captchamag bilan 1er semestre 2018 or

Le bilan du 1er semestre 2018 du rap français

Utopie – Check-Out

La page bandcamp d’Utopie est une mine d’EP brillants. Cette année, une nouvelle gemme, plus grosse que les autres, a pris place au cœur de la joaillerie virtuelle. L’album, intitulé Check-Out, est musicalement parfait et permet à Utopie d’explorer différents genres. Si globalement, le rap d’Utopie peut être qualifié de classique, à l’image du titre Lazarus et de son sample issu de Life’s Bitch de Nas, l’album fait la part belle à d’autres ambiances plus modernes et éthérées comme Bolivar. En bref, Utopie continue son évolution opérée depuis le EP Revivre sans Remords tout en gardant son identité. Sa discographie gagnerait en tout cas à être plus connue.

Hachill YS

Alkpote va vous rappeler quelle heure il est

Alors je sais pas si vous avez remarqué mais Alkpote a une rolex au poignet, un signe extérieur de richesse qui démontre qu'il gagne donc très bien sa vie aujourd'hui avec le rap, alors qu'il était encore obligé de taffer à l'usine il y a trois ans, et ça, bah ça fait vachement plaisir.

Genono

MAES – Réelle vie 2.0

MAES, quatre lettres qui ont émergées au début de l'année 2018 sans crier gare. Une petite « hype », comme on dit, dans le milieu journalistique rap. Rap de rue, survêt' et lunettes de luxe, une gueule carrée et désabusée, à rappeler celle de NOS.

Entre flow énervé, verbe autotuné, phases chuchotées, le garçon arrive à créer quelque chose de singulier. L'écriture est extrêmement calculée, épurée, rationalisée : suppression des déterminants, juxtaposition d'images... La pratique répétitive, carrée, millimitrée de la bicrave s'est métamorphosée en esthétique littéraire : de la nonchalance, du verbe aiguisée. On va droit au but. Une fois le style posé, le propos s'autorise quelques libertés : mélancolie, amertume. Mais loin de tout romantisme. Bref, c'est bien.

Vladeck Trocherie

La Hyène, roi de la savane

Le charognard a surpris son monde en ce début 2018 avec son disque Thugz. Si à part l’aspect street, on ne comprend pas bien pourquoi le projet porte ce nom, on ne doute cependant pas du bien-fondé du pseudonyme porté par le rappeur. En effet, La Hyène a les crocs et profite de ces 15 pistes pour laisser libre court à sa rage intérieure. Les textes tranchant, proférés avec vélocité, laisse l’auditeur à vif au milieu du carnage musical. Brut dans le fond et la forme, Thugz est un disque frénétique avec peu de temps morts, rendant les écoutes tout aussi éprouvantes que plaisantes, entre plaisir et souffrance. Si l’écriture peut sembler simpliste, elle se révèle en réalité très imagée et La Hyène fait part d’un sens de la comparaison assez génial. A coup sûr, dans le melting-pot musical que contient Thugz, chaque auditeur y trouvera son bonheur.

Hachill YS

C.Sen, l’héritage du XVIIIe

Pour son troisième album, le C.Sen reprend les codes typiques de son arrondissement. Après un disque aux tonalités électro de Toxic Avenger sur Le Tunnel, le parisien renoue avec ses origines pour notre bien. Globalement, Vertiges est un excellent album qui prend sens et relief au fil des écoutes. La plume de C.Sen est toujours aussi précise, simple et trempée dans le métal de l’authenticité chère à son quartier. Certifié rap de daron. Seule déception, Vertiges manque de pistes aux accents de hit sur lesquelles on aime retourner à l’écoute, tremblant au moment d’appuyer sur play, comme cela pouvait être le cas pour Correspondances.

Caballero & JeanJass - Double Hélice 3

A trop mettre d'eau dans son vin on finit par boire de la piquette, et ça c'est dégueulasse ...

Crem

Budy x Salem - Morceaux II

Alors en gros c'est un EP mis en images, et le tout constitue un court-métrage hyper-chelou façon les $uicide Boy$ revisitent Blair Witch, globalement les mecs parlent surtout de torturer des âmes innocentes et de réduire des corps en charpie, mais y'a aussi des moments de détente.

