais surtout dommageable. Certes, BLUH souffre un peu trop probablement de la comparaison avec son grand frère, mais au-delà, l’album est en soi bien trop propre sur lui et donc ennuyeux comme un gentilhomme pour qu’on y attache autant d’amour qu’à SWUH, libertin un peu sale mais envoûtant.

Hachill YS

Niro - La colombe et la grenade

Grand oublié du public rap français alors que tout le monde le voyait être à la table de ceux qui font la pluie et le beau temps dans le game au début des années 2010, Niro monte son propre label Ambition Music, et emmène avec lui quelques frères d'armes tel que Zesau (t'as capté la référence ?), Koro, ou encore Nino B. Le nom du label n'est vraiment pas anodin car c'est grâce à cet état d'esprit qu'on pu voir le jour 2 albums sorti à 2 semaines d'intervalle : OX7 et M8RE (qui forme le mot oxymore), dont les 2 covers assemblés nous renvoie à des scènes d'action de John Woo, où les colombes décollent avant que les hostilités ne soient déclenchés. En grande partie produit par Therapy Music, ces 2 albums sont clairement les 2 faces d'une même pièce, nous pourrions même résumé l'ambiance de l'album qui nous rappelle les covers du double album d'E-40 "Revenue Retrievin : Day Shift & Night Shift" : nous passons d'une journée ensoleillée et radieuse à la nuit froide et stressante, de la douceur d'une pina colada et de son ombrelle à la froideur du 6.35 et à l'obscurité de son canon. Bon, c'est toujours le même Niro de Paraplégique et de Rééducation, juste il est devenu papa entre temps et beaucoup plus sentimentale, comme en temoigne "Sors de ma tête", mais comme Rohff, il ignorera jamais l'appel de la rue. De "GTA" à "On va la faire", le protagoniste se sert de sa nervosité pour littéralement découper chacune des prods comme la plaquette avant de la détaillé. Ce bandit au grand coeur, barbu comme l'Abbe Pierre, en a fait du chemin, croiser le fer avec beaucoup de rappeurs pour certains devenus célèbre. Maintenant solitaire, il est beaucoup plus à l'aise et experimente d'autres sonorités tout en étant dans l'introspection qu'il lui colle à la peau. Espérons en tout cas qu'il triomphera et atteindra ses objectifs. Tant qu'il continue à nous sortir de bons projets comme c'est le cas depuis Or Game, ça nous va.

Golgoseize



Amicalement Vôtre certifié Empathy Advisory

Le dernier album de Guizmo s’écoute uniquement avec le cœur. Intime au possible, Amicalement Vôtre ne peut faire l’objet d’une chronique suivant une analyse standard car celui qui s’y prêterait en perdrait l’essentiel. Il n’est pas question de musique, de placement, de rimes ou de BPM, il est question de l’humain, de ses profondeurs, de ses pulsions et de ses peines. Guizmo réalise un album personnel qui ne parlera qu’aux tripes de l’auditeur. Les nombreuses confidences de l’ancien membre de l’Entourage font de ce disque un journal intime audio qui ne manque pas d’interpeller. Conséquence de quoi, cette avalanche de noirceur et de sentiments dépressifs peut entraîner un bad feeling chez l’auditeur qui ferait preuve de trop d’empathie. Définitivement, Guizmo renoue avec le disque sombre et Amicalement Vôtre se révèle être un album d’hiver quasi-parfait. Il faut insister sur le « quasi » car malheureusement quelques morceaux légers, trop enjoués, viennent jeter de l’ombre à un album qui n’avait pas vocation à accueillir de lumière.

Rappelons également que Guizmo a sauvé à lui seul l’album des Sages Po’ grâce à son couplet sur le titre Armageddon, rien que ça.

Hachill YS

 

BONUS : Le mix de Jocelyn Anglemort

Tracklist :

mix2017 tracklist



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