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Chronique: Rekta - BOYZ N THE HOOD

A peine un an après un album remarquable, Hustle Life, Rekta rempile avec une mixtape grimée de l’imagerie du légendaire Boyz’n the Hood. Sur la pochette donc, Rekta et Ice Cube prennent place à l’avant d’un lowrider et braquent un hélicoptère, armes de poing à la main, mépris peint sur les visages. L’appel à ces références est malin tant le film est fédérateur pour une génération entière. Mais aussi, cela permet de comprendre pour un non initié à la musique de Rekta, en un coup d’œil, que l’univers de celui-ci est résolument californien, entièrement tourné vers la célébration du son propre à la West Coast.

Pourtant, s’il y a un film avec Los Angeles pour terrain de jeu et qui soutient davantage la comparaison avec le parcours de Rekta, il s’agit plutôt de « Les Princes de la Ville », autre fresque sur le quotidien des ghettos, des gangs et de la violence inhérente. Comme son personnage principal nommé Miklo, Rekta est d’abord un étranger, un paria venu d’ailleurs et qui se retrouve plongé dans un monde que ses semelles n’auraient jamais dû fouler. Miklo doit trouver sa place dans un gang latino malgré sa peau blanche et ses origines, il accumulera alors les souffrances et les deuils jusqu’à devenir au fil des épreuves le prince de la ville. Un statut qui lui coûtera cher ; la couronne au prix du sang et du devoir.

Le parallèle avec l’histoire de Rekta est facile. Quelle était la probabilité qu’un MC issu de Bretagne, c’est-à-dire la région pas la plus hip-hop de base et à laquelle on associe toujours 20 ans après le rap à Manau, fasse son trou à LA, avec une telle réussite qu’il collaborera avec des pointures telles que Nancy Fletcher, G Perico, Tray Deee ou encore les fils d’Easy E ? Plus fort même, le rap de Rekta, son appropriation de la culture G n’a rien de cartoonesque, elle s’inscrit en dur dans les vapeurs de LA. Rekta, ambassadeur français de la ville ?

C’est donc en toute cohérence que la mixtape qui nous intéresse ici reprenne davantage les codes américains que français. Si elle apporte des inédits, elle est surtout portée par des remix et laisse une grande place aux featurings. Globalement donc, pour ceux qui auraient déjà décrasser Hustle Life, Ce BOYZ N THE HOOD peut sembler dispensable. Et pourtant. Non seulement les remix apportent une réelle fraîcheur aux titres originaux (et sont même souvent meilleurs, ce qui est plutôt rare quand il s’agit de remix), mais certains d’entre eux arrivent même à renverser les sensations d’écoute.

Prenons l’exemple de l’excellent Vivre et Mourir à LA en collaboration avec la reine Nancy Fletcher. Le morceau original, issu de Hustle Life, est porté par une production légère et lumineuse faisant apparaître à l’esprit des images « carte postale » de Los Angeles. Soit le soleil, la plage et ses bikinis, et ce même malgré le lifestyle OG que Rekta communique à travers le texte. Il s’agit typiquement d’un morceau qui trouve sa place dans les playslist estivales pour animer un barbecue entre potes. Sur BOYZ N THE HOOD, le titre provoque d’autres sensations et dévoile le côté plus obscur de la ville. Le remix repose, en effet, sur une production plus inquiétante sans être encore tout à fait sombre. Le crépuscule semble tomber sur la ville et ses vices apparaissent laissant la carte postale et ses stéréotypes en cendre. C’est South Central qui tire sur Santa Monica et ses maillots rouge sang.

La mixtape porte donc une intelligence du remix. Pour autant, il perdure un sentiment légèrement désagréable : pratiquement tous les featurings prestigieux de Rekta ont trouvé leurs places dans la tape comme s’il avait voulu les recycler pour poser leurs noms sur la pochette. Business is Business.

Heureusement pour les plus difficiles, avides de viande de fraîche, ce BOYZ N THE HOOD contient aussi des inédits. Et encore une fois, Rekta n’a pas fait les choses à moitié en continuant d’approcher des rappeurs bien connus de Los Angeles pour collaborer, comme s’il remplissait son Pokedex. Cette fois, c’est l’étoile montante de Los Angeles, G Perico, qui performe aux côtés de Rekta et d’August Bleu sur une production léchée et qui constitue le tube de l’album. Par ailleurs, si la qualité des featurings est aussi bonne, c’est aussi parce que l’on sent que les rappeurs invités ne sont pas là par appât du gain. Il y a une cohésion avec Rekta, un respect mutuel que l’on suppose via les différentes phases, une implication de chacun pour s’approprier le morceau au-delà d’une simple apparition. Preuve aussi que Rekta, à l’instar de Miklo, a été intégré au groupe qu’il convoitait et fait partie intégrante du paysage rap californien tout en ne quittant pas la sphère française.

Que ce soit les collaborations ou les remix, BOYZ N THE HOOD est finalement très généreux et régale l’auditeur. Reste encore à dire en ce qui concerne Rekta et sa performance individuelle. Il est clair que celui-ci s’est complètement approprié le style californien jusque dans les textes. Ces derniers sont exclusivement descriptifs, font la promotion d’un monde de vie OG jusqu’au-boutiste. Le champ lexical se borne aux filles, aux armes, aux potes et aux caisses et bien sûr à la ville. Pas de métaphores ou autres figures de style. Cet état de fait pourrait en déconcerter certains parce qu’entendre un français dans ce registre peut sembler sonner faux et relever du fantasme. Pourtant, à l’inverse, ces mêmes personnes n’auraient aucun mal à écouter des rappeurs de la West Coast rapper ces mêmes phases en anglais. En ce sens, la posture de Rekta est difficile à tenir parce que le français le met presque en situation de handicap.

Et c’est finalement parce qu’il l’assume pleinement que la musique de Rekta s’écoute avec plaisir, une fois qu’on en a fait l’acceptation. Son titre (inédit), Moi et ma Bitch, est en ce sens un parfait exemple de ce que le rap US francisé peut apporter d’intéressant. En résulte à la fois un morceau misogyne au possible qui ferait passer Orelsan pour de la musique de chambre auprès d’une féministe, et à la fois, du point de vue de Rekta, il s’agit d’une déclaration, ce n’est rien d’autre qu’un bouquet de fleurs sonores offert par un PIMP à sa gagneuse. La grande force de Rekta est de proposer tout simplement autre chose que ce que le rap français générique offre à écouter.

Ce BOYZ N THE HOOD s’avère donc être une mixtape bienvenue qui permettra d’accompagner les sorties estivales. Le travail réalisé sur les productions est remarquable et le fait que les remix ne soient pas inutiles aide vraiment au plaisir de l’écoute. De plus, pour les retardataires passés outre Hustle Life, cette mixtape constitue donc une excellente session de rattrapage. Reste que la soif de nouveautés peut se faire sentir. Espérons que Rekta posera à nouveau sa niche au cœur de LA pour nous raconter à nouveau ses péripéties californiennes en toujours bonne compagnie.



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