Genono

13 Block – Triple S

La nouvelle salve de 13 Block aura fait couler beaucoup de sang d’encre. Court, à la fois puissant et plein de finesse, Triple S ressemble à cet uppercut discret qui achève l’adversaire au dernier round. Les 4 lascars, accompagnés d’Ikaz Boi, dessinent une imagerie brutale sans artifices, ancrée dans la rudesse du quotidien. Cette impression d’authenticité est d’ailleurs finement contrebalancée par des tubes explosifs aux allures hollywoodiennes. Triple S ou quand la rue côtoie le fantasme. 13 Block signe donc une dope sonore bourrée de testostérones. Avec un tel album dans les oreilles, même un cul-de-jatte court le marathon sans problème.

Hachill YS

TRIPLEGO – #EnAttendantMachakil

Retour de Triplego dans le bilan Captchamag. Petit projet de six titres, dont la moitié est clipée et disponible sur Youtube. Les deux premiers extraits, « Connect » et « Internet », de par le flow un peu trop saccadé, ont pu perdre les auditeurs habitués à des ambiances plus fluides et éthérées, ambiances qui ont fait la renommée du groupe. « Ma Potogo »  remet un peu de rythme après l'enchaînement des morceaux précédemment cités, mais c'est vraiment « Medellín » qui vient conclure cet EP sur une note musicale sombre et entraînante. De quoi mettre l'eau à la bouche. Nous sommes prêts pour Machakil.

Vladeck Trocherie

Le savoureux mélange d’Express Bavon

Tahiti Bob et Express Bavon remettent ça après Préliminaires, EP grandement qualitatif d’il y a deux ans. Dans cet album, la recette est la même : hymne à la liberté et au plaisir des sens. Express Bav’ nous fait voyager de Paris à la Martinique, multipliant les ambiances, jonglant parfaitement avec ces deux identités, si bien que l’on passe de la froideur dégagée par l’intro « Snow » à la chaleur des îles avec le morceau clôturant le disque « Ressourcer » sans attraper la turista. Le mélange est donc particulièrement bien équilibré. Par ailleurs, il devient nécessaire qu’Express et Joe Lucazz s’associe sur un long format tant le duo fonctionne à merveille autant sur ce Mélange que sur le No Name 2.0 de Joe via le titre « Méchanceté gratuite ».

Hachill YS

Marty - Violence Partout

Violence Partout, premier EP solo du rappeur principal du groupe lyonnais LUTECE, surprend par l’amplitude doucereuse qui le caractérise. Marty rappe le retour à l’enfance, les sentiments simples, la chaleur familiale, comme s’il cherchait une absolution par la musique. Rares sont les rappeurs qui regardent la jeunesse non pas avec nostalgie, mais avec envie, comme si elle n’avait jamais existé, ou plutôt qu’elle a existé trop longtemps, et s’est interrompue beaucoup trop tôt. Marty, c’est l’apologie de l’inadéquation, du refuge, de la solitude aussi (la pochette est claire : l’ourson bonbon seul au milieu d’un néant couleur pastel), d’un ennui très «classe moyenne», intouchable mais pénétrant. Et l’émotion étreint quand l’enfant seul se fait témoin d’un monde qui tourne sans lui, et que les spectres deviennent ses seuls alliés («J’entends parler quand je suis pas là/ Il pleut des larmes, j’sais c’est pas grave»). Violence Partout ne s’écoute nulle part ailleurs que la nuit sous les draps, à la lumière de la lampe torche. Dédié à tous les Kids Seeing Ghosts.

 Clément Apicella

Consécration

Difficile de ne pas sentir le bonheur emplir son être quand on se retrouve à son insu dans le clip d'un morceau qui répète 13 fois « comment ça, tu veux pas lécher mes couilles ?".

DIXON - HITSALIVE

Vous avez peut-être sursauté en voyant cette entrée, mais rassurez-vous, il s'agit là – pour l'instant – d'un non-événement, vous n'avez rien raté. Simplement, on attend avec impatience ce projet qu'on aurait bien voulu voir sortir en ce début d'année. Alors on essaie de précipiter les choses comme on peut.

Vladeck Trocherie

Moïse the Dude, the Keudar Knight Rises

Enfilant son meilleur costume, celui de l’amertume rugueuse, Moïse soigne ses blessures de cœur dans son EP cathartique KEUDAR, rendant les coups et crachant de jolies phrases crasseuses. Avec son ambiance sombre et chaude, KEUDAR est une traversée nocturne, solitaire et désinhibée, ponctuée de violence gratuite. Laissant un arrière-goût acre de fer dans la bouche à l’écoute, il n’en reste pas moins que l’on revient sans cesse à l’EP comme hypnotisé par tant d’aigreur. Sûrement parce que KEUDAR est une porte ouverte à la hache sur l’intimité d’un homme estropié.

Hachill YS

404Billy - Hostile

404Billy brise ton ordinateur, c’est lui l’erreur et la solution. Son rap brutal et déchaîné est peut-être la plus réjouissante nouvelle de 2018 : il existe encore quelqu’un qui, au fond de sa gorge et de son âme, a autre chose à foutre que caresser le spectateur dans le sens du stream. La vie sans fards et sans couleurs, il brise les carreaux et s’inscrit pourtant pleinement dans un carcan qu’il ne cherche pas à dépasser : s’il était né dix ans plus tôt, il aurait déjà sorti un street-album légendaire et introuvable. En 2018, l’environnement lui est Hostile, et il ne se prive jamais de le dire dans des morceaux-freestyle inégaux mais tournoyants. Billy apparaîtra sur le prochain album de Siboy, daté au prochain semestre – et si comme le disait André Gide «on ne fait pas de la bonne littérature avec de beaux sentiments», la rencontre est déjà mémorable.

Clément Apicella

Sameer Ahmad déterre son hash de guerre

L’an dernier, Ahmad se dédoublait pour former le groupe fictif Un Amour Suprême et dans la foulée nous offrait le premier volet d’un diptyque : le Jovontae EP. Si cette nouvelle formule d’Ahmad fonctionnait bien, le projet s’avérait cependant moins marquant que le précédent album, Perdants Magnifiques. Jovontae EP, malgré sa prise de risque et sa fraîcheur, souffre effectivement de la comparaison. Cependant, alors que le Ezekiel EP était annoncé, Ahmad sort sous son nom propre un nouveau morceau en ce mois de juin : Sitting Bull.

Avec ce titre, Sameer Ahmad reprend les codes de PM pour mieux les sublimer. A nouveau, une figure symbolique est invoquée, en la personne de Sitting Bull, permettant d’explorer un certain nombre de thèmes. Ici en l’occurrence, le combat, mais aussi la question de la filiation et du cheminement intérieur. On y retrouve alors tout ce qui fait la finesse et la patte d’Ahmad : name-dropping, jeux de mots, croisement des références culturelles et des phases à tomber par terre comme « à l’endroit de ton placenta, j’y loge tout mon love, improvise un berceau sur mon avant-bras ». Bref, encore un morceau magnifique qui justifie un écrin dans cet article à lui seul mais dont il y aurait encore beaucoup à dire.

Hachill YS

LTA - Méridien

Une boucle de piano sur une rythmique. Deux couplets sans refrain. Peut-être bien les deux minutes et douze secondes les plus marquantes de ce premier semestre.
A contre courant de cette frénésie ambiante (qui veut qu'un rappeur doit sortir un album, deux mixtapes et apparaître en feat. une dizaine de fois par an pour exister), LTA prouve encore une fois que la quantité ne surpassera jamais la qualité.
Habitué de ces sorties au compte goutte, il faut bien avouer qu'avec ''Méridien'' Le Téléphone Arabe fait fort. Très fort. Chaque mots, chaque phrases, tout tombe parfaitement. Ça a la justesse et la simplicité d'un titre classique. Ce sentiment est immédiat.
Bref, le premier titre de la cuvée 2018 LTA est à écouter en boucle. Peut-être y aura-t-il une ou deux sorties de plus... Je ne sais pas. Et si par bonheur un EP apparaît sur Bandcamp avant la fin de l'année, on aura le droit de s'estimer chanceux. Et c'est très bien comme ça.

Crem

Laylow - .RAW.

Si en 1910, Georges Claude a inventé la lampe au néon, c’était certainement pour donner une couleur, une substance aux rêveries brumeuses et désenchantées de Laylow. Dans .Raw, son troisième projet, il rappe la gueule cassée, la gorge noueuse, les ultimes paroles nocturnes avant que le jour ne les flétrissent. La vision rouge comme HAL de 2001, sa voix machinique et pourtant si humaine prouve bien qu’au coeur de la nuit, tout se mêle, les boîtes de nuits deviennent pandémoniums, les naïades perdent leurs charmes dans la vénalité, les rêves se fondent dans la vanité du monde. A l’heure du rap de fausse bonne humeur, Laylow chante l’aurore qui suit la débauche, et sa vision holographique du monde («téma mes éléphants dans la clairière») témoigne de la dé-pixellisation des êtres. Ultra-moderne solitaire, fêtard triste au dernier degré d’alcool, Laylow panse les plaies d’un outre-monde, exsangue, digital, dangereux car absorbant. Et même ses émotions d’ordinateur font de lui un être plus humain que les sirènes fantomales (du succès?) qui l’attirent toujours plus vers les profondeurs. Laylow relève in fine la tête – vers de nouvelles aventures diurnes ? Vers de fumeuses odyssées nocturnes ?

 Clément Apicella

Cheeko au pays des fils de pute

Savant mélange de rap et de pop, Le Merveilleux Voyage de Cheeko au Pays des Fils de Pute ne ressemble à aucun autre projet cette année. Energique, coloré, sans toutefois passer pour un album superficiel, Cheeko réussit haut la main le pari de réunir différents publics. Outre la personnalité de Cheeko, il faut reconnaître que la qualité du projet doit beaucoup son architecte musical en la personne de Blanka. Les ambiances sixties et pop côtoient des sons plus insidieux et rap sans qu’aucune faute de goût ou de cohérence vienne gâcher l’écoute. Album à recommander sous le cagnard d’été arrosé de bières bien fraîches et de saucisses grillées.

Hachill YS

CUBE – NOSTA

De l'efficacité. C'est ça qu'on aime.

On aurait pu croire que les références partaient en couilles (de Scooby Doo à Napoléon Bonaparte en passant par Balzac), et on aurait eu raison.

Vladeck Trocherie

Riski – Tercian

La musique de Riski est toujours aussi unique. Ses textes insaisissables et raffinés ont trouvé un nouveau disque sur lesquels se poser début 2018. Tercian rassemble cinq titres dont le très bon Riski Money produit par Frencizzle. Si le projet peut paraître peu copieux, il faudra en réalité plusieurs écoutes pour en capter les subtilités. Si Tercian est excellent, Riski reste cependant une énigme au talent certain mais qui ne s’exprime pas totalement, encore contenu, comme si le rap ne méritait pas qu’il en fasse davantage. Il semble pouvoir en offrir beaucoup plus même à un tel niveau. Mais déjà, son prochain EP Oh Mon Dieu montre le bout de son nez… Espérons que Riski y démontrera toute l’étendue de son génie.

Hachill YS

PNL – Nouvelles nuances de « ouais »

Deux ans après DLL, les deux frères remettent le couvert avec le morceau « À l'ammoniaque ». Qu'ils éclatent les scores ne doit étonner personne. La grande question, c'était : quel retour ? Du mieux, du moins bien, du différent ? Comment faire du PNL qui soit différent et mieux que du PNL ? Les ralentis de Kamera meha, le hall d'immeuble, la file de yenclis pour garder contact avec les débuts. Le sable, le cheval, le poor lonesome cow boy, le naufragé pour ne pas perdre de vue que l'objectif, c'est le monde. Oui, mais qu'est-ce que le monde ? Une idée transcendantale dirait Kant. Et donc rien de moins qu'une illusion qui s'évapore quand on désire la saisir. Dans le cas de PNL donc, une quête infinie (tant mieux pour nous). Enfin bref, le bac de philo est passé, revenons à nos moutons.

Entre ambition artistique et simplicité médiatique les deux frères cuisinent un savant mélange qui suffit à ringardiser le reste de la concurrence. Leur gestion du temps absolument à contre-courant des stratégies commerciales habituelles procurent deux avantages. Le premier, c'est l'attente créée, qui fait exploser les compteurs une fois celle-ci satisfaite. Autre avantage : les apparitions au compte-goutte structurent aussi la réception de leur taf. Depuis QLF, les deux garçons semblent nous raconter une histoire, avec ses différentes péripéties, mais surtout avec une réelle unité, une réelle progression. Il y a eu QLF, il y a eu Le monde Chico, il y a eu DLL : à chaque fois une nouvelle étape, une nouvelle escale dans l'aventure PNL. Autrement dit, Ademo et Nos ne produisent pas des albums, ils nous envoient des cartes postales.

Vladeck Trocherie

 



